REGRET POSTHUME
A M. DE BERLUC-PÉRUSSIS
Pays des esprits vifs et du bleu firmament, Sois bénie à jamais, poétique Provence!
Cinq siècles ont passé, le sixième s'avance Depuis qu'ici l'amour fut chanté chastement.
Et tu fêtes encor le platonique amant!
A l'envi chaque muse apporte sa chevance,
Et des flots de sonnets, comme l'eau de Jouvence,
Rajeunissent sa gloire et son couronnement.
Pourtant le doux Pétrarque avec d'acerbes rimes De Babylone un jour t'a reproché les crimes, Et trois fois t'a maudite, ô papale cité !
Ah! qu'il regretterait ses paroles blessantes, S'il voyait à présent tant d'âmes frémissantes, Fières de rendre hommage à sa célébrité !
Avignon, 19 juillet 1874.
La distribution solennelle des médailles, le troisième jour, fut précédée de nombreux discours en trois ou quatre langues, et de plusieurs poésies françaises et provençales débitées par les lauréats. Quoique je comprisse un peu l'idiome des Félibres, mes facultés admiratives linirent par s'émousser; je me pris à sourire de
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la gesticulation et de la déclamation méridionales. Les grands éclats de voix, à l'occasion de ces mots ronflants qui ne manquent jamais leur effet sur les masses, me rappelèrent les huchements des jeunes villageois de Bresse, cris joyeux et stridents d'une nature particulière et d'une prodigieuse sonorité! De ce rapprochement entre les déclamateurs provençaux et nos hucheurs de Bresse est né le sonnet bressan qui suit :
LOU FELIBRE