‹ Les souliers de Sterne: récits et tableaux de voyageChapitre 10 sur 19 · MARSEILLE SU · texte numérisé non relu

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rive : — Est-il là, Patron-Zean? qui dit. — Oui, que ze lui réponds ; quoi qu'il y a pour votre service, mon ami ? — Moussu le premier consul de Tan qui vient vous demando, et voilà le billet qu'il vous envoie . (Il faut que vous sassiez que les consuls de Marseille ils sanzent tous les ans.)

— Qui diable i me veut, moussu le premier de Tan qui vient? Ze regarde le billet, ze tourno et retourno, ze n'y comprends rien, ze sais pas lire. Ze vas chez le voisin, et ze lui dis : — Faites-moi le plaisir de me dire qu'est ce que c'est que ça? — Ça, i me dit, c'es un billet de moussu le premier de Tan qui vient, qui demando que tu viennes à la maison de ville tout de suite. — Ze ne veux pas y aller, que ze dis ; ze n'ai pas affaire à lui ; pour le varlet de ville, ze le respecte, c'es un homme de considération.

— I ne faut paszamais lutter le pot de terre avec le pot de fer, qui me répond le voisin ; vat'en voir ce qui te veut, moussu le premier.

» Ze li va. En arrivant à la maison de ville^ ze demando : — Ou-t-il est, moussu le premier de Tan qui vient ? Moussu le premier, il apparaît; c'était un grand homme déssessé, avalé, qui me dit: — Ah! mon ami, z'ai une mauvaise nouvelle à t'apprendre; c'est que les nouveaux

Stt LES SOULIERS DE STERNE

consuls ils ont décidé que pour rembellissement de la Cannabierre il fallait que tu mettes ta cabano au seau. — Vous vous moquez de moi, ze n*en ferai rien ; moussu le premier de Fan pas^é m'a donné la permission, et moussu le premier de l'an qui vient peut pas me l'ôter; ça ne sera pas... — Pas tant de raisons, mon ami; on te donne un mois pour mettre à bas ta cabano ; si elle y est pas, nous nous sarzerons de la y faire mettre ; va -t'en.

)) Ze m'en vas : z'étais piqué ; ze viens chez le voisin, et ze lui raconte Tassident. — Diable I qui me dit le voisin, c'est un peu fort. Ah I si tu avais des protections I — Que c'est ça? — Eh ! i me dit, ce sont des personnes qui solliciteraient pour toi auprès de moussu le premier. Voilà que ze me raviso, et ze dis : — Le roi i peut empécer ça? — Pardi I qui me dit le voisin ; le roi il est le maître 1 — En ce cas-là ze suis des bons, que ze dis ; ze suis un brave homme, ze me suis bien battu pour lui, z'ai défendu ses poucessions, i faut qui défende ma cabano.

» Z'entre chez moi, ze prends mes quatre ou cinq sous, ze les mets dans ma poce, ze ferme ma

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