‹ Les sophistes et la critique [microform]Chapitre 12 sur 45 · IG · texte numérisé non relu

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Le lecteur voit déjà que le livre de M. Renan « n'a rien de comnuui avec l'histoire. »

Rien de commun avec l'histoire!.. C'est donc un roman historique? ^on, c'est un roman non historique : ce jugement émane de l'histitut. M. Renan ne s'est même pas soumis à la loi du roman historique. Walter Scott, en effet, décrivant quelque part sa méthode, annonce que, d'abord, il respecte les faits connus, qu'il lesemploie, et puis que, dans les intervalles libres des données de l'histoire, il brodera son poëme par son art.

Est-ce là la méthode suivie dans la / ie de Jésus? En aucune sorte; l'auteur avoue qu'il fait uw œuvre d'art. Il avoue qu'une part de divination et de conjecture doit lui être permise. J'y consens. A\alter Scott avoue la même chose, mais seulement pour l'intervalle libre des faits. M. R(>nan, lui, étend ses conjectures et sa divination, non-seulement sur les intervalles laissés libres par les constructions de l'histoire, mais sur ces constructions elles-mêmes, sur le dos des faits et des textes, sur eux, contre eux et malgré eux. Les textes donnés par lui comme authentiques, les mêmes chapitres, qu'au même endroit il cite comme faisant loi sur d'autres points, il les brave d'une manière absolue quand il le veut, et cela

sans même essayer d'apporter une raison, un motif quelconque pour colorer l'audacieux arbitraire des plus surprenantes assertions.

Il n'existe rien de pareil dans la littérature tant ancienne que moderne. Je n'ai jamais rien vu de semblable que dans les livres de cette secte. Il fallait le très-rare phénomène d'une école sophistique en vie, pour que de pareils livres fussent

possibles.

La rie de Jésus, on le voit, est un tissu d'assertions purement conjecturales et absolument

arbitraires.

On comprend maintenant pourquoi M. Renan ne répond jamais rien aux critiques qui lui sont adressées. Que peut-il donc répondre, par exemple, à l'énoncé des palpables erreurs de textes et de faits qui remplissent la Vie de Jésus?

Lorsqu'on fait un mérite à M. Renan de la sérénité parfaite avec laquelle il supporte toujours, sans répondre jamais, les coups de la critique, je reconnais que c'est un mérite, si l'on veut, mais c'est un mérite nécessaire. Quand on ne peut répondre et qu'on ne répond pas, faire de nécessité vertu est toujours à propos.

Pour résumer ce qui précède, le principe de ce livre, c'est l'athéisme sans discussion.

ET LA VIE DE JÉSUS

Et voici la méthode avouée : i"" Peu de discussion scientifique. i^ Conjectures et divination. 3° Système de notes renvoyant aux sources.

L'auteur a mis en œuvre les deux premières parties de la méthode , non la troisième. La seconde même laisse à désirer, car l'auteur parle de conjectures et de divination , selon la raison d\trt, et il est vrai que la raison d'art, l'idée du beau, eut été, en pareille matière, un bon guide. Mais cette lumière du beau , cette raison d'art, n'ont pas été suivies. Nous le verrons.

Au fond donc, il n'y a pas ici de méthode. L'auteur dit ce qu'il veut; c'est là toute sa méthode. La volonté actuelle du penseur, non liée par ses volontés précédentes, voilà pour lui la règle du jugement. C'est ce que j'appelais Yassertion alisrn e a bsolu .

Cet auteur donc dit tout ce qu'il veut, soit. C'est la forme de sa méthode. Mais qu'est-ce qu'il veut dire ? Quel est le fond de sa méthode? Où va donc cet esprit? Quelle est sa pente, sa marche réelle, sa logique effective, c'est-à-dire sa méthode agissante et réelle? ,1e crois le savoir. Cet esprit est dans l'état mental si bien décrit, mais si mal à propos loué par l'un des membres de cette école.

Oui , « un principe parait s'être emparé avec

force » de cet esprit, « c'est le principe en vertu c< duquel une assertion n'est pas plus vraie que

« l'assertion opposée Rien n'est plus pour

K nous vérité ni erreur. Il faut inventer d'autres (c mots. Nous ne voyons plus. partout que degrés et « nuances; nous admettons jusqu'à l'identité des

«contraires Nous admettons tout, parce que

cf nous comprenons tout. Nous expliquons tout, et « l'esprit finit par approuver tout ce qu'il expli- « que... » Chacun a reconnu le portrait intellectuel. Oui, cet état mental infirme, fatigué, ramolli, cédant à tout, et vacillant de tout à tout, existe parmi nous. C'est bien évidemment celui qui a dicté ce livre. Voilà bien la méthode réelle, la logique effective de cette Vie de Jésus.

Mais il n'y a pas seulement fatigue mentale et décomposition logique, il y a système et orgueil. Jl y a l'entreprise avouée de transformer la métaphysique, la logique, et tout l'ensemble de l'esprit humain, dans le sens que nous avons dit ci-dessus, et d'établir qu'il n'y a, du moins quant à présent, ni Dieu, ni âme, ni vrai, ni faux, ni bien, ni mal. C'est à cette entreprise que M. Renan a cru pouvoir contribuer par la Vie de Jésus. Là il veut ou parait vouloir établir l'identité du christianisme et du matérialisme, l'identité de l'athéisme et de

ET LA ME DE JÉSUS

la religion , celle du dédain et de fadoration , et même, jusqu'à un certain point, l'identité de la divinité et de la non-divinité du Christ.

Que peut produire, et qu'a produit une pareille entreprise ? Quel est le résultat, quelle est la conclusion du livre ? C'est ce que nous allons voir.

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