DE L AUMONE
Quod siiperest, date eleemosynam et ecce omnia munda sunt vobis.
(Luc, XI, 41.) Pour en finir, donnez l'aumône et voici que tout devient pur pour vous.
Ces paroles figurent parmi les plus expressives et les plus énergiques que le Sauveur ait prononcées. Après avoir donné différents avis à ses fidèles disciples, Il conclut sur celui-ci : <( Au reste, donnez l'aumône, et voici que tout est pur pour vous. Quod superest date eleemosynam et ecce omnia munda sunt vobis. » (Luc, xi-4i.)
C'est qu'en effet la vertu d'aumône est l'objet de la part du divin Maître d'une sollicitude constante. Dans sa prédication évangélique, je ne crois pas qu'il y ait un point sur lequel II ait insisté plus souvent que sur celui-là, sur lequel II soit revenu davantage, le plus volontiers, à pro-
pos duquel II ait fait entendre des paraboles plus touchantes, des exhortations plus pressantes. Pour cette raison, la vertu d'aumône a toujours été chère au cœur des saints; les vrais chrétiens ont compris l'efficacité merveilleuse de ce qu'on a appelé quelquefois, d'une manière purement figurée, le huitième sacrement. Ce n'est pas que l'aumône soit un sacrement, ni qu'elle ait reçu des promesses d'efficacité immédiate, mais il est incontestable que Dieu attache à sa pratique des bénédictions de choix. Aussi parmi les exercices de ce saint temps de carême, qui est comme le printemps des âmes, le renouveau spirituel où tout doit se restaurer et se réparer au fond des cœurs, l'aumône figure en première ligne. A côté de la prière, à côté du Jeûne, à côté des exercices liturgiques, la sainte vertu d'aumône
Je vous dirai ce soir, mes frères, que l'aumône est une loi fondamentale du christianisme, je vous en rappellerai les précieux avantages, je vous dirai enfin quelle aumône Notre-Seigneur attend de vous.
L'aumône est la conséquence nécessaire, la marque indispensable, la preuve de la vraie charité envers le prochain. On ne saurait aimer
Dieu si l'on n'aime le prochain « comme soimême ». — Mais, aimera-t-il son prochain, celui qui vraiment demeure insensible aux besoins de son âme et de son corps? D'où découle la double obligation de l'aumône spirituelle et de l'aumône corporelle? L'aumône, c'est une loi essentielle du christianisme. Nul ne pourra se sauver sans avoir fait l'aumône proportionnellement à ses moyens. Ne songeons pas à pénétrer dans le royaume des cieux sans avoir satisfait à ce qui nest pas un conseil mais un précepte formel, sans avoir distribué une certaine quantité d'aumônes.
Avant même d'être une loi chrétienne, c'était déjà une loi naturelle. « Il se faut entr'aider, c'est la loi de nature », dit le fabuliste. Loi de raison, loi de lx)n sens qui indique que, frères sur la terre, frères de besoin, frères de misère, frères de travail, nous sommes dans la nécessité de nous tendre la main les uns aux autres, et c'est dans ce sentiment de responsabilité partagée, rapprochant les différentes classes, que résident les liens les plus forts de la société.
C'est donc une loi inscrite dans le cœur de l'homme par le Créateur lui-même. Mais c'est surtout une loi révélée que nous enseignent les pages les plus éloquentes de l'Ancien Testament. Maintes fois, dans les psaumes, au livre de la Sagesse, comme dans les anciens livres de la Genèse, dans les pages relatant les faits de l'his-
toire d'Israël, on voit Dieu recommander l'aumône, bénir l'aumône.
(( Crie, ne cesse pas, dit le Seigneur à Isaïe, annonce à mon peuple ses iniquités. Ni leurs jeûnes, ni leurs bonnes œuvres, ni leurs prières ne m'apaiseront. » Quel est donc le remède? Ecoutez : « Déchargez le pauvre de son fardeau... Partagez votre pain avec le pauvre, alors votre lumière se lèvera aussi belle que le point du jour et la gloire du Seigneur remplira votre âme de ses splendeurs. [Isaie, Lvm.] (i).
Mais Notre-Seigneur a insisté davantage encore sur ce point si grave, et c'est une chose curieuse, que le P. Monsabré rappelle avec force dans ses conférences de Notre-Dame et sur laquelle Bossuet insiste, que dans la fameuse scène du jugement, lorsque Notre-Seigneur est représenté assis sur son trône de gloire et jugeant les hommes, faisant comparaître devant Lui toutes les races, toutes les nations, tout ce qui a vécu et res-
(i) Si j'ai été sourd à la prière du pau\Te, si j'ai fait languir dans l'attente la veuve dont l'œil implorait mon assistance; si j'ai mangé seul mon pain, sans en donner une part à l'orphelin;... si j'ai vu avec indifférence le malheureux mourant de froid, et l'indigent sans vêtements; si ses membres ne m'ont pas béni, réchauffés par la toison de mes brebis;... que mon épaule tombe séparée de mon corps, et que mon bras se brise avec ses os. (Job, xxxi, i6, 17, 19, 20, 22.)
L'étranger n'est point demeuré dehors à ma porte; ma maison a toujours été ouverte au voyageur. (JoB; xxxi,
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pire sur la terre; quand on en vient à la matière de ce jugement, ce n'est point la foi qui apparaît, ce n'est point la chasteté, ce n'est même pas à proprement parler la charité, au moins dans le sens absolu de ce mot, qui devient la matière du jugement, c'est l'aumône.
Ce qui ne veut pas dire que l'on ne sera point jugé sur le reste, Notre-Seigneur a pris soin de nous l'affirmer ailleurs et l'on se tromperait en s'imaginant que la seule matière du jugement sera la vertu d'aumône. Le Maître a déclaré que celui qui croira sera sauvé et que celui qui ne croira pas sera condamné. (Marc, xvi-i6.)
Mais pourtant lisez; dans cette scène si célèbre du jugement, il n'est question que de l'aumône : {( Venez, les bénis de mon Père, possédez le royaume qui vous a été préparé. » Et pourquoi? « Parce que j'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'avais soif et vous m'avez donné à boire, j'étais sans asile et vous m'avez recueilli, j'étais nu et vous m'avez couvert », et le reste que vous connaissez (i). Il dira cela aux bénis de son Père, et ceux-ci, dit le saint texte, reprenant avec complaisance les mêmes formules demanderont : (( Mais quand est-ce, Seigneur, que vous aviez faim et que nous vous avons donné à manger? Quand est-ce que vous
''^^ Matth., XXV, 34.
étiez sans asile et que nous vous avons recueilli? Quand est-ce que vous étiez nu et que nous vous avons couvert? A quel moment? » Et Lui dira : (( C'est quand vous avez fait cela aux pauvres. Ce que vous avez fait à l'un de ceux qui croient en moi, c'est à moi-même que vous l'avez fait. » Ainsi Notre-Seigneur se substitue lui-même à la personne des pauvres et déclare fait à Lui-même ce que nous leur faisons de bien. C'est pourquoi, au témoignage de saint Paul, il a formulé cette grande maxime : « Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. » (Act., xx, 35.)
Dans la scène de la condamnation, Il dira aux maudits : « Retirez- vous de moi, maudits, au feu éternel qui a été préparé au démon et à ses anges. Parce que j'avais faim et vous m'avez refusé à manger, j'avais soif et vous m'avez refusé à boire, j'étais sans asile et vous ne m'avez pas recueilli, j'étais nu et vous ne m'avez pas couvert », et le reste. (Mat., xxv-34-)
Ainsi, vous le voyez, la manière du jugement, tel qu'il est représenté dans le texte sacré, c'est la vertu d'aumône, ce sont les conséquences de la vertu d'aumône.
Il est fortement question de l'enfer dans l'Evangile. On me signale que quelques dames ont déclaré ne pas croire à l'enfer. Elles sont étonnées que l'on prêche encore l'enfer. Elles admettent bien, disent-elles, les vérités chrétiennes, mais pas celle-là. Observons d'abord qu'en te-
nant de tels propos elles pèchent gravement contre la foi et font injure à la Sainte Eglise qui enseigne formellement cette vérité comme un dogme reçu du Christ. Elles mettent leur salut dans le plus grand péril, car le plus sûr moyen d'aller en enfer c'est de ne pas y croire!
Au reste c'est que ces personnes n'ont pas lu l'Evangile. J'en suis bien fâché pour elles; mais pour pouvoir leur donner raison, il faudrait arracher une vingtaine de pages au texte sacré, et je n'ose vraiment pas; je voudrais bien leur être agréable; mais alors je ne serais pas très rassuré, je craindrais les conséquences; si j'osais déchirer ces vingt pages, les anges les mettraient de côté pour me les placer sous les yeux au moment de mon propre jugement. C'est dans VEvangile^ tandis que les paroles de ces dames ne sont pas dans l'Evangile.
Or dans l'Evangile, une des paraboles les plus célèbres, où précisément il est question de l'enfer, c'est la scène du mauvais riche et du bon pauvre. Voyez ce bon pauvre : Lazare. (Ce n'est pas Lazare le ressuscité.) Ce bon pauvre s'en va traîner ses membres dolents au seuil de la demeure du riche. Il entend des cris de fête, des chants de joie, on fait là peut-être une musique exquise, on déguste des aliments de choix, au son des instruments, pendant que dansent des formes gracieuses. Alors le pauvre élève la
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voix pour supplier qu'on lui jette un peu des restes de la table parce qu'il meurt de faim. Mais rien n'importune le mauvais riche comme la vue de la misère, on lui refuse tout secours et peut-être on l'écarté durement, on le repousse; le texte dit que les chiens (qui valent mieux que le maître) sortent dehors, et sans trop de difficultés partagent avec le pauvre les os qu'ils ont trouvés sous la table. Il en ronge quelques-uns, mais à ce régime on ne va pas loin; il meurt. Et les anges, parce que c'était un bon pauvre, parce qu'il n'avait pas maudit sa pauvreté, parce qu'il avait levé vers le Seigneur un regard de soumission et d'amour, les anges le portèrent dans le ciel, au sein d'Abraham, dit le texte, dans les limbes sans doute.
Je songe à une gravure que j'ai vue où un vieux mendiant est représenté assis, appuyé contre le pied d'une muraille; au-dessus s'avancent les feuilles très larges d'un figuier, une vieille natte que le pauvre hère a trouvée quelque part, sur un tas d'ordures, est étendue sur ses genoux. Et il dit : <( Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir donné ce bon mur pour m 'appuyer, ce figuier pour m 'abriter, cette bonne natte pour protéger mes jambes! »
Il en était ainsi sans doute de la résignation filiale de Lazare et c'est pourquoi le Dieu des pauvres lui fait grand accueil. Quelques mois après,
le mauvais riche, saisi de quelque attaque d'apoplexie, mourut. Il fut enseveli dans l'enfer, dit le texte sacré. Or, par une prosopopée saisissante, voilà que l'enfer ouvre ses abîmes, une échappée du ciel y laisse tomber un rayon; et à cette lueur fugitive le mauvais riche aperçoit dans le ciel Lazare, dans le sein d'Abraham. Il crie à Abraham: (( Ah! permets que Lazare trempe l'extrémité de son doigt dans un peu d'eau et qu'il vienne humecter mes lèvres, parce que je suis crucifié dans cette flamme.» Mais Abraham répond: « Non! entre vous et nous est creusé un grand abîme infranchissable. » Alors le mauvais riche de reprendre : « Père Abraham, obtenez que Lazare retourne sur la terre: qu'il aille trouver mes frères, afin qu'il les avertisse et qu'ils changent de vie. » Et Abraham répond : <( Non, ils ont Moïse, ils ont les prophètes; quand même quelqu'un des morts ressusciterait et viendrait les reprendre, ils n'en feraient pas davantage.» (Luc,xvi-i5-3o.)
C'est en ces traits profonds, mes bien chers frères, qu'est burinée dans l'Evangile la loi de l'aumône: l'aumône tient les clés du ciel et ouvre le paradis aux bienheureux; elle tient aussi les clés de l'enfer, et aux maudits qui l'ont méconnue, elle ouvre les portes de l'affreux séjour; elle est la matière du jugement, elle est la raison pour laquelle le mauvais riche, séparé par un abîme immense des
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élus, des sauvés, s'en va vers le désespoir éternel (i).
Quelles bénédictions abondantes l'Ecriture sacrée promet à cette admirable vertu! Elle dit que l'aumône enlève le péché (2). Ce n'est pas, mes bien chers frères, qu'il y ait dans la pratique de l'aumône une efficacité comparable à celle du sacrement de pénitence, mais si l'aumône ne peut effacer le péché par elle-même, s'il n'y a pas une puissance spéciale attachée à l'acte de l'aumône, comme il y a une puissance attachée à chaque sacrement, néanmoins il est très sûr que l'aumône prépare et dispose à la conversion d'une façon efficace; elle attendrit le cœur, elle purifie l'âme, elle détruit les obstacles, elle touche le divin Maître et se le rend pitoyable et miséricordieux. Car Notre-Seigneur n'est dur que pour ceux qui sont durs, (f Ceux qui sont insensibles et sans entrailles à la détresse des malheureux, dit Bossuet, méritent d'avoir sur leur tête un ciel d'airain d'où ne vienne ni soleil, ni pluie. »
Mais au contraire quand un pauvre pécheur se laisse pénétrer d'une tendresse intime pour la misère, le cœur de Dieu s'adoucit à mesure, la foudre glisse de ses mains. Il ne se souvient plus
(i) Sur la terre tu as reçu des biens et Lazare des maux; mais maintenant celui-ci est consolé et toi tu es dans les tourments. (Luc, xvi, 20.)
(2) Eleemosyna purgat peccata. (Tobie, xii, 9.)
du péché, Il oublie les pages mauvaises de la vie, les heures sombres du mal, Il se penche. Il a pour accueillir l'enfant coupable, mais miséricordieux, des accents de tendresse paternelle et la contrition naît dans ce pauvre cœur pitoyable aux souffrances d'autrui (i).
L'aumône, pour me servir d'une comparaison bien actuelle, est semblable à ces luttes d'artillerie qui préparent la charge des masses d'infanterie. Avant le combat qui doit décider de la conversion d'une âme, il faut détruire les retranchements maudits où se terre ce cœur rebelle, insensible qui a résisté à toutes les grâces, qui ferme tout accès au Seigneur; il faut donc que l'aumône soit largement jetée avant qu'un dernier assaut de la grâce enlève ce cœur coupable, lui donne la contrition de ses fautes et l'amène aux pieds du bon Pasteur. Eleeniosyna resistit peccatis. L'au-
(i) Le pauvre est un sacrement comme il est un mystère; il est un sacrement intermédiaire qui n'exige de nous aucune préparation, mais qui nous communique la grâce et nous dispose à recevoir les fruits du sacrement proprement dit. Voilà la grande, la magnifique puissance des pauvres. Ils habitent le vestibule du palais de Dieu; nul ne peut voir le Maître, sans avoir vu les serviteurs; depuis dix-huit siècles on essaye en vain de les chasser des portes de nos églises : ils y reviendront toujours, ils sont là pour nous instruire, ils ont dans leurs mains la clé qui ouvre le sanctuaire. Si quelqu'un pouvait être assuré mathématiquement de son salut, ce serait le chrétien charitable pour qui s'élève chaque jour la prière du pauvre. (Lacordaire, Discours aux Messieurs de Saijit-Vincent de Paul.)
lïiône résiste au péché en détruisant les ferments de l'avarice, de l'égoïsme. Eleemosyna libérât a morte. L'aumône délivre de la mort. Délivre-telle de la mort qui doit nous coucher dans le tombeau? A cette mort qui est la solde du péché échapperons-nous? Ne nous attend-elle pas un jour ou l'autre? N'est-il pas résolu par Dieu que tous les hommes mourront un jour? Sans doute nous mourrons, mais même de cette mort le chrétien en est délivré quand il a peu de motifs de la craindre. Qui ne craint plus la mort est libéré d'elle. Celui qui, avec le secours de la grâce, a senti naître dans son cœur l'esprit de pauvreté, de détachement, de sacrifice et à qui Dieu a donné le goût de l'aumône et l'amour des pauvres, celui qui a dispersé une partie de ses biens, de sa fortune entre les mains des pauvres, celuilà sourira à l'heure dernière; les anges viendront bercer son agonie (i) et le Christ, qui a tant aimé les pauvres, lui apparaîtra l'instant d'après, debout sur l'autre rive, avec un visage doux et joyeux : mitis ac festivus vultus Christi. « Sa justice, dit le texte sacré, demeurera de l'autre côté de la tombe, dans les siècles des siècles. )> Qui meurt après avoir été bon, libéral, le Seigneur le
(i) Heureux celui qui est attentif aux besoins du pauvre et de l 'indigent! Le Seigneur le délivrera au jour de l'adversité... le Seigneur l'assistera lui-même sur son lit de douleur. Seigneur, votre propre main retournera son lit pour reposer ses infirmités. (Ps. xl, 2-4.)
recevra dans son sein miséricordieux. Et même ici-bas sa postérité sera bénie.
Grégoire de Tours, l'historien des Francs, rapporte que pendant une grande famine du y^ siècle, la misère était effroyable, les gens mouraient de faim, il n'y avait plus ni seigle, ni farine, on se nourrissait de racines.
Dans cette calamité, le sénateur Edictius qui possédait d'immenses domaines dans les environs de Vienne en Dauphiné, consacra toutes ses richesses à acheter une énorme quantité de blé; il amassa des provisions de toutes sortes; puis il convoqua chez lui tous les affamés. La population vint se réfugier sur ses terres et, pendant plus d'un an, il ne cessa de nourrir ces gens, il se multiplia pour eux. Or, un jour qu'il était en prières dans son oratoire, Notre-Seigneur lui apparut. (Hélas! il ne m'apparaîtra pas ainsi, ni à vous non plus, sans doute.) Il lui lui : « Edictius, tu as été droit à mon cceur! Je veux te faire une promesse en récompense de ce que tu fais : Aussi longtemps qu'il y aura sur la terre des descendants de ta race, pas un ne manquera de pain! » Quelle étrange et mystérieuse promesse 1 Le Seigneur seul, n'est-il pas vrai, peut prendre des engagements pareils! De protéger les enfants et les enfants des enfants et les petits-enfants des j)etits-enfants, dans la suite des siècles parce qu'ils ont dans les veines quelques gouttes du
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sang de l' homme qui a donné tous ses biens aux pauvres (i) I
Mais c'est surtout au ciel que seront consacrés les mérites des miséricordieux, des bons! Qu'ils s'appellent saint Vincent de Paul, saint Jean de Dieu ou saint Jean l'Aumônier, on racontera à jamais, dans les siècles des siècles, leurs aumônes! Toute l'assemblée des saints dira les choses qu'ils ont faites! (EccU., xxx-ii.)
Tels sont, mes bien chers frères, ces précieux avantages de l'aumône qu'on ne saurait trop redire. C'est le moyen de se détacher, c'est la soupape de sûreté de la richesse, c'est le paratonnerre de la maison, c'est le rachat du bonheur, c'est l'intérêt sage et bien entendu dans les affaires, c'est la manière de se tenir toujours en contact avec Dieu. « Si vous êtes riches, disait saint Cyprien, plus vous avez d'enfants et plus vous devez multiplier vos bonnes œuvres. » Et pourquoi.^ Notre Bossuet, dans l'un de ses admirables sermons sur l'aumône, en donne la raiaon * « 0 pères et mères, vous exercez le sacerdoce dans vos familles; plus elles grandissent et plus vous avez d'âmes à délivrer de leurs fautes, de consciences à préserver^ de tentations à écarter. »
(i) Déposez l'aumône dans le cœur du pau^Te; et elle intercédera pour écarter tout mal de vous. {Eccli., xxix, i5.)
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Toutefois l'aumône n'exercera sur le foyer cette protection efficace que si elle est ce qu'elle doit être, c'est-à-dire surnaturelle. Je ne nie pas la puissance et la beauté de la philanthropie; ceux qui font le bien à quelque titre que ce soit, je les salue volontiers, je mets ma main dans la leur, comme nous le faisons tous en ce temps d'union sacrée dans toutes les mairies de France, mais si je reconnais leur mérite, si je salue leur dévouement, néanmoins, je crois que nous, chrétiens, nous sommes au sommet de la sainte phalange des vrais amis du pauvre. Personne n'a des obligations plus précises, plus fermes. C'est que notre Maître ne veut pas seulement que nous fassions l'aumône pour la beauté de l'aumône, Il ne veut pas seulement que nous donnions pour la décharge de notre conscience. Il veut que nous le fassions pour Lui. Il se cache sous le pauvre, un peu comme II se cache dans l'hostie. Oui, il y a une sorte de présence réelle de Notre-Seigneur dans le pauvre. Ce qu'on fait aux malheureux. Il le déclare fait à Lui-même (i). Au jour du jugement, éclatera le mérite de telles actions. Jésus veut que nous agissions pour Lui avant toutes choses. i\.imons le pauvre pour lui-même, oui.
(i) Il ne suffit pas d'ouvrir sur les pauvres yeux de la chair, il faut les considérer par les yeux de lïntelligence. Ceux qui ne les regardent que des yeux corporels n'y voient rien que de bas, et ils les méprisent. Ceux qui ouvrent sur eux l'œil intérieur de l'intelligence guidée