‹ Les sonnets de PétrarqueChapitre 95 sur 113 · PÉTRARQUE ET L'OMBRE DE LAURE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE ET L'OMBRE DE LAURE

— Pétrarque! pourquoi donc te courber sur ton livrer Pourquoi veiller si tard sous la lampe qui luit ^

— Pour apprendre!... Mais, toi, qui me parles la nuit, Quel tut ton nom avant d'avoir cessé de vivre?

— Je suis le pur esprit de celle qui t'enivre.

— O Laure ! ton amour m'inspire et me conduit, Dis-moi si le savoir dont j'amasse le fruit

Rendra mon nom fameux aux siècles qui vont suivre i

— Pétrarque, dans cent ans les enfants en sauront Plus que toi; tes écrits tant vantés s'oublîront.

— Je serai donc vaincu par le temps qui dévore i

— Non ! L'amour dont tes vers ont parfumé l'autel A consacré les noms de Pétrarque et de Laure : En m'immortalisant tu t'es fait immortel.

Prospf.r Blanchemain.

La Sorgue a fait silence! Une rime sonore A résonné huit fois sur la cithare d'or. Est-ce le chant du cygne au lever de l'aurore, Ou son dernier soupir quand approche la mort.''

C'est un cœur qui se brise et que l'amour dévore, Toute une vie usée en un stérile effort. Chaste et fière beauté, le malheureux t'implore; Ecoute ces quatrains; il va chanter encor...

Mais on n'entend plus rien. En son humble prière Le poëte a versé son âme tout entière, Ex la coupe n'a plus une goutte de miel.

Déjà les deux tercets, d'un vigoureux coup d'aile, Emportent le sonnet vers la voûte éternelle, Doux écho de la terre entendu dans le ciel1.

Norbert Boxafous. Président du jury français de lu tète séculaire.

A PETRARQUE

Cinq siècles auraient-ils terni ta renommée, O poète du cœur, grand maître du sonnet ! Non!... dans tout l'univers quel homme ne connaît Les doux rhythmes où vit ta Laure bien-aimée !

Son âme à ton ardeur resta toujours fermée; Au foyer du devoir sa vertu l'enchaînait. Devant ce front superbe et chaste se tenait Calme la passion en ton sein comprimée.

Mais tes brûlants soupirs s'exhalaient dans ces chants Où tu la célébras encore en vers touchants, Quand la mort eut plané sur sa tête si belle.

Pourquoi donc, ô Pétrarque, aurais-tu regretté De n'avoir pu tiéchir cette amante rebelle?... Tu dois à ses rigueurs ton immortalité !

Henri Oottin.

1 Cette belle fiction est un peu déparée par l'assonance des rimes masculines et téminines dans les quatrains.

2 Pièce couronnée. Sonnet sur Pétrarque : Première mention honorable ex œquo; médaille de brouz:.

A PÉTRARQUE

Cinq siècles ! Et tes vers semblent n'avoir qu'un jour : Tout y vibre aussi jeune, aussi frais, aussi tendre, Que lorsque ton idiome aimait à faire entendre A ta Laure les chants émus d'un chaste amour.

O grand maître des cœurs épris, à notre tour Nous venons saluer ta gloire. Sans attendre De nous tout ce que vaut ton nom, laisse-nous tendre, En disciples zélés, à fêter ce retour.

Amant mélodieux, tu tiens l'âme et l'oreille

Sous le charme, et toujours s'accroît cette merveille :

A tes sonnets si doux l'univers applaudit.

Peu savent que ton front possédait la science; De tes travaux profonds l'on n'a pas conscience.,. Le poète en ton œuvre a vaincu l'érudit l !

18 juillet 1874.

F. Fertiault.

1 II est regrettable que le second quatrain soit dipourvu de rhythrae. Ce genre de versification, dont M. Coppée abuse, nuit plus ou moins a l'harmonie, qui est essentielle dans un sonnet.

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