‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 92 sur 113 · A M. EUGÈNE ROULLEAUX · texte numérisé non relu

A M. EUGÈNE ROULLEAUX

Lou métré felibran que su leu gonfla salla, A l'éstrada d'honor, son cheto lou premi, Quan bin son greu pansu, n'on po l'ar andremi ; Lo seleu din leus vu a beto l'etinçalla.

I m'abouijon avoué leu lingua preuvinçala! Leu bra volon coman de-s aie de rami, E leu pia trebillon pecoto de fromi ; I simblon de piaro que tire na feçalla.

Lou peuvro délégua din leu çapé bâillon, Du tin qu'an leu patoi lou leuréya braillon Lou mos anfarina dé Mandrin pouletico.

Criyo laman, monchu! preni lou meillau pri!

Mai gar' à vo se Bor a seu dzor pouyetico!

A lous hucheu brayssan lo pompon per lou cri '!

Avignon, 20 juillet 1874.

l Les Féliures. — Les maîtres félibrant^, qui sur leur chaise rein-

FÊTES DE VAUCLUSE ET d'aVIGXOX. 363

Agacé par les poésies provençales et toujours sous l'influence de ses déceptions gastronomiques de Vaucluse, M. Roulleaux, mon codélégué, improvisa, au retour de la cérémonie, le sonnet humouristique ciaprès, qu'il a inséré dans son récit comme « le résumé assez fidèle de ses impressions » :

J'emporterai de toi, doux pays des Félibrcs, Un souvenir amer parmi mes souvenirs; Mais ce n'est pas celui des immortels soupirs Dont au fond des échos et des siècles tu vibres.

Ce n'est pas de me voir, parmi des hommes libres, Choisi pour t'admirer dans tes doctes plaisirs, Bien que j'aie eu parfois de rebelles désirs, Capables d'ébranler mes poétiques fibres.

Ce n'est pas le soleil, le dîner de Vaucluse, Ingrat pour l'estomac, pour la bourse et la muse, Ni les cris de cigale au milieu des roseaux.

bourrée, — à l'estrade d'honneur, sont assis les premiers, — quand même ils sont très-pansus, n'ont pas l'air endormis; — le soleil daiiî le irs yeux a mis l'étincelle.

Ils m'amusent avec leur langue provençale! — Leurs bras volent comme des ailes de ramiers, — et leurs pieds s'agitent picotés de fourmis ; — ils semblent des pantins que tire une ficelle.

Les pauvres délégués baillent dans leurs chapeaux — tandis qu'en leur patois les lauréats déclament — Ie-> mots enfarinés des .Mandrins politiques.

Criez seulement, messieurs! prenez les meilleurs p ix! — Mais gare à vous si Bourg a ses jours poétiques '. — Aux bûcheurs bressans le pompon pour les cris!

Ce n'est pas l'Italie, à la mine narquoise, Qui trouble quelque peu notre gaîté gauloise... C'est d'avoir entendu tant de vers provençaux !

Tels sont nos souvenirs poétiques des fêtes de Pétrarque. Nous allons maintenant glaner parmi les sonnets qu'a fait éclore le centenaire. Les volumes d'Avignon et d'Aix, cités plus haut, en ont recueilli un assez grand nombre. Quelques-uns ont paru dans le Sonnettiste et dans Y Almanach du Sonnet. Le choix qu'on va lire porte sur ceux qui m'ont paru les meilleurs, c'est-à-dire, qui réunissent au plus haut degré l'attrait de l'idée à la perfection du rhythme. Ils sont classés dans l'ordre alphabétique des auteurs, sauf le premier qui est l'œuvre d'une dame, et les deux derniers qui sont en italien et en provençal.

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