‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 94 sur 113 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

Nous qui brûlons l'encens sur un impur autel, Nous ne comprenons point ces amants platoniques, Et nous laissons tomber nos rires ironiques Sur tous ces sectateurs de l'amour éternel.

Nos terrestres désirs aspirent au réel.

Nous préférons au cœur des amantes pudiques Les femmes de la Grèce et les nymphes antiques, Et la Fornarina qui tua Raphaël.

Nous nions les amours de Tasse et Léonore, De Dante et Béatrix, de Pétrarque et de Laure, Ces pâles visions où rien n'est volupté.

Ce n'est pas la beauté que notre siècle adore, Et nous ne savons plus lire le nom que dore Le poète inspiré dans l'immortalité2.

Charles Arribat.

i Pièce couronnée. Sonnet sur Pétrarque : Pamière mention honorable, m daille de bronze.

2 La belle simplicité qui règne dans ce sonnet ne s'e^t malheureusement pas soutenue jusqu'à la fin. Le rhythm^ pèche aussi dans le dernier tercel par l'assonance des césures beauté, inspiré avec les rimes volupté, immortalité.

SONNETS A PÉTRARQUE ET A LAURE. S6j

A PÉTRARQUE

Miser chi spetne in cosa mortal pont!

Pourquoi vont-ils troublant le repos de ta cendre,

Les pâles courtisans de ce siècle sans foi ?

A ta succession oseraient-ils prétendre?

Est-il rien de commun, Pétrarque, entre eux et toi?

Des plus purs sentiments, de l'amour le plus tendre Tu chantas les douceurs ou tu subis la loi. Ils chantent les plaisirs sur une harpe à vendre, Ils sont faux : leur louange est de mauvais aloi.

Ils ricanent du ciel où tu plaças ta Laure ;

L'âme à leur voix s'éteint, le cœur se décolore;

Leurs chants sont des traités, leur plume est un compas.

Dors toujours, dors muet dans la tombe, ô poète ! Avec un froid sourire ils tourneraient la tête, Si tu chantais encore, et n'écouteraient pas!

Alphonse Baudouin.

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