‹ Les sons et les formes du créole dans les AntillesChapitre 8 sur 25 · DIPHTONGUES · texte numérisé non relu

DIPHTONGUES

$ 24.—ie généralement persiste.

Devant une consonne nasale la diphtongue est réduite,

Ex. : 86 < chien, bè < bien.

L’influence Normande a probablement causé ce dévelopement.

$ 25.—ui n’existe pas en Créole, il y est régulièrement remplacé par i.

Ex. : li < lui, pili < pluie, Zodi < aujourd’hui.

$ 26.—Oùi a conservé en Créole le son qu’il avait en France au XVIlth siècle, c’est à dire: we.

Ex.: we < voir, kwe < croire, devoir s'appliquant à une dette est: dwe; et, quand il exprime une relation de devoir c’est : dwet. La qualité de la voyelle dans ce dernier mot est due à la dentale qui suit et qui a persisté dans le mot Créole, soit à cause de la liaison en Français, soit à cause de la force plus grande qui se fait sentir dans la prononciation du mot.

Mais lorsque oi est précédé par une labiale et lorsque ce son est lui-même final nous avons en Créole wa.

Ex.: bwa << bois, pwa < pois, mwa << mois, fwa < fois.

Mais avec boire je have bwe, à cause de l’r qui suit.

Dans le mot quoi, l’élément labial disparait entièrement et nous avons en Créole le mot k&. Ce dévelopement est un des nombreux résultats de la loi du moindre effort, le son labial étant trop difficile entre une consonne gutturale et une voyelle postérieure.

Le dévelopement exceptionel de pourquoi > puki est évidemment dû à l’influence de l’expression française : pourqui, la confusion entre les personnes et Les choses ayant constamenent lieu quand le nègre parle.

Ou. Un phénomène curieux à noter à propos du son de w est la réduction occasionnelle de u > 0.

Les exemples en sont rares

Zodi < aujourd’hui. toi dont l’effet acoustique pour le nègre est “ toua ? est changé en to.

CoONSONNES.

$ 27.—TI suffit de regarder les lèvres d’un nègre afin de comprendre pourquoi il lui est impossible de produire une action labiale

en connection avec les voyelles antérieures. Elles sont épaisses, les contours extérieurs se relèvent en s’écartant en haut et en bas. Cette conformation physiologique révèle aussi le goût qu’il a pour tous les sons qui sont formés en fermant et en ouvrant les deux lèvres simultanément.

Nous pouvons noter ici que la tendance générale dans ce dialecte est de terminer les mots par uneconsonne labiale ou dentale; et, c’est probablement pour cela que la forme féminine des adjectifs est générale-

ment celle qui est adoptée.

$ 28.— En Créole b et p persistent sans aucun changement devant toutes les voyelles.

$ 29.— La consonne intercalée qui se glisse en Français dans les mots tels que semble < simulat, chambre << camera, disparait en Créole assimilée a l’m qui précède probablement.

Ex.: säm < semble, Säm << chambre.

La cause physiologique de ce fait est qu'après à, l’m au lieu du b dispense de la nécessité qu’il y aurait à baisser le voile du palais.

$ 30.—La consonne intercalée persiste cependant quand le son final est nasal. Par exemple dans le mot säblä < semblant. (Comparez le Picard et les dialectes de l'Est.)

$ 31.—A la fin d’un mot quand b est suivi de l ou r +une muet ; le, re tombe et b devient le son final.

Ex.: mab << marbre, tab << table, fab < fable.

$ 32.—p n'offre rien de particulier à examiner.

$ 33.—C devant toutes les voyelles persiste en Créole.

$ 34.—C t se réduit à t, le c disparait en vertu d’une assimilation régressive, mais le son du t n’est pas allongé comme en Italien :

Ex. : fate << facteur, dote << docteur.

$ 35.—Remarquons le cas isolé de la palatalisation du c final dans le mot sec © 8e. C’est peut être un cas d’assimilation ou tout simplement l'influence du féminin.

$ 36.—Le c disparait quand il est le son final du mot et qu’il est précédé d’un s, cette consonne à son tour n’est point palatalisée et devient le son final. La sonorité de l’s encore intensifiée dans cette position explique ces deux phénomènes :

Ex. : pis < puisque, les < lorsque.

$ 37.—On verra plus tard que le e palatal est un son à ajouter à la Phonologie de ce dialecte. ($ 58. 2, $ 73.)

$ 38.— Excepté devant les voyelles nasales ou après elles d persiste en Créole en combinaison avec les autres voyelles.

$ 39.— Devant une nasale d > n régulièrement. Ex.: nä < dans, nô < donc.

$ 40.—d précédé d’une nasale se change aussi en n en vertu de assimilation.

Ex.: maSän < marchande, ätän << entendre. (Comparez avec chambre $ 29.)

La combinaison dre a la même sort que bre ($ 29).

$ 41.—d + i est palatalisé et devient régulièrement g’.

Ex.: g’jab < diable, g’je < Dieu.

d + 1 donne les mêmes résultats. Ex.: g/jo < de l’eau les différentes formes successives étant :

die > dilo > djo > g'jo.

Chacune de ces formes peut encore être entendue dans le dialecte.

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