‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 85 sur 113 · IL DEPLORE SON EGAREMENT ET DEMANDE A DIEU DE MOURIR EN PAIX · texte numérisé non relu

IL DEPLORE SON EGAREMENT ET DEMANDE A DIEU DE MOURIR EN PAIX

/' vo piangendo i miei passât i tempi.

Ah! tous mes jours perdus, maintenant je les pleure, Ces jours où des faux biens follement je m'épris, Tandis que j'aurais pu, moins digne de mépris, De mes ailes m'' ouvrir une route meilleure!

O toi qui vois mes maux, s'il en est encor l'heure, Secours-moi, Dieu clément! Longtemps je me mépris Prends pitié de l'erreur de mes faibles esprits ; Roi du ciel, qu'un rayon de ta grâce m'effleure!

Ah! donne-moi la paix après tant de combats l

S'il fut coupable et vain mon séjour ici-bas,

Du moins qu'un saint départ me rende l'assurance l

Pour que mon dernier jour ait un beau lendemain, Jusqu'au dernier soupir soutiens-moi de ta main : C'est en toi que j'ai mis ma suprême espérance !

« dans sa vieillesse; elles troublaient ma vie et mon « repos par des dissensions perpétuelles et par une « sorte de guerre civile. J'étais devenu pour moi-même « un fardeau, une fatigue, un supplice. » Quand il fit sa dernière visite à Avignon, « je suis retourné en « France, disait-il, moins par le désir de voir des choses « mille fois vues que par l'espoir de remédier à mes « ennuis, en changeant de lieu, comme les malades. » C'est cet état de malaise qu'il appelle dans son Secret : /Egritudo animi ou acidia, c'est la haine de soi, l'impuissance de supporter plus longtemps les misères de la condition humaine, c'est la nostalgie de l'exilé qui a quitté les joies du ciel et qui, dépaysé sur la terre, y cherche partout une patrie sans la trouver. « Les « âmes les plus nobles, écrivait-il avec une sorte de « subtilité mystique, éprouvent un insatiable désir de « voir des lieux nouveaux. C'est qu'elles viennent du « ciel. Le ciel n'est-il pas toujours en mouvement? » « Cette vie agitée a néanmoins ses heures de calme et de paix. La solitude, les beautés naturelles exercent sur l'âme du poe'te leur bienfaisante influence. Les scènes de la vie champêtre, les riants aspects de la campagne font entrer en lui une sérénité inaccoutumée. Il aime les beaux sites et les lieux solitaires ; il respire plus librement, il se sent plus à l'aise, loin des hommes, dans le voisinage immédiat de la nature, en étroite communication avec elle. C'est peut-être à Vaucluse, sur les bords déserts de la Sorgue, au pied du rocher qui semblait le séparer du monde entier, qu'il a passé ses meilleurs jours. Il en gardait le plus doux

GCCXIV

IL BÉNIT MAINTENANT LAURE D'AVOIR REFRÉNÉ LA PASSION QU'IL AVAIT POUR ELLE; C'EST A SA RIGUEUR Qu'lL DEVRA SON SALUT.

Dolci dureté e placide repuise.

O douces cruautés, v refus bienheureux Auxquels candidement la tendresse s'allie! O -précieux dédains qui calmie^ la folie (Maintenant je le vois) de mes vœux amoureux !

Noble voix exprimant des pensers généreux1. Fleur de vertu que rien ne flétrit et ne plie ! Source de beauté fière et de grâce accomplie. De V esprit bannissant tout conseil dangereux !

Angéliques regards dont la placide flamme Refrénait les élans, l'audace de mon âme Quand plus que de raison le désir l'entraînait l

Contre tous vos attraits mon cœur était sans armes. C'est grâce à la rigueur unie à tant de charmes Que j'ai pu retrouver Dieu qui m'abandonnait.

APRÈS LA MORT DE LAURE. 33j

souvenir; il en parle, à toutes les époques de sa vie, avec émotion. Il rappelle souvent dans sa correspondance le temps heureux où il vivait en paysan dans sa maison rustique, où il se nourrissait de raisin, de figues, de noix, d'amandes ; où il n'entendait que le mugissement des bœufs, le bêlement des moutons, le chant des oiseaux et le continuel murmure de la rivière; où le matin il errait sur la colline; où à midi il se réfugiait sous la voûte qui reliait sa demeure à l'un de ses deux jardins ; où le soir, après une promenade à travers les prés, il venait s'asseoir sur un roc, au milieu des eaux, en face de la source bouillonnante ; où son àroe enfin délivrée se révoltait contre tous ses soucis. A Milan, dans l'asile qu'il s'était choisi, près de la basilique de Saint-Ambroise, s'il aimait à regarder les tours de l'église où avait vécu un si grand homme, où saint Augustin s'était converti, s'il recherchait volontiers tout ce qui pouvait lui rappeler ces deux chères mémoires, il éprouvait aussi un plaisir quotidien à contempler de sa fenêtre les vastes rizières de la Lombardie, les longues allées d'arbres et bien loin, à l'horizon, les Alpes neigeuses. Tous les lieux où il s'est plu, où il s'est arrêté par choix, sont heureusement situés. De la colline de Saint-Colomban, où il passa l'été plus d'une fois, il apercevait la plaine immense du sein de laquelle s'élèvent Pavie, Plaisance, Crémone, les rives du Pô, les rivières qui s'y jettent, et il écrivait à ses amis, assis sur l'herbe, a l'ombre d'un grand châtaignier, en regardant le soleil se coucher à la limite de ce vaste paysage. Jeune, il ne redoutait pas les

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