‹ Les sources d'eau viveChapitre 11 sur 21 · IU · texte numérisé non relu

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mais faisons monter notre intention jusqu'à Dieu. Seigneur, sans doute, j'aime mon frère qui souffre, j'aime l'aumône, mais je vous aime, vous, par-dessus tout. Voilà l'aumône surnaturelle telle qu'elle doit être pour demeurer pleinement méritoire (i).

L'aumône doit être abondante, ne nous lassons pas d'elle, ne liardons pas avec le Seigneur. Saint Paul conseille au fidèles de Corinthe d'avoir

par la foi, remarquent en eux Jésus-Christ : ils y voient les images de sa pauvreté, les citoyens de son royaume, les véritables enfants de son Eglise, les premiers membres de son corps mystique. C'est là ce qui les porte à les assister. Encore n'est-ce pas assez de les secourir dans leurs besoins; tel assiste le pauvre qui n'a pas l'intelligence du pauvre, (Bossuet.)

(i) Quand nous faisons l'aumône, il faut penser que c'est à Notre-Seigneur et non aux pauvres que nous donnons, souvent nous croyons soulager un pauvre et il se trouve que c'est Notre-Seigneur. Voyez saint Jean de Dieu; il avait l'habitude de laver les pieds des pauvres avant de les faire manger. Un jour, en se penchant sur les pieds d'un pau\Te, il vit que ce pauvre avait les pieds percés. Il releva la tête avec émotion et il s'écria : « C'est donc vous, Seigneur! » Notre-Seigneur lui dit: « Jean, je prends plaisir à voir comme tu as soin de mes pauvres.... )) et il disparut. {Esprit du Curé d'Ars.)

chez eux un tronc et d'y déposer chaque semaine quelque argent destiné aux malheureux (i).

N'imitons pas cette dame qui voyant un jour une famille d'humbles gens grelotter de froid dans une chaumière, dit à son domestique : « Jean, il faudra porter un stère de bois à ces pauvres. » Rentrant chez elle, elle se met au coin de son feu. Au bout de quelque temps, Jean frappe à la porte et dit : « Madame, est-ce qu'il ne faudrait pas porter le stère à ces pauvres gens.^ — Mais, répond-elle, il me semble que la température s'est bien radoucie depuis un instant. » Se méfier de ces seconds mouvements! De cet autre mouvement qu'on a quelquefois, comme ce monsieur qui voyant un pauvre vieillard grelotter, se contente de le regarder en amateur et de dire : (( Quel beau Rembrandt! » Avant de voir un Rembrandt dans un pauvre, songez que ce mal-

(i) « Ne regardez pas seulement le tronc de l'Eglise, ayez-en un chez vous; faites aussi de votre maison une église, ayez-y un petit coffre, un tronc... dans le lieu où vous vous retirez pour prier; et toutes les fois que vous y entrerez pour faire votre prière, commencez par y déposer votre aumône et ensuite vous répandrez votre cœur devant Dieu..., le lieu où est déposé l'argent des pauvres est inaccessible aux démons; l'argent rassemblé pour l'aumône met une maison plus en sûreté que la lance et le bouclier »; et le grand évêque conseille encore aux ouvriers, aux artistes, aux commerçants, à tous ceux qui retirent de leurs fonds ou de leurs travaux des fruits légitimes, d'en déposer les prémices dans le tronc des pauvres. (S. Jea>' Chysostome.)

heureux a faim. Ne soyez point la dame qui n'a Jamais de monnaie, qui se méfie du sentiment, ou qui refuse en songeant que cette petite économie lui permettra de préparer un voyage, de se ménager un plaisir, un achat luxueux. Et même : « Il ne vous est pas permis, dit saint Thomas d'Aquin, pour restreindre vos aumônes, de considérer tout ce qui peut se produire de malheureux dans l'avenir, faisons, au contraire, quelques saintes folies pour Notre-Seigneur. L'aumône est le grand luxe, et très permis, des gens de cœur. » Donnons à nos dépens, c'est-àdire en nous privant.

Que notre aumône soit aimable, accompagnée d'un sourire, d'une bonne parole, qu'elle n'ait rien d'humiliant pour la personne du pauvre. Donnez aux pauvres avec respect. Bossuet dit, avec soumission, et il appelle les malheureux Nosseigneurs les pauvres, comme s'ils étaient nos supérieurs, nos maîtres, nos rois en Jésus-Christ.

« Quand tu donnes, dit l'Ecriture, rends ton visage aimable et gai. »

Si quelquefois nous sommes obligés de refuser parce que nos ressources sont épuisées, ou que les malheureux sont trop exigeants, ou que nous n'avons pas grande confiance dans telle ou telle demande, du moins ne brusquons jamais personne; craignons que Notre-Seigneur ne soit caché dans la personne du pauvre et qu'au grand

jour II ne nous dise : u Tu m'as injurié. — Mais quand donc, Seigneur? — Le jour où tu as parlé ainsi à tel pauvre. )>

Que votre aumône soit prudente. Il faut refuser quelquefois. On vient nous dire : « Monsieur, je suis très malheureux, il me faut trois cents francs. — Mais je ne dispose pas d'une telle somme, et d'ailleurs, je ne vous connais pas! » Du pain, il en faut toujours donner, à tout venant, à quiconque en réclame, mais ne donnez jamais d'argent sans une petite enquête. Cherchez les vrais pauvres, méfiez-vous de ces flibustiers, de ces escrocs qui vivent d'une basse mendicité, au détriment des véritables indigents.

Ne donnez pas seulement aux pauvres pour le corps, donnez pour l'âme, pensez aux écoles chrétiennes, aux orphelinats où s'élèvent saintement les petits enfants, aux œuvres de jeunesse. (( Bienheureux, dit la sainte Ecriture, celui qui a l'intelligence des vrais besoins du pauvre : Beatus qui intelligit super egenujn et pauperem! -»

(Ps., XL, 2.)

Que cette aumône aimable, prudente, intelligente, soit humble. Quand vous aurez donné, ne soyez point semblable au pharisien qui disait : Seigneur, je suis content de moi parce que j'ai donné la dîme de ce que je possède. (Luc, xviii- 12.) (( Il prend, dit Notre-Seigneur, une trompette et annonce ce qu'il a fait. » Mais parce qu'il a fait son aumône devant les hommes, il a reçu

sa récompense (i). Il faut que votre main gauche ignore ce que fait votre main droite, afin d'éviter l'orgueil (2).

Notre-Seigneur veut donc que notre aumône soit secrète, mais d'autre part il faut aussi que le bon exemple soit donné. Il n'y a en réalité aucune contradiction entre les textes de l'Ecriture sacrée. Ainsi ces paroles : a Quand vous faites de bonnes œuvres, prenez garde de ne pas les faire devant les hommes parce qu'alors vous auriez reçu votre récompense (3) )>, et ces autres paroles : « Faites vos bonnes œuvres devant les hommes, de sorte que voyant vos bonne œuvres, ils glorifient votre Père qui est dans les cieux, » présentent deux faces différentes d'une même obligation et sont aisément conciliables : Il faut donner assez publiquement pour que le scandale soit évité, que l'on sache bien que nous accomplissons notre dcA'oir social, que l'on ne croie pas que nous sommes avares, ou indifférents aux

(1) MaTTH., VI, 2, 5.

(2) Matth., VI, 3.

(3) Il y en a qui ne font l'aumône que pour qu'on les voie, qu'on les loue et qu'on les admire... il y en a qui trouvent qu'on ne les remercie pas assez. Ce n'est pas ça!... si c'est pour le monde que vous faites l'aumône, vous g'"ez raison de vous plaindre, mais si c'est pour le bon P'eu, qu'on vous remercie ou qu'on ne vous remercie pos qu'importe ! il faut faire tout le bien que nous porifc/i'rf à tout le monde, mais n'attendre notre récofijpk^tAifî: 4\\Q: de Dieu seul. {Esprit du Curé d'Ars.)

pauvres, que l'on nous voie faire ce qui est convenable à notre condition. Mais à côté de cette aumône nécessaire pour l'édification du prochain, ayons des fonds cachés pour une aumône secrète que personne ne saura, ou seulement une ou deux personnes à qui nous serons obligés de le dire, en recommandant la discrétion. Nous nous acquitterons ainsi d'une double obligation : nous donnerons d'une part en public pour le bon exemple, et de l'autre en secret pour que Notre- Seigneur en soit le seul témoin. Notre ange lui présentera nos aumône?. (Matth., v, i6; vi, i, 2, 5.)

Quand tu priais avec larmes, dit l'archange à Tobie, et que tu donnais la sépulture aux morts, quand tu quittais ton repas pour aller chercher leurs corps, que tu les cachais le jour dans ta maison, et que tu les ensevelissais pendant la nuit, j'étais là pour offrir tes prières au Seigneur. (Tobie, xii, 12.)

En terminant, mes bien chers frères, volontiers je souhaiterais qu'il vous arrivât ce qui advint à notre glorieux saint Martin, patron des Gaules. Il passait par la porte d'Amiens, jeune soldat élégant et robuste. Tout en aimant la carrière militaire et en s 'appliquant avec soin aux exercices qui préparent à la guerre, il était catéchumène, néophyte dans la foi, et son âme était pénétrée des enseignements de l'Evangile. Or, dit l'ancienne légende, comme il approchait des

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portes de la ville, il aperçut un pauvre homme; il faisait un hiver très dur et le froid cinglait les épaules du mendiant, moitié nu. Le malheureux gisait dans ce triste état sans que la plupart des passants s'en inquiétassent. Martin le vit et il en eut pitié. Il descendit de cheval et lui dit : « Tu as froid .^ Eh bien, nous allons partager. » Il avait un de ces amples manteaux dont les soldats romains aimaient à s'envelopper. Il détache ce manteau, le coupe en deux d'un coup de sabre et en drape la moitié sur les épaules du pauvre qui s'enveloppe, se réchauffe, se serre dans les plis de l'étoffe, puis, tout heureux, prie de tout son cœur pour le bon soldat. Mais à l'entrée du camp, pensez quelles moqueries accueillirent le jeune catéchumène qui se présentait avec une moitié de manteau! Lui ne s'en fâche pas, il se rend à l'église et, comme il était en prières, il eut une vision. — Les saints ont ainsi des visions parce qu'ils ont pleinement renoncé aux choses de la terre, Notre-Seigneur leur fait une avance sur le paradis. — Donc, comme Martin était en prières, le ciel se découvrit à ses yeux et il vit, dans l'assemblée des saints, apparaître en un rayonnement de gloire, parmi les acclamations angéliques, le Seigneur Jésus lui-même, un Jésus admirable, un Jésus baigné des clartés éternelles et Martin, tout ému, tout tremblant, aperçut sur les épaules du Sauveur glorieux, parmi les éclairs et les flammes, cette moitié de manteau que ses mains pieu-

ses avaient placé sur les épaules du pauvre. Et Notre-Seigneur se glorifiait au milieu des saints en disant : « Voyez, j'ai sur les épaules le manteau que m'a donné Martin le catéchumène! »

Il est vrai, mes bien chers frères, lorsque nous paraîtrons devant Notre-Seigneur et que nous serons jugés par Lui, si nous avons fait largement l'aumône, si nous avons su donner notre cœur avec notre argent, Notre-Seigneur nous recevra lui-même au seuil du paradis. Il pourra nous reprocher nos fautes mais nous pourrons presque lui fermer la bouche en lui disant : <( Seigneur, je ne suis qu'une pauvre créature, mais j'ai essayé de faire miséricorde, mon cœur n'est pas resté dur et insensible aux besoins de mes frères, je ne suis qu'un misérable pécheur, mais j'ai assisté mes frères malheureux. Seigneur, souvenezvous de votre prom^esse! » Et Lui dira : « Venez, les bénis de mon Père, j'avais faim et vous m'avez donné à manger, j'avais soif et vous m'avez donné à boire, j'étais nu et vous m'avez couvert, j'étais sans asile et vous m'avez reçu. Possédez le royaume que je vous ai préparé. »

Et les pauvres se présenteront pour nous accueillir et nous recevront dans les tabernacles éternels.

Ainsi soit-il.

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