DEPUIS Q.UE LAURK N'EST PLUS, LA MORT LUI PARAÎT DOUCE
Spirtofelice, che si dolcemente.
O bienheureux esprit gui d'une douce flamme Éclairas les regards de sesyeux bien-aimés, Et sur ses lèvres mis les discours animés Dont l'accent généreux vibre encor dans mon âme !
C'est toi qui fis mouvoir les pieds de cette dame, Ces pieds qui s'égaraient dans les champs embauméi Et qui, légèrement sur le sable imprimés, Semblaient être d'un ange et non pas d'une femme.
Lorsque tu retournas au sein du Créateur, Tu laissas au cercueil, impuissant protecteur, Ta brillante enveloppe humaine et périssable.
Quand tu partis du monde, Amour partit aussi ; Le soleil s'éclipsa, le ciel fut obscurci, Et la cruelle mort parut moins haïssable.
APRÈS LA MORT DE LAURE. 33o,
aspects les plus sauvages, pourvu qu'il y trouvât la solitude, comme le prouve son amour pour Vaucluse Plus tard, il préférait les lieux riants et aimables. De sa maison de Parme, il ne voyait que des prairies herbeuses et des rangées d'arbres gracieusement rattachés les uns aux autres par des guirlandes de vignes. Au lever et au coucher du soleil seulement, les pentes abruptes de l'Apennin, derrière la ville, lui offraient comme une imitation affaiblie de l'étrange beauté des rochers delà Sorgue. A Arqua, dans le coin des monts Euganéens où il voulut mourir, le paysage est simple et tranquille. Sous ses fenêtres, une gorge étroite, parsemée d'oliviers et de mûriers, descendait en pente douce vers une vallée plus large. Des collines nues fermaient l'horizon. Mais au besoin, d'une hauteur qui dominait sa maison, il pouvait apercevoir les cimes des Alpes et rentrer en communication avec les grands aspects de la nature
« De très-bonne heure, Pétrarque s'inquiéta du problème de notre destinée et des devoirs de 1 homme envers Dieu. Des critiques superficiels soutiennent qu'il vécut, pendant la plus grande partie de sa vie, en amoureux, en artiste, en poète, et qu'il ne se composa une philosophie religieuse que dans sa vieillesse. Rien de plus inexact. Dès ses premières lettres, il paraît préoccupe de morale autant que de littérature. Il répète à chaque instant dans sa correspondance qu'il est bon d'être instruit, mais qu'il vaut encore mieux être honnête. Le récit du voyage qu'il lit à trente-deux ans au mont Ventoux révèle déjà une grande habitude de s'observer soi-même, un désir profond de conformer
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il demande a l'amour des chants dignes de laure, et l'amour lui répond qjj'll vaut mieux se taire que d'essayer l'éloge de tant de perfections.
Deh porgi mano ail' affannato ingegno.
De grâce, Amour, soutiens mon génie alarmé. Daigne guider ma ■plume incertaine et craintive. Fais que mes vers soient doux à l'oreille attentive Pour chanter dignement celle qui m'a charmé.
Que mon encens s'élève en nuage embaumé Jusqu'au faîte où monta son âme fugitive! Le monde n'osait pas la retenir captive $ Trop pur était pour lui ce trésor animé.
— a Tous les dons, que le ciel et moi pouvons promettre « S'étaient heureusement unis, répond mon maître, « Dans ce prodige humain que la mort nous a pris.
« Non, jamais depuis Eve, on ne vit sur la terre « Une telle beauté... Mais il vaut mieux se taire; « En pleurant je le dis, en pleurant tu l'écris. »
ses actions à des principes religieux solidement établis...
« Pétrarque est un chrétien convaincu, qui ne se contente pas d'accepter la foi comme une tradition de famille, mais qui croit fermement à la vérité du christianisme... Les pratiques d'une piété scrupuleuse lui sont habituelles et tiennent une place régulière dans sa vie. Chaque nuit il se relève pour prier Dieu ; dans le cours des nuits d'été, s'il ne se réveille pas, il est debout au point du jour et commence la journée par la prière. Tous les vendredis, il se soumet à un jeûne rigoureux et ne se nourrit généralement que de pain trempé d'eau. Il professe une dévotion particulière pour la Vierge et forme le projet de lui bâtir une chapelle à Arqua. Il ne se fait du reste aucune illusion sur la valeur de ses actes religieux, tant que la pureté de sa vie n'en atteste pas l'efficacité... Son inquiétude habituelle vient précisément de ce qu'il ne vit pas aussi chrétiennement qu'il le voudrait. Il est faible, il est assailli de tentations auxquelles sa croyance lui ordonne de résister, auxquelles il succombe par faiblesse, tout en sachant bien qu'il a tort d'y céder. C'est pour cela qu'il aime tant les Confessions de saint Augustin. « Chaque « fois que je lis ce livre, écrit-il. il me semble que je « lis ma propre histoire. » « C'est un livre plein de « larmes, » dit-il ailleurs. Lui aussi il pleure son impuissance; il essaye de secouer les chaînes du passé, il aspire à devenir enfin maître de lui... » (Pétrarque, Etude, ch. VIII, passim.)