‹ Les sons et les formes du créole dans les AntillesChapitre 7 sur 25 · IT · texte numérisé non relu

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$ 3.—TI1 y a quelques mots dont la formation présente une contradiction apparente au principe que nous venons de poser. Au lieu d’aphérèse de la voyelle initiale, au lieu d’une consonne prosthétique, nous trouvons là une voyelle prosthétique.

Mais, cette addition ne se présente que dans le cas des monosyllabes et des mots qui comme les adverbes sont généralement employés dans une position atone. Les mots ainsi formés ne sont employés qu'avec une certaine force et ils ont aussi une forme atone.

Ex. : si < sur et asi

nâ < dans et adà& ($ 59).

La voyelle prosthétique dans ces cas-là est toujours un 2. Probablement parceque c’est le son le plus facile et le plus instinctif, car je ne peux découvrir aucune raison d’analogie ni aucune autre influence.

$ 4.—A propos des voyelles prosthétiques, le mot Créole qui signifie rien est intéressant à étudier.

Nous nous trouvons d’abord en présence de deux formes

1° añë qui vient évidemment de “ nient”” qui était encore très commun dans les provinces de l’ouest même dans les dernières années du XVIIth siècle et ajé < rien.

L’ñ de añë ne demande aucune explication spéciale le changement de ni en fñ est commun; c’est ainsi que l’on trouve dans le dialecte florentin Æuno au lieu de niuno et plus près de nous le mot si fréquent de feñà < fainéant. Quant à r +i >) dans ajé, le dévelopement est régulier comme nous le verrons plus tard ($ 63).

Très probablement les premiers colons Normands usaient rien et mient ; et il est aussi possible qu’ils aient prononcé le dernier mot avec un peu plus de force. On est donc tout d’abord enclin à regarder afñé comme la forme tonique et ajé comme l’atone. Mais si tel est le cas comment expliquer la voyelle prosthétique dans la forme atone ?

En réalité les deux formes sont toniques quoiqu’ une certaine nuance puisse exister entre elles et il y a une troisième forme ak quelquefois hak qui est la forme atone. Cet ak où hak comme il le sera démontré plus tard ($ 7.) réprésente les. deux derniers sons de l'expression il n’y a que.

NASALITÉ.

$ 5.—Toutes les voyelles se nasalisent devant les consonnes nasales. excepté à et o << 6 ou ü latins,

C’est là un fait exactement parallèle avec celui qui a eu lieu dans notre vieille langue.

Ex.: zämi << ami, fâäm < femme, nm < homme, lämu < amour, läm < lame.

L'influence normande explique le dévelopement de V6 latin en u. Leur ü a été assourdi en w parceque probablement pour le nègre l'impression acoustique était semblable à celle produite par le son neutre.

Ex.: kumä << comment, mun < monde.

$ 6.—L'étroite parenté qui existe en Créole entre la nasalité et la palatalisation à dêja été mentionnée.

$ 7.—Une intéressante formation est celle qui est résultée en Créole de l'expression “il n’y a que.”

Deux mots en sont sortis ént et äni signifiant. seulement et ak ou hak signifiant rien.

Pour saisir ce dévelopement il est nécessaire de savoir que le nègre n’emploie ni oui ni non; mais à leur place un son nasal qu’il répète deux fois : 6e, la diffèrence entre l’affirmation et la négation consistant dans le degré de force qui est plus marqué pour la négation ; et, naturellement aussi dans les mouvements de la tête qui acompagnent.

L'expression 4 n’y a que” était trop compliquée pour que le nègre fut capable de l’analyser. Il comprit ce qu’elle signifiait et donna aux sons une valeur approximative. Il ny. llne compte pas, reste TI n’y. Cette combinaison contenait évidemment une idée de négation pour le nègre et il l’a simplement renforcé du son nasal employé pour dire non. C’est ainsi qu’il est arrivé à ëni quand au changement de ëni > äni, c’est une confirmation nouvelle de la tendance de & vers à qui comme nous le savons est la règle dans notre langue.

Quand le Blanc disait par exemple : “11 n’y a que des hommes ici.” le nègre traduisait : “fini äni nom sit.

Restait: “a que” De la signification générale de expression le nègre conclut que cela voulait dire rien et ak ou hak devint la forme atone de ajé ou añe.

Nous allons, maintenant, examiner les sons dans leur ordre méthodique en commençant d’abord par les voyelles.

$ 8.—Le seul son que la lettre a possède en Créole est celui qu’il a dans le mot patte. |

En conséquence des phénomènes étudiés $ 1, 2, 8, 4, l’a initial persiste parfois; mais, il peut aussi tomber ou reste couvert par une consonne prosthétique.

Il persiste dans les mots ($ 2, vers la fin) : aËte < acheter, aZupa < ajoupa.

Il tombe généralement dans les verbes et les longs mots :

Ex. : bime << abîmer, mize < amuser, bâse < avancer.

Dans d’autres cas une consonne est préfixée ($ 1):

Ex. : zami < ami, zäfä < enfant, lämu < amour.

Ces derniers exemples, montrent aussi que devant une consonne nasale, 4 se nasalise.

$ 9.—Devant les gutturales, libre ou entravé dans toutes les positions, & demeure en Créole ce qu’il est en Français.

poke << pas encore est un cas isolé dû à l’assimilation ; Il est aussi possible que l’Q ici représente en plûtot que « et il me semble bien avoir entendu ce mot quelquefois prononcé poko.

$ 10.—En Français cette lettre a trois sons e, 6, à. En Créole, le premier son n’existe pas. Comme son neutre, il devient régulièrement w ($ 12).

$ 11.—Le changement de e en à dans les mots piti < petit, Sibi < cheville, Simin << chemin est dû à l’assimilation, tandis que &ive < cheveu, d’un autre côté est le résultat de la dissimilation.

$ 12.—Comme il a été dit au $ 10 et aussi au chapître IIT de l’Introduction le son neutre e se change en w en Créole.

$ 13.—e + v. Dans ces cas-là le v tombe et u > w. Ex.: 8wal < cheval, dwä << devant.

$ 14.—e dans toutes les positions, persiste en Créole.

$ 15.—Le traitement de e diffère et la tendance générale est vers un son fermé. La qualité de VY latin reparait dans certains mots comme mete << méttre < mittere, mele < mêlé < misculare.

Devant une consonne nasale, e de même que a se nasalise et devient €.

Ex.: mêne < (mener mène), mêm < même.

$ 16.—e < a latin libre prend aussi un son fermé en Creole, père et mère n’existe pas dans notre dialecte où ils sont remplacés par les mots familiers de papa et maman ; ce dernier, naturellement selon le $ 9 devenant mämä; mais, le mot commère s’y trouve sous la forme de kume.

$ 17.—Dans tous les autres cas e persiste en Créole.

$ 18.—1 persiste toujours en Créole.

$ 19.—i remplace ü dans toutes les positions. C’est là un des résultats de cette absence d’action labiale pour les voyelles antérieures dont il a déja été parlé ($ 10, aussi Introduct. chap. TITI, et $ 25).

Ex. : lin < lune, kilqt < culotte, leti < laitue.

$ 20.—Entre r et une voyelle r tombe eti >]. Ex.: ajé < rien, deje < derrière.

Toutes les fois qu’un mot se termine en Français par z ou 3, ces sons sont remplacés en Créole par un i consonne (Introd. chap. IIT).

Ex.: kaj < case, bagaj << bagage.

$ 21.— Ainsi qu’il a été indiqué au $ 11, i pour e se présente souvent en vertu de l’assimilation.

$ 22.—Les deux sons o et Q excepté devant les consonnes nasales, persistent dans toutes les positions.

Devant les consonnes nasales, la règle est que la voyelle se nasalise comme dans le cas de a et de e. ($$ 9, 15.)

Ex.: nôm < homme, pesôn << personne.

$ 23.—Mais dans le cas de o << 6 du à latins la voyelle perd sa nasalité et ü > u. ($$ 5, 12.)

Ce phénomène s’explique par l’influence normande.

Ex.: kume << commère << cüûm matrem, kumä << comment < quomodo, mun < monde < mundum.

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Les Sons et les Formes du Créole dans les Antilles. oO

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