AMIENS
A Jean Riant t — C'est l'enseigne d'un cabaret situé en bas d'Amiens, au coin de la rue de la Barette et sur le bord de la Somme. A Jean Riant! Et tout invite à entrer dans cette maison, dont la pierre a été peinte en vert, ainsi que cela se pratique pour la plupart des cabarets du Nord. Du reste, on adore la couleur verte à Amiens, tout le témoigne : la rue du Puits-Yert, la rue des Verts-Moines, la rue des Verts- Aulnois, l'hôtel du Vert-Soufflet.
Au milieu d'un cadre de feuilles vertes, — des feuilles de vigne, naturellement, — un peintre local a représenté le type inconnu de Jean Riant sous les traits d'un énorme compère en manches de chemise^ au teint rubicond, aux le-
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vresentr'ou vertes, et dont les cheveux hardiment blonds ont celte crêpelure, indice de la passion et de la force. Il tient un verre dans sa main. Au-dessus de cette peinture, qui n'est pas plus naïve qu'il ne faut, on lit cette indication : Amédé, débitant.
Mais que m'inaportent Amédé et son débit! C'est à Jean Riant seul que je viens rendre hommage.
Quand je m'arrêtedanslecabaretde Jean Riant, je monte au premier étage. De la fenêtre, je vois la Somme, à qui ses nombreux et haut peupliers donnent des reflets si verts et si profonds. Ces peupliers font avec leurs belles feuilles métalliques et luisantes un tapage continuel : ils s'inquiètent, ils s'étonnent, ils se penchent les uns vers les autres comme pour se consulter; puis ils éclatent, ils se tourmentent, ils sanglotent. L'eau les laisse dire, et coule lentement en charriant des légumes.
— Garçon I une bouteille !
Je fais comme Jean Riant; je lève mon verre, et je suis heureux. Je ne pense pas, je rae contente de la sensation. J'envoie mes yeux se promener tout là -bas, au fond de ces épaisses masses d'arbres qui interrompent Iho-