‹ Les soupers de la maréchale de LuxembourgChapitre 14 sur 28 · NEUVIÈME SOUPER · texte numérisé non relu

NEUVIÈME SOUPER

La maréchale , madame de Lauzun , le baron de Buzenval , le comte de Thiars , le comte de Saint-Priest , le comte de Montes quiou *",, le duc de Nivernois **, la princesse de Beauvau *** , le prince de Beauvau **** , la princesse deP...

LE COMTE DES SAINT-PRIEST

J'ai été bien fâché de n'avoir pas entendu la

* Très-connu dès lors par son esprit, par de fort jolies chansons de société, et même par d'agréables comédies qui n'ont jamais été jouées.

** De l'académie française, et qui a fait en vers de charmantes fables.

*** Remplie de grâces, de naturel et d'esprit, elle passait pour la personne de la société qui avait le plus noble maintien, qui entrait dans un salon la plus élégante, et qui faisait le mieux la révérence. E"e était la plus aimable protectrice des jeunes personnes réservées et timides qui entraient dans le monde. Elle avait, ainsi que la comtesse de Boufflers, un art particulier pour les faire valoir, sans jamais avoir l'air de les protéger

**** De l'académie française. Instruit et solide dans la'con-

belle et longue lecture que M, Clément a faite

chez madame la maréchale.

LE PRINCE

Elle était en effet très-intéressante et trèsinstructive, sous le double rapport de critique et de poétique.

LA PRINCESSE DE BEAUVAU

Monsieur de Saint-Priest fait- il cas de Y Histoire de V empire ottoman, par l'abbé Mignot?

LE COMTE DE SAîNT-PRIEST.

Cette histoire, un peu superficielle, n'est pas élégamment écrite, mais elle mérite d'être lue, surtout jusqu'à ce que nous en avions une meilleure. J'ai eu la patience de lire une traduction de VAlkoran, ouvrage rempli d'extravagances, mais contenant quelques bons principes qui , tous , sans exception, sont. tirés des livres saints de l'Ancien Testament.

LE BARON

Cela est curieux.

versation , sans prétentions et sans pédanterie. Il savait si parfaitement sa langue, que j'ai vu plusieurs fois des gens de lettres le consulter sur des difficultés grammaticales.

LE COMTE DE SÉRENT

Cela est glorieux pour la religion, mais cela n'est nullement singulier.

LE COMTE DE SAINT-PRIEST

Oui, puisque la mère de l'imposteur Maho-. met était juive, et que ce faux prophète a pu connaître les préceptes admirables sur l'hospitalité , sur l'aumône, etc., qui se trouvent dans les livres sacrés de l'ancienne loi.

LE COMTE DE SÉRENT

La religion est la source ainsi que la seule base inébranlable de tout ce qui est véritablement beau, utile et bon.

Aussi, a-t-elle formé Tunique code moral qui soit sans contradictions.

LA DUCHESSE

Ce qui suffirait pour démontrer qu'elle est la seule véritable.

LA PRINCESSE DE BEAUVAU

Et tant d'autres preuves irrécusables concourent a cette importante démonstration * !

* M. Fabbë de La Bouderie , aussi estimable par ses prin-

3oo LES SOUPERS

LE BARON

Conçoit-on que les Turcs ? fixés dans notre

cipes et ses mœurs que par ses écrits, a publié, l'année passée, uue nouvelle édition d'un intéressant ouvrage, remplie de recherches curieuses et qui étaient depuis long-temps entièrement oubliées. Il a pour titre : La Religion prouvée par le témoignage des auteurs païens, par le père Colonia, jésuite. M. l'abbé de La Bouderie a joint à cette nouvelle édition une notice très-détaillée et d'un grand intérêt sur son respectable auteur. Tous ceux qui lisent savaient déjà que Valère-Maxime et Ammien Marcellin avaient rendu de grands hommages a la religion , en rapportant plusieurs miracles dont ils ont été les témoins, ainsi qu'un nombre infini de leurs compatriotes. Par exemple, ils s'accordent a dire que Julien l'apostat, pour faire mentir les prophéties , voulut faire rebâtir le temple de Jérusalem sur l'emplacement morne, mais qu'il ne réussit qu'à compléter l'accomplissement des prophéties, parce que des feux dévorans s'élevèrent de terre, consumèrent tous les ouvriers, et rejetèrent les fondemens du temple antique qu restaient encore enfouis. Il ne fut plus possible de trouver d'autres5 ouvriers qui voulussent travailler à la réédification de ce temple , tant la terreur causée par ce miracle fut profonde et générale. La mort même de Julien fut un miracle rapporté aussi par les païens. Mourant sur le champ de bataille, il reconnut en blasphémant le Dieu qu'il avait abjuré ; il prit dans le creux de sa main du sang de sa blessure, qu'il jeta versée ciel en s'ccriant -.Nazaréen , tu l'emportes. 11 semble que Racine ait pris ce trait, lorsqu'il fait dire à Athalie, aujdénouement de cette admirable pièce : Dieu des Juifs , tu l'emportes.

Le père Colonia a fait des recherches immenses , dans les-

DE LA MARÉCHALE DE LUXEMBOURG. 5oi

Europe, ayant toujours parmi eux des ambassadeurs des pays civilisés, n'aient pas acquis plus de lumières ?

LE COMTE DE SÉRENT

C'est qu'ils sont restés musulmans, et que les chrétiens seuls peuvent être véritablement éclairés.

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