L'ARGENT NE FAIT PAS TOUT
Ce que j'ai reçu de mes ancêtres passe à d'autres ; ce que j'ai dépense, je l'ai perdu ; ce que j'ai donné , je l'emporte avec moi.
( Traduction (finie èpitaphe anglaise.)
Dans la rue de Grenelle 5 au faubourg Saint- Germain , se trouvaient deux hôtels magnifiques et presque voisins; l'un était occupé par le baron ? là baronne de Linange ? et leur fils. le comte Jules de Linange 5 âgé de vingt-deux ans ; l'autre hôtel était habité par une octogénaire, la vicomtesse de Flavy , qui jouissait d'une fortune immense. Elle avait conservé toutes ses facultés intellectuelles; elle était complètement sourde ? mais elle n'avait pas* d'autres infirmités corporelles. Le jeune comte Jules allait souvent chez sa vieille voisine , muni de son cornet; il s'en faisait parfaitement entendre ? pourvu qu'il fût tête à tête
avec elle. Jules était bon , spirituel, sensible et naturellement raisonnable; il se rappelait avec reconnaissance tous les bals d'jênfans que jadis lui avait donnés la vicomtesse , et tous les bonbons et les jolis joujous dont elle l'avait comblé. 11 s'était établi entre eux une confiance que des personnes de cet âge n'ont jamais l'une pour l'autre , et la surprise qu'elle causait à tout le monde l'augmentait encore. Ce petit mouvement d'un amour-propre si permis acheva de rendre leur intimité aussi parfaite qu'elle était singulière. La mère de Jules , jeune encore, brillante et mondaine, perdait sa vie dans une extrême dissipation ; elle passait ses journées à faire des visites, à courir les bals parés , les fêtes, les spectacles , à donner de grands soupers, ou à faire le chemin de Paris a Versailles, et de Versailles à Paris ; elle consacrait l'été aux maisons de princes , et l'automne à Fontainebleau. Son mari menait à peu près le même genre de vie; il y ajoutait de plus la chasse, que sa femme remplaçait par la toilette et par ses conférences particulières avec mademoiselle Bertin *. Le mari et
* Fameuse marchande de modes de ce temps.