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Souvenirs d'une actrice j par madame Louise Fusil. Paris

cantatrices italiennes, sa mise était d'une grande simplicité.

A son deuxième concert, le public ne laissa pas achever Maison à vendre, qui commençait la soirée. On demanda à grands cris madame Catalani ; car on ne disait pas encore la Catalani : l'admiration n'empêchait pas le respect.

Le comédien Mayeur, dont je parlerai plus tard, et qui assistait avec moi, dans un coin du parterre, à cette Monnité, improvisa la boutade suivante, qui parut le lendemain dans quelques journaux :

De cette virtuose admirable^ étonnante, Tout l'auditoire est dans renchantement.

Hé! qu'a donc de si surprenant

Sa belle voix que chacun vante?

Un rossignol en fait autant.

Madame Branchu succéda, quelques mois après, à madame Catalani, et obtint un succès à peu près égal.

Toutes les célébrités du chant tiennent à honneur de venir se faire entendre sur notre scène : aussi n'en est-il pas une qu'il ne nous ait été donné d'applaudir, depuis mademoiselle Falcon jusqu'à madame Tedesco, depuis Nourrit jusqu'à Duprez.

L'opéra-comique, cette annexe du grand opéra, jouit d'une grande faveur à Bordeaux; au nombre de ses meilleurs et de ses plus anciens interprètes, les noms de Moreau-Sainti et de Grignon arrivent tout d'abord sur mes lèvres. Est-ce ma faute, à moi, si mes plus vives sympathies sont pour le passé? D'autres vieillards viendront, dans cinquante ans, qui vanteront à leur tour les jeunes talents d'aujourd'hui. Laissez-moi être de mon âge et me rappeler ceux qui furent jeunes en même temps que moi.

Ln comédie et la tragédie. — Lccoavrear. — L'emploi des Turcs. - Ricliaud-Martelly, Perroad. -^ Romainville sur la table de dissection. — L'habit de Deslorges. — Les mémoires de Lafon. — Ligler.

L'ancien répertoires^ semble avoir fourni sa carrière; la tragédie est morte depuis Rachel; la comédie agonise. Il fut une époque, cependant, où la scène bordelaise, fertile en sujets de premier ordre, rivalisait avec la Comédie-Française. C'était l'époque où elle se recrutait de Romain-

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ville, de Lecouvreur, de Richaud-Martelly, de Desforges et de Perroud.

Je n'ai pas eu le plaisir de voir Romainville ; de Taveu de tous ses contemporains, c'était un valet précieux, un Crispin rempli de feu et de mordant.

Lecouvreur, le financier, était l'ami de Lekain, de Monvel et de MoIé, avec lesquels il avait joué souvent en province, et qui le tenaient pour un comédien supérieur. Ses commencements avaient été très-difficiles, et il aimait à les raconter : clerc de procureur dans une petite ville du Poitou, il quitta brusquement le tabouret de son étudç pour se présenter chez M. Bernos, directeur d'une troupe ambulante. Lecouvreur n'était pas beau ; il avait les genoux un peu cagneux.

— Monsieur, lui dit le fier Bernos, avec des jambes comme les vôtres on ne peut pas représenter des héros.

— Je débuterai en Turc, répondit doucement Lecouvreur, dans Orosmane, Bajazet, Mahomet...

— Mais, monsieur, croyez-vous donc que j'aurai toujours des Turcs à vous donner?

Néanmoins, le candidat insista avec tant

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d'humilité, que M. Bernos consentit à le recevoir.

Si Lecouvreur n'avait pas de rival dans les financiers, Desforges (qu'il faut se garder de confondre avec Desforges, Tauteur de la Femme jalouse) était inimitable dans les paysans. Il jouait aussi dans lopéra-comique, où il tenait l'emploi de Juliet, à qui je Taî vu souvent préférer.

Richaud-Martelly avait conquis une très-belle réputation dans les premiers rôles de comédie, en dépit d'une tournure assez commune et d'un organe lourd ; mais il faisait habilement servir ses défauts dans le Misanthrope et dajis l'Habitant delà Guadeloupe. C'était, en'outre, un homme de littérature; on lui doit principalement une pièce en cinq actes, les Deux Figaro, qui est imprimée.

Le premier comique était Perroud, qui, déjà à Paris, avait créé, en 1791, le rôle de Figaro dans la Mère coupable, au théâtre du Marais.

Perroud avait commencé par le drame et la tragédie, et ce ne fut que très-difficilement qu'il se résolut à les abandonner; je lui ai vu représenter, le même soir, Pyrrhus dans Philoctète, et Brillant dans le Mariage du capucin; c'était en

1797 OU 1798. La comédie finit cependant par avoir le dessus, et ce fut tant mieux. Perroud joua à Bordeaux, de la façon la plus heureuse, l'Auberge de Calais, la Revue de l'an VI, le Collatéral ou la Diligence à Joigny, Il avait une singulière aptitude pour remploi des gascons, qui représentèrent longtemps, comme on sait, une spécialité au théâtre. Plus tard TOdéon nous l'enleva définitivement.

De tous ces intelligents comédiens, deux seulement ont leur portrait dans le foyer du Grand- Théâtre : Romainville et Desforges.

Celui de Romainville est placé au-dessus de la cheminée. C'est un grand tableau sur fond noir, avec un quatrain en lettres d'or, où Romainville est qualifié de Roscius des Français. il est représenté en costume de Crispin, une jambe sur une table, l'autre posant à terre, la mine effarée. Cette posture est une énigme pour beaucoup de personnes. Il s'agit de Crispin médecin, comédie de Hauteroche. Crispin, surpris en rendez-vous chez le docteur Mirobolan, n'imagine rien de mieux que de se faire passer pour un pendu qu'on attend, et de se coucher tout du long sur une table de dissection. On conçoit les terreurs du malheureux Crispin, et l'on voit

d'ici ses lazzis lorsque le docteur Mirobolan parle de Touvrir. C'est un de ces lazzis que le peintre a cherché à reproduire.

Le portrait de Desforges occupe le fond du foyer; c'est une toile fidèle et spirituelle. Une inscription rappelle le talent de l'acteur, en même temps que l'honnêteté de sa vie privée.

L'habit de Desforges, le même qui a servi au peintre, est conservé comme une relique dans le magasin du théâtre.

Puisque nous en sommes sur le chapitre des portraits du foyer, mentionnons aussi ceux de Louis, de Blache père, maître de ballet, et de François Beck, chef d'orchestrel Cela fait cinq portraits en tout; ce n'est pas assez, il faudra en ajouter d'autres ; et, pour ne pas sortir du grand répertoire qui nous occupe en ce moment, j'indiquerai tout de suite aux peintres bordelais deux de nos plus célèbres compatriotes, Lafon et Ligier.

J'ai été Tami de Lafon, et, si je m'arrête un peu à vous en parler, vous m'excuserez, n'est-ce pas? V Achille gascon , comme on l'appelait à Paris, aurait mon âge s'il vivait encore. Il fut un des soutiens du Théâtre-Français, vous vous en souvenez; et ses rivalités avec Talma ont

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amusé toute une génération, qu'elles ont divisée en deux camps. Lafon et ses partisans ne prononçaient jamais le nom de Talma ; ils disaient : Vautre.

Retiré aux Chartrons, dans sa vieillesse, le Tancrède des beaux jours de l'Empire avait beaucoup perdu de sa majesté ; il était devenu très -obèse, et il ressemblait à un forgeron énorme. Mais ce qu'il n'avait pas perdu, c'était le port de tête, l'ampleur du geste, et cette affabilité que tout homme intelligent gagne au contact habituel -des chefs-d'œuvre et dans la fréquentation des personnages illustres.

Lafon a laissé des Mémoires, — quarante volumes environ 1 — dont je m'étonne de ne pas voir paraître une partie. Ils ne peuvent cependant qu'être infiniment curieux, car leur auteur a vécu dans une période splendide, et il s'est trouvé mêlé à des événements trop romanesques pour n'être pas de l'histoire.

Quant à Ligier, cette autre célébrité de la tragédie et du drame, Ligier, qui a créé le Christian de Clotilde et le Triboulet du Roi samuse, il s'est éteint doucement dans sa jolie maison de la rue Ségalier.

La «lîinsc. - Dauberval et sa femme Théodore. — Leurs porlraits dans les Landes. — Hus jeune. — Blache père. — Potier, danseur comique.

Si la musique est aimée à Bordeaux, on peut dire que la danse y est idolâtrée. Le premier maître de ballet et le premier danseur dont le

Grand-Théâtre se glorifie est Dauberval; il fut

engagé, avec sa femme Théodore, à vingt huit mille livres par an, quelques années avant la Révolution, ce qui était un prix énorme pour l'époque. Dauberval était alors dans la force de Tâge et du talent. — Quelques mots sur ses antécédents vous intéresseront peut-être.

Dauberval avait eu pour maître ce bon Noverre, qui plaçait la danse au niveau de la philosophie, et qui écrivait de graves traités sur la portée sociale des entrechats. Noverre, lui ayant donné la théorie, le céda à Vestris, qui lui donna la pratique. Après avoir composé, dès l'âge de quatorze ans, des ballets pour les théâtres de Lyon et de Turin , Dauberval , qui était alors

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svelte et beau, débuta à TOpéra dans le genre sérieux. Il y obtint des succès réels et qui, diton, franchirent même la rampe; car à cette époque les plus grandes dames, même celles qui avaient tabouret chez la reine, ne dédaignaient pas de prendre des leçons de danse auprès des zéphyrs de TOpéra.

Au milieu de ses triomphes de toute espèce, la fatalité voulut que Dauberval devînt gros. Il maudit les dieux et TOlympe, et il se résigna à l'emploi des comiques. L'amant de Flore se transforma en un Faune bruyant et aviné; le rire chassa le sourire. Ce jour-là, ce fut un grand scandale chez les duchesses et les maréchales du côté cour ; en revanche, ce fut un grand bonheur pour Tart.

Garrick et Lekain le regardaient plutôt comme un comédien célèbre que comme un danseur. Il resta vingt ans à Paris, et mérita d'être appelé le Préville de la danse ^ — un beau et ingénieux surnom 1

Maintenant, qu'est-ce qui valut à la scène de Bordeaux Tin^ppréciablo privilège de fixer Dauberval depuis Tâij'e de quarante ans jusqu'à sa mort? Un ordre d'exil, simplement. Comme tous les grands artistes, Dauberval avait ses caprices :

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il refusa de danser devant la reine. Le lendemain, il lui fallut quitter Paris.

Rendons grâce à ce hasard, car Dauberval doit être regardé avec raison comme le père de cette école de danse bordelaise d'où se sont élancées presque toutes les réputations aériennes de ce siècle. C'est de Bordeaux qu'il a daté cette composition si gaie de la Fille mal gardée, rêve de Florian, toile de Greuze, traversée par un rayon de la malice de Beaumarchais. Madame Dauberval y était ravissante dans le rôle de Lise, bien qu'elle commençât à être âgée. On la citait également dans Tlsaure de Raotd Barbe-Bleue, mais à des titres bien différents; car, dans ce dernier ouvrage, c'était le plus vif attendrissement qu'elle savait exciter.

Les autres ballets de Dauberval sont : Télé^ maqueje Page inconstant *, Amphionou l'Ëlèoe des Muses, Psyché et r Amour, Annetle et Lubin, et le Déserteur, où il remplissait le rôle deMontauciel.

1. Le Page inconstant, c'est le Mariage de Figaro mis eu ballet à répoqae où le roi venait d'interdire la représentation de la pièce de Beaumarchais dans toutes les villes de province. Celbe idée fut suggérée à Diuberval un jour qu'il dînait avec sa femme chez un des premiers négociants de Bordeaux; le Page inconstant eut un succès d'enlhousiaàme; vingt ans plus tard U fut joué à Paris, où il produisit le même effet.

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L'explosion révolutionnaire permit à Dauberval de retourner à Paris, où il tint un salon renommé; mais il n'y resta que peu de temps; ses prédilections étaient définitivement acquises à Bordeaux. — Il y a quelques années, ayant résolu de faire le tour du bassin d'Arcachon, par terre, je m'arrêtai à Audenge pour me procurer une voiture. Audenge est un petit village à moitié englouti dans les sables. J'entrai chez le facteur de la poste, qui m'avaitété indiquécomme étant le seul qui pût me fournir des moyens de transport pour Ares, où je voulais aller. Pendant qu'il attelait, mes yeux se portèrent sur deux médaillons gravés qui décoraient le mur; c'étaient les portraits de Dauberval et de sa femme, très-finement exécutés. Au-dessous du premier on lisait : « Jean Bercher Dauberval, né à Montpellier, le 19 août 1742. » Et cette inscription de Tibulle : « Millehahet ornatus, mille decenterhabet. »

Au-dessous du second médaillon : « Théodore Dauberval, » et ces deux devises : « Ses talents séduisent, son esprit entraîne. — L'amitié seule peut apprécier son cœur. » Du reste, ni âge, ni lieu de naissance, sans doute par galanterie. Cette tête de Théodore, coiffée à l'antique, était d'un beau caractère.

Les deux portraits avaient été dessinés par Le Fèvre et gravés par Legouï.

Surpris, comme on le pense bien, d'une telle rencontre au milieu des Landes, j'appris du facteur que monsieur Dauberval avait possédé des terrains entre Audenge et Lenton. Et quels terrains, miséricorde ! Le cheval de voiture qui me les fit traverser s'y enfonçait jusqu'aux genoux. — C'était bien la peine, pensai-je, d'avoir été une des célébrités de l'Opéra et la coqueluche des grandes dames du xviii*' siècle, pour venir sur la fin de ses jours s'enterrer mélancoliquement dans ces sables brûlants, pour voir s'écouler sa vieillesse dans un désert qui était vraiment le bout du monde; car, en ce temps-là, il fallait plus de deui jours pour se. rendre do Bordeaux à Audenge!

Il est vrai de dire que Dauberval ne faisait pas de longs séjours dans ses bois de pins et dans ses champs de sable. Après avoir pris sa représentation de retraite, ennuyé de l'inaction, comme tous les vieux artistes, il se mit à voyager. Ce fut dans un de ses voyages, à Tours, qu'il mourut, âgé de soixante-trois ans, le 14" février 1805.

De l'école de Dauberval sont sortis Didelot, Auguste Vestris et mademoiselle Aliard.

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Hus jeune lui succéda sur notre scène, dans l'emploi rendu si difficile de chef de ballets. Il avait de la grâce et quelques idées. On lui doit : l'Apothéose de Flore, les Hamadryades ou l* Amour vengé, les Jeux de Paris au mont Ida, et Tout cède à r Amour, A cette époque commençait à se faire remarquer le danseur Albert, beau garçon, qui alla soutenir à l'Académie royale de musique la réputation de l'école de danse de Bordeaux.'

De 1812 à 1817 environ, ce fut le règne de Blache père, règne glorieux et marqué par une multitude de ballets dignes d'entrer en comparaison avec ceux de Dauberval et de Gardel. Je ferais tressaillir le cœur de beaucoup de mes contemporains en leur rappelant : la Chaste Smzanne, la Noce villageoise, Almavim et Rosine, l'Amour et la Folie, Aaroun-al-Raschid ou le Calife généreux, les Filets de Vulcain, l*Amour au village, Glaucus et Scylla, Fulbert, ou le Petit Matelot, et ces Meuniers qui durent encore, ces Meuniers qui dureront toujours.

Blache eut l'idée d'une innovation très-heureuse et qui devait réussir : il imagina de donner un rôle, dans sonhallei d'' Almaviva et RosinCy à Potier, qui jouait alors les comiques au Théâtre-Français ou théâtre des Variétés. Po-

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tier, dont le talent se pliait à tout, endossa la longue soutane de Basile et dansa même un pas avec la fringante Suzanne. Une autre fois, Blache père lui confia un personnage de bailli dans ses Vendangeurs^ qui étaient le vaudeville de Piis et Barré, arrangé en pantomime.

Voilà mes meilleures soirées I Ensuite vint Robillon, le facétieux ; puis, dans le genre gracieux, mademoiselle Angélique Martin, mademoiselle Bellon, madame Guy-Sléphan. Le ballet est toujours vivace chez nous ; et ma lorgnette, assidûment braquée sur Thorizon de la rampe, y voit chaque jour se lever de nouvelles constellations»

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Le Théâtre-Français. ^ Le Thëâtre-Molière. — Le théâtre Mayeur. —

Le théâtre de la Gatté.

Le Théâtre-Français était autrefois administré par la direction du Grand-Théâtre. Dans le principe, on y chantait l'opéra-comique, et Ton y représentait des pantomimes, voire même des petits ballets.

Un seul nom domine mes souvenirs du Théâtre-Français : Potier! Pendant deux ou trois ans il a rempli cette salle de sa joie, de son esprit, de son originalité, de sa science profonde. Tous les rôles de Brunet, il les a joués, et avec quel succès I Je n'ai qu'à fermer les yeux pour revoir Powadm, M. Dasnières du Sourd, le Beverley (TAngoulême, Nicaise peintre , Janot et les Jocrisses. Ce grand corps sec, long, cette physionomie attentive, cet œil en éveil, ces gestes imprévus, cet accent saccadé, tout cela m'apparaît, revient, et me force encore à rire comme autrefois. Autrefois, c'est-à-dire 1805 et 1808.

Du reste, le Théâtre-Français a toujours possédé une troupe fort bonne ; ses pensionnaire^ ordinaires se sont successivement appelés Raucourt, Landrol, Achard, Lafont, M. et madame Taigny ; le théâtre des Variétés à eu leur jeunesse, leur première verve. Modeste, quoique perpétuellement florissant, il a plusieurs fois été le soutien du Grand-Théâtre.

Néanmoins, il lui a souvent fallu lutter contre des concurrences. L'ancienne révolution avait amené la liberté des théâtres ; on en ouvrit plusieurs ; de ce nombre furent le Théâtre-Molière, rue du Mirail, et le Théâtre-Mayeur, sur les fossés des Carmes.

Le Théâtre-Molière s'était installé brutalement dans la chapelle Saint-Jacques, aujourd'hui rendue au culte. Ses propres ressources ne le soutinrent pas longtemps, et la direction du Grand-Théâtre finit par le prendre à son compte. Elle le fit exploiter par les acteurs de ses deux troupes ; on n'y jouait guère que deux fols par semaine, pendant l'hiver, et on mettait la clef sous la porte pendant l'été.

Le Théâtre-Mayeur s'appelait ainsi du nom de son directeur, François Mayeur de Saint- Paùl, acteur et auteur, un des hommes les plus

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étranges avec lesquels je me sois trouvé en relation. Il avait commencé par jouer la comédie à Paris, à l'Ambigu, chez Nicolet, et aux Variétés- Amusantes avec Volange. Beaulieu, Dorvigny, et Bordier. Le rôle de Claude Bagnolet, dans la pièce de ce nom, lui valut une réputation ; on le surnomma le niais de bonne compagnie. En ce temps-là, Mayeur composait déjà de petits vers et des farces pour les basses scènes. Par malheur, son succès l'ayant enhardi, il donna dans la dépravation d'esprit ; un livre anonyme, qu'il publia sous le titre du Chroniqueur désœuvre\ ou r Espion du boulevard du Temple, excita des bourrasques parmi la gent dramatique. Mayeur, afin de dérouter les soupçons, ne s'était lui-même pas épargné dans cette peinture des mœurs des plus infimes baladins. L'année suivante, il ajouta un second volume au Chroniqueur, et successivement il publia, avec une rage que n'excuse pas la jeunesse, une série de productions analogues. Les Pantins du boulevard passèrent en revue les théâtres des Délassements-Comiques, de Beaujolais, etc. Ses calomnies impures allèrent jusqu'à s'exercer sur la reine,, et on lui attribue une comédie odieuse : r Autrichienne en goguette. Le flot de ses diatribes monta tellement, que

ropinion publique s'en émut ; tant que Majeur n'avait vu que ses épaules menacées, il avait tenu bon, mais lorsqu'il s'aperçut que sa vie courait des risques sérieux, il quitta Paris et s'expatria.

Après avoir passé plusieurs années dans nos colonies françaises, d'où il entendit la chute bruyante do la monarchie, il se hasarda à remettre le pied sur le sol natal ; mais il s'arrêta prudemment à Bordeaux. Du théâtre qu'il éleva sur les fossés des Carmes, on voit encore aujourd'hui le guichet où se distribuaient les cartes d'entrée *. Ce théâtre dura peu de temps; et tombé du faîte de sa direction, François Majeur de Saint-Paul dut aller offrir ses services au Théâtre-Molière, et plus tard à celui de la Gatté, — autre concurrence dont je vous entretiendrai tout à l'heure.

Au Théâtre- Molière, il fit jouer les Terroristes^ ou les Conspirations jacobites^ à-propos en un acte, mêlé de vaudevilles (première représentation le 5 vendémiaire an V).

Papelard, ou le Tartuffe révolutionnaire y par M. La Montaigne, est de la même année (1796),

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