DE LA RESURRECTION
Si consurrexistis cum Christo.
quss sursùm sunt, qusrite... quat sursum sunt sapite, non quœ super terram.
Si vous êtes ressuscité avec Jésus-Christ, cherchez désormais les choses qui sont d'en haut, ayez du goût pour les choses qui sont d'en haut, et non plus pour les choses de la terre. {Col., m, l.)
Mes Frères,
Le grand fait que l'Eglise propose à notre méditation, à notre vénération en un pareil jour, la Résurrection du Seigneur, est l'objet de la croyance de tous les chrétiens; on ne saurait se dérober à la nécessité de recevoir ce dogme; c'est un maître dogme, c'est un dogme pivot. Saint Paul va jusqu'à dire que si le Christ n'est
Si Christus non resurrexit, inanis est fîdes vestra (/ Cor., XV.)
pas ressuscité, notre foi est vaine. Il ajoute et avec quelle vigueur de raisonnement : Si le Christ n'est pas ressuscité, nous qui dès le commencement avons annoncé cette doctrine, nous sommes donc convaincus d'être de faux témoins contre Dieu, nous dressant à la face de Dieu, puisque nous avons osé soutenir que le Christ est ressuscité, et l'enseigner, alors que les morts ne ressuscitent pas. « C'est donc en vain, dit-il, que moi, dans ma chair )>, dans mes membres, ((j'aurais souffert, j'aurais combattu contre les bêtes », si le Christ n'est pas ressuscité, j'ai perdu mon temps (i).
Il renouvelle l'affirmation d'un fait qui a été vu par les yeux des apôtres, il en grave profondément le souvenir dans l'esprit des fidèles de Corinthe auxquels il adresse cette forte lettre.
Nous ne ferons pas autre chose, ce soir, que d'exposer la doctrine de ce grand apôtre sur la Résurrection du Sauveur.
Il répétait ce qu'il avait appris des apôtres Pierre et Jacques, dans les longues conversations qu'il avait eues avec eux, et où, sans nul doute, il les pressait de questions. Il disait aussi ce que ses yeux avaient vu, puisque Jésus ressuscité daigna le favoriser plus spécialement, à l'heure même où il était son plus mortel, son plus farouche ennemi. Le divin Ressuscité lui apparut et le
(i) / Cor., XV, l'i.
convertit sur le chemin de Damas. Il était donc témoin auriculaire et oculaire de la Résurrection.
On peut ramener tout l'enseignement de l'Apôtre sur ce dogme chrétien à trois points principaux. Il voit dans la Résurrection du Sauveur un fait, une leçon, un présage. Arrêtons-nous quelque temps sur chacune de ces considérations.
Un fait : le Sauveur est sorti vivant du tombeau.
Une leçon : c'est une haute morale qui jaillit de ce dogme. Et enfin, mes bien chers frères, un grand présage, le présage heureux, que célèbrent les anges, que nous chanterons à jamais dans l'éternité, de la résurrection de tous nos corps, à l'exemple de la résurrection du Christ.
Un fait : le Christ est ressuscité. Pourquoi croyons-nous que le Christ est ressuscité le troisième jour, comme il l'avait prédit? Nous 'le croyons parce que ce fait nous est enseigné par la sainte Eglise, maîtresse de vérité assistée par le Saint-Esprit. La sainte Eglise du Christ a reçu cet enseignement de la bouche des pontifes, des martyrs, des docteurs, des apôtres de la première génération qui vivait proche de Jérusalem, pro-
che de la Palestine, principalement intéressée aux faits qu'on lui présentait, qui s'est penchée sur ces faits, les a scrutés d'un examen attentif et sévère. (( Nous prêchons ce que nos yeux ont vu, ce que nos mains ont touché », disaient ces hommes.
Or, les témoins qui nous ont rapporté ce grand fait, les saints apôtres et après eux les Ignace d'Antioche, les Polycarpe d'Ephèse, les Irénée de Lyon et tant d'autres, versèrent leur sang pour cette cause, dans les supplices les plus atroces, après une vie traversée par les persécutions les plus violentes et les plus continuelles. Si ces hommes, si pleins de hautes pensées, si chastes, si sobres, si pauvres, si savants des choses du ciel, si pleins de mépris pour les choses de la terre, appuyaient leurs enseignements sur des témoignages certains, s'ils se reliaient par une chaîne d'or avec une génération d'hommes qui avaient vu de leurs yeux, vous sentez que le témoignage unanime des chrétiens des premiers siècles revêt une singulière autorité.
Quelques-uns des anciens écrivains ecclésiastiques nous ont rapporté comment certains disciples allèrent trouver saint Jean dans les dernières années du premier siècle et le supplièrent d'écrire ce qu'il avait vu, parce qu'il « se faisait tard », qu'il vieillissait, qu'il allait bientôt disparaître; il fallait, disaient-ils, consigner son témoignage dans un document écrit. Saint Jean le
fit. Il en avait été ainsi de plusieurs autres apôtres, ils avaient fait rédiger leurs souvenirs évangéliques, leurs « mémoires », par leurs secrétaires, saint Marc, saint Luc, ou les avaient rédigés eux-mêmes, comme saint Matthieu. Ces écrits des apôtres ont donc été composés par des hommes qui avaient vu ou qui étaient les confidents et les amis de ceux qui avaient vu. Il y avait des milliers de témoins : c'étaient les plus désintéressés, les plus droits, les plus nobles de cœur. Toute leur vie, ces témoins ont maintenu ce personnage, ils ont gardé cette hauteur de vie morale qui ne laissait pas place au doute dans l'esprit de leurs auditeurs, de leurs admirateurs, de leurs amis. Avec des caractères très différents, portés même à ne pas partager toujours la même opinion sur des points de détail et à suivre des voies diverses, toutefois, dans l'enseignement fondamental que l'Eglise a la charge de transmettre, sur les dogmes qu'ils avaient reçus du divin Maître, sur les faits qu'ils avaient vus, ils sont restés d'accord; jusqu'à la fin, pas un ne disant le contraire de l'autre; et, séparés par des distances considérables, par la longueur du temps, on les a vus laisser en des églises éloignées le même enseignement, le récit des mêmes faits. Toutes ces églises d'Italie, du nord de l'Afrique, de l'Espagne, de l'Asie Mineure se sont trouvées, au soirdu premier siècle, en possession du même récit, présentant la même argumentation sur les mêmes
faits, et faisant remonter l'authenticité de ces récits aux mêmes affirmations des mêmes apôtres, à leurs affirmations invincibles.
Nous sommes donc en présence d'un ensemble de témoignages tel qu'il n'est pas possible de se dérober. Si quinze cents ans plus tard, la libre pensée aux abois voulant échapper aux conséquences morales ou sociales de nos dogmes, cherche à incriminer ces témoignages, elle n'y parviendra pas. Ces écrits des chrétiens du premier siècle ont été illustrés par leur sang, leur héroïsme, leur unité; ils ont l'éclat de la vérité même. Nous sommes les témoins, dit saint Paul, nous serions trouvés de faux témoins nous dressant en face de Dieu si nous disions que le Christ est ressuscité alors qu'il n'y a point de résurrection. (( Les apôtres, dit Fraissinous, commencent de prêcher Jésus ressuscité au milieu de Jérusalem et parmi les peuples de la Judée; la résurrection, voilà le dogme qu'ils donnent pour base à la religion, qu'ils présentent comme le titre le plus éclatant de la mission divine de Jésus- Christ. » Saint Pierre l'annonce dans le temple au peuple juif : (( Vous avez mis à mort, dit-il, l'Auteur de la vie; mais Dieu l'a ressuscité et nous en sommes les témoins. »
C'est, mes bien chers frères, la doctrine de tous les apôtres et de tous les disciples. Mais sur quoi est fondé cet enseignement? C'est ce que saint Jean nous dit avec tant de force : « Ce que
nous avons vu de nos yeux, ce que nos mains ont touché (i). »
Il y eut un grand nombre d'apparitions. L'Evangile en mentionne onze principales.
Jésus, à peine sorti de sa tombe, le matin de Pâques, apparaît à sainte Madeleine. Certes, ce témoignage de sainte Madeleine ne sera pas l'unique, mais il est placé d'une façon toute pleine d'enseignements mystérieux, en tête des autres. Madeleine voit seule d'abord : c'est le repentir, c'est la foi ardente et pénétrante qui les premiers sont consolés.
(i) Le Nouveau Testament mentionne onze apparitions du Sauveur :
1° Il apparut à Marie-Madeleine. (S. Jean, xx, 24.)
2° Aux saintes femmes. (S. Matth., xxin, 9.)
3° A saint Pierre. (/ Cor., xv, 5.)
4° Aux disciples qui allaient à Emmaûs. (S. Luc, xxiv,
5° Aux onze assemblés. (S. Jean, xx, 19.)
Ces cinq premières apparitions eurent lieu le jour de Pâques.
6° A saint Thomas et aux apôtres huit jours après. (S. Jean, xx, 26.)
7° A plusieurs apôtres dans une pêche miraculeuse sur les bords du lac de Tibériade en Galilée. (S. Jean, xxi, i.)
8° Aux apôtres et à plus de cinq cents disciples sur une montagne de Galilée. (/ Cor., xv, 6.)
9° A saint Jacques en particulier. (7 Cor., xv, 7.)
10° Aux ai>ôtres et disciples sur la montagne des Oli- Wers, avant de monter au ciel. (S. Luc, xxiv, 00.)
Il faut rapprocher de ce dernier texte celui qui commence les actes des apôtres.
11° A Saint Paul sur le chemin de Damas. (Act., ix, i-3o.)
Et après sainte Madeleine, ce sont les saintes femmes. Prenez garde au témoignage de ces femmes aimantes. On les avait vues presque seules au pied de la croix quand tous avaient fui, elles étaient assises dans l'attente contre la pierre du sépulcre. Il était bien digne du cœur adorable de Jésus qu'elles fussent les premières informées.
Mais voici que la foi s'avance en la personne de Pierre; c'est lui, chargé de contrôler ces premiers témoignages, c'est lui qui devra confirmer la foi de ses frères, être pour tous un argument vivant et gouverner l'Eglise désormais. C'est lui qui sera le témoin de la troisième apparition.
Voici maintenant l'apparition aux deux disciples, sur le chemin d'Emmaiis, le soir de Pâques, et cette vision dans un cadre exquis de lumière et de paix.
Jésus apparaît maintenant aux onze assemblés. Thomas étant absent. Notre-Seigneur leur parle, ils le reconnaissent. Saint Thomas, à qui on rapporte cette vision, déclare qu'il n'en croit rien. Le doute, l'incrédulité l'a repris. Il en souffre sans doute car il aimait Notre-Seigneur; il a, comme les autres, péché, et aussi atrocement souffert dans son cœur, en ces journées du jeudi et du vendredi saints; il n'a pu se ressaisir. Ceux qui ont passé par les affres de la souffrance et de la séparation se rendront mieux compte de sa faute.
Mais Notre-Seigneur a des desseins d'amour et de pardon sur cette âme présomptueuse et faible mais qu'il a choisie et qu'il aime. Huit jours après II daigne apparaître de nouveau aux apôtres, Thomas étant présent. L'incrédule avait dit : (( Si je ne vois dans ses mains le trou des clous, si je n'enfonce mon doigt à la place des clous et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point. » Notre-Seigneur se dresse devant lui et lui dit : <( Mets ton doigt là et vois mes mains; approche ta main et mets-la dans mon côté. Ne sois plus iii crédule mais fidèle. » L'effroi s'empare du roiipable, il se jette aux pieds du Maître, pâle cl tremblant. De ses lèvres jaillit un cri de repentir : « Mon Seigneur et mon Dieu! ))
Combien de malheureux pécheurs devraient s'écrier avec lui : Hélas! Seigneur, j'ai donc douté de vous! J'ai préféré croire le monde, les fourbes, les méchants, les sensuels, les blasphémateurs qui n'aiment que la vie présente et qui n'en veulent point d'autre. Mon Seigneur et mon Dieu, pitié, je me repens! « Thomas, dit le Sau- A^eur, parce que tu m'as vu, tu as cru; heureux ceux qui n'ont point vu et qui ont cru. » Ceux qui ne verront pas, c'est vous, c'est moi; nous n'avons pas vu, mais nous croyons pourtant fermement, avec la grâce de Dieu, sur le témoignage de Thomas et de l'Eglise.
Cependant, Jésus a ordonné aux apôtres de se
rendre en Galilée, il lui plaît de se montrer de nouveau à eux dans ce pays, son pays, qui avait été le témoin de ses miracles innombrables, et où II avait ressuscité les morts. Vous vous souvenez comment de l'autre côté du beau lac de Génésareth, voyant une foule immense qui souffrait de la faim, Il avait, pour elle, multiplié miraculeusement les pains. Et cela deux fois, en deux circonstances narrées par le même évangéliste, saint Matthieu. C'était là-bas encore, sur une montagne de Galilée, non loin des rives verdoyantes diaprées de cent couleurs, bordées de ces lys et ces anémones qui sont vêtus de magnificence comme Salomon ne l'était pas dans toute sa gloire, où les oiseaux qui ne sèment ni ne filent, chantent à pleine gorge les louanges de Jéhovah; rives enchanteresses, belle et riante contrée chère à son souvenir. Non loin de ces bords, le Seigneur avait esquissé, puis développé le grand programme chrétien dans le sermon sur la montagne. Sur cette mer de Galilée, il avait apaisé les flots, calmé la tempête; d'autres fois, montant sur une barque, il la faisait éloigner un peu du rivage, et de là il parlait à tous. Il voulait donc revoir encore avec eux ces rivages bénis.
C'est là qu'il daigna de nouveau leur apparaître, debout sur la rive, tandis qu'ils étaient au large, attristés d'une pêche infructueuse. Comme jadis, sur son indication, les filets se remplirent
de miraculeuse manière (i). Jean le reconnaît. Pierre s'élance vers le rivage; les disciples abordent. C'est Lui. Il leur parle, il les réconforte. Et voici qu'après la demande trois fois réitérée : Pierre, m 'aimes-tu.^ il lui confie la charge de paître à jamais ses agneaux, ses brebis.
Sur une montagne de cette même Galilée il se montra encore à ses disciples. Et cette fois, pour que le témoignage fût plus complet, et la doctrine portée par un plus grand nombre jusqu'aux
(i) « Le matin étant venn, raconte saint Jean, qui était là, Jésus parut sur le rivage; les disciples ne connurent point que c'était Jésus. Jésus leur dit donc : « Enfants, n'avcz-vous rien à manger? » Ils répondirent : « Non. » Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque et vous en trouverez. » Ils le jetèrent donc et ils ne pouvaient le tirer, à cause de la multitude des poissons.
(( Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur. » Lorsque Simon Pierre eut entendu que c'était le Seigneur, il prit sa tunique, car il n'était pas vêtu, et se jeta à la mer.
« Les autres disciples vinrent avec la barque, car ils n'étaient éloignés de la terre que d'environ deux cents coudées. Ils tirèrent le filet plein de ix>issons.
u Or, dès qu'ils furent descendus à terre, ils virent des charbons préparés et du poisson placé dessus et du pain. Jésus leur dit : « Apportez quelques-uns des poissons que vous avez pris à l'instant. » Simop Pierre monta dans la barque et tira à terre le filet plein de i53 gros poissons. Et quoiqu'il y en eût tant le filet ne fut jy^s rompu. Jésus leur dit : « Venez, mangez. » Et aucun de ceux qui étaient à table n'osait lui demander : qui êtes- vous ? sachant bien qu'il était le Seigneur. Jésus vint donc, prit le pain et le leur donna, et le poisson pareillement. » (Jea>. XXI. 1-24.)
extrémités de la terre. Il apparut à cinq cents frères.
Saint Paul, dans ce même chapitre quinzième de l'épître aux Corinthiens insiste sur celle-là : « Il apparut, dit-il, devant cinq cents frères. » Il ajoute que beaucoup sont encore vivants au moment où il écrit. « Cependant, dit-il, il en est un certain nombre qui se sont endormis dans le Seigneur. »
Notre-Seigneur apparut aussi à saint Jacques, son cousin que l'on appelait aussi son frère, parce que les juifs nommaient frères les cousins germains. Jacques devint plus tard évêque de Jérusalem. Jésus le chérissait : c'était un homme d'une grande austérité de vie, dont les hautes vertus consolaient les chrétiens et faisaient l'admiration des juifs eux-mêmes.
Voici enfin la dixième apparition : Une dernière fois, le Sauveur se montre aux disciples réunis; il leur fait ses adieux et leur annonce qu'il leur enverra son divin Esprit. Ils frissonnaient et pleuraient sans doute à l'idée de le quitter encore après l'avoir miraculeusement retrouvé (i).
(i) Après sa résurrection, Jésus se montrait souvent à ses disciples. Il s'asseyait à leur table. Il leur reprochait quelquefois leur aveuglement. Il relevait leurs questions indiscrètes, leurs rêves de grandeur humaine. Il leur parlait du royaume de Dieu, du Saint-Esprit, qui leur serait envoyé, et qu'ils recevraient à Jérusalem. « Sera-ce alors, lui demandèrent-ils, que vous rétablirez le royaume d'Israël? ( / Cor., xv, i-8.) Ils s'obstinaient à
Quand il les eut une dernière fois éclairés, consolés, encouragés, Il les mena vers Béthanie, sur cette sainte montagne, non loin de ce village où Il avait trouvé maintes fois, dans une maison hospitalière, sous un toit béni, des cœurs amis, délicats, faits pour le comprendre et recevoir ses sublimes enseignements. De cette sainte colline, Il voulut s'élever vers son Père.
Le Sauveur se révéla enfin à Tapôtre saint Paul sur le chemin de Damas. C'est la onzième apparition. Il y en eut sans doute d'autres encore et on peut considérer comme très sûr que Notre- Seigneur visita plusieurs fois sa divine Mère. Mais le Nouveau Testament ne fait pas rpention de ces faits.
Tel est, mes frères, le résumé succinct de ces apparitions. Le temps me manquerait pour m'étendre davantage sur un sujet pourtant si capable de réconforter votre foi. Il n'y a point de fait historique qui soit appuyé sur d'aussi graves, et d'aussi nombreux témoignages.
ne pas comprendre. Quarante jours s'écoulèrent dans cette vie délicieuse, à la fois joyeuse et triste. On voyait souvent Jésus, jamais assez. On le sentait toujours. Il était là, invisible et visible, présent et caché, toujours attendu, toujours fugitif, d'autant plus aimé. (Mgr Bou- GAUD, Le Christianisme et les temps présents. Jésus- Christ, t. n, p. 575.)
lDc de saint Paul sur la Résurrection est avant tout l'affirmation d'un fait : le Seigneur est ressuscité. La résurrection du Sauveur est comme le couronnement, l'achèvement de son Incarnation et de sa Rédemption. Mais de ce fait même l'apôtre tire un lumineux enseignement moral. La Résurrection du Christ devient, dans la doctrine de l'apôtre, une haute leçon de vie nouvelle.
On célébrait la fête de Pâques, chez les juifs, à l'anniversaire du Passage, que firent les juifs sauvés par la main de Jéhovah, soustraits à la persécution des Egyptiens lorsqu'ils franchirent la mer Rouge. Sur l'ordre du Seigneur, les flots tumultueux s'étaient écartés, frayant une route à la longue file des Hébreux. C'était le souvenir de cette <( pâque ou passage » des juifs à travers la mer Rouge que les juifs solennisaient. Mais voici que maintenant, sur l'indication du Saint-Esprit, le jour et l'objet même de la Pâque sont changés : l'Agneau immolé, c'est le Sauveur. Pascha nostrum Unmolatus est Christus. Le jour de la Pâques, c'est le jour même de sa Résurrection, Prima Sabbatii, le lendemain de l'ancien Sab-
bat. La fêle des chrétiens, ce n'est plus spécialement le passage des Hébreux de la terre d'Egypte à la terre promise, c'est le passage du Christ de la mort à la vie glorieuse. C^est le grand dimanche de Pâques. Tous les dimanches de l'année seront cinquante et un moindres Pâques, pour rappeler sans cesse un si auguste mystère (i).
Mais de ce grand passage, l'apôtre aime à tirer, pour les chrétiens, les règles d'une vie nouvelle. De même que les juifs ont passé d'Egypte sur le chemin de la terre promise et ont été sauvés par la main de Dieu, de même le monde a passé de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière par la résurrection du Sauveur. Le baptême qui nous applique les fruits de la Rédemption est notre
(i) O jour de triomphe pour notre Sauveur ! ô jour de joie pour tous les fidèles ! je vous adore de tout mon cœur, ô Jésus victorieux de la mort! Vraiment c'est aujourd'hui votre Pâque, c'est-à-dire votre passage, où vous passez de la mort à la vie. Faites-nous la grâce, 6 Seigneur Jésus, que nous fassions notre pâque avec vous en passant à une vie sainte et renouvelée. Le monde passe, mais je ne veux point passer avec le monde; je veux passer à votre Père. C'est le voyage que j'ai à faire : je le veux faire avec vous. Dans l'ancienne pâque, les Juifs, qui devaient sortir de l'Egypte pour passer à la terre promise, devaient paraître en habits de voyageur, le bâton à la main, et se hâter de manger la pâque, afin qu'ils se tinssent prêts à partir à tout moment. C'est l'état où se doit mettre le chrétien pour faire sa pâque avec Jésus-Christ. 0 mon Sauveur ! recevez votre voyageur, me voilà prêt; je veux passer avec vous de ce monde à votre Père, que vous avez voulu qu'il fût aussi le mien.
D'où me vient ce regret do passer? Quoi! je suis en-
vraie Résurrection, notre vrai passage. Il fait passer le pécheur de l'état misérable où il végétait à un état de miséricorde et d'amour oii le Seigneur le fait son fils, membre de ses membres, chair de sa chair, os de ses os. Le chrétien devient enfant de Dieu. C'est là ce « passage » de l'état de perdition et de damnation à l'état de grâce. Cette forte leçon pascale se retrouve d'un bout à l'autre des Epîtres. C'est un des enseignements sur lequel l'apôtre aime le plus à s'arrêter.
Méditons, mes bien chers frères, à la suite de saint Paul, ces grands enseignements évangéliques : <( Le Christ est vraiment ressuscité. » Si le Christ est ressuscité vraiment, c'est pour que
core attaché à cette vie ! Quelle erreur me retient dans ce lieu d 'exil ? Vous allez passer, ô mon Sauveur ! et résolu que j'étais de passer avec vous, quand on me dit que c'est tout de bon qu'il faut passer, je me trouble, je ne puis supporter ni entendre cette parole. Lâche voyageur ! que crains-tu.^ Qu'y a-t-il de si aimable dans le monde, que tu ne veuilles le quitter avec le Sauveur Jésus ? Le quitterait-il s'il était bon d'y demeurer.^ Mais écoute : Jésus passe de ce monde pour aller à son Père. Chrétien, qui que tu sois, tu passes à un Père, le lieu d'où tu sors est un exil; tu retournes à la maison paternelle.
Passons donc de ce monde avec joie; mais n'attendons pas le dernier moment pour commencer notre passage. Qu'il soit perpétuel; ne nous arrêtons jamais, mais campons partout, à l'exemple des Israélites. Que tout soit un désert, ainsi qu'à eux. Soyons comme eux toujours sous des tentes, notre maison est ailleurs. (Bossuet, Sermo?} sur le jour de Pâques.)
nous soyons de vrais ressuscites nous-mêmes; ayant reçu une nouvelle vie, il nous faudra vivre d'une autre façon (i). Que cette résurrection qui s'opère par la réception du sacrement de Pénitence, par l'accomplissement du devoir pascal, soit une résurrection réelle. Sachons profiter de cette abondance de vie qui nous est procurée par l'Eglise, dispensatrice des trésors du divin Maître. Puisque nous avons approché de notre bouche r Agneau pascal, puisque nous nous sommes nourris de Lui, devenons semblables à Lui. (( Le Christ, dit saint Cyrille d'Alexandrie, véritable agneau pascal a été immolé pour nous afin de briser l'empire de la mort et de s'acquérir la terre entière au prix de son sang. Nous avons été achetés, nous ne nous appartenons plus car un seul est mort pour tous, qui les surpassait tous en valeur afin que désormais nous ne vivions plus que pour Lui. Nous appartenons donc tous au Christ qui nous a réconciliés avec son Père en souffrant pour nous dans sa chair afin de nous purifier. )> Incorporés au Sauveur par le baptême, purifiés par sa grâce et nourris de sa chair, ne mangeons plus le vieux levain de corruption et de malice, mais mangeons le pain azyme de sincérité et de vérité (2).
(i) En même temps que l'agneau pascal les Juifs devaient selon le précepte de Moïse, manger du pain azyme, c'est-à-dire du pain sans levain.
(2) Nous avions besoin de l'incarnation et de la mort
Combien de fois, du haut de cette chaire, je vous ai demandé d'être droits et francs avec vousmêmes et avec Dieu, de chercher la vérité, toute la vérité, dans la sincérité du cœur et non pas un choix de vérités à votre caprice (i)!
Le Sauveur n'est pas seulement ressuscité, mais on l'a vu, Il est apparu. Ainsi en sera-t-il du vrai chrétien ressuscité à une vie nouvelle. Mon ami, n'adoptez pas la moitié seulement du programme évangélique, ne vous contentez pas d'un sermon entendu de temps à autre, d'une messe d'onze heures où vous apparaîtrez moitié en curieux, moitié en fidèle, plutôt amené parles instances de votre épouse ou attiré par le seul désir de l'accompagner. Ayez désormais une fois plus vive, le Maître vous appelle, venez à Lui, assistez à son divin sacrifice, recevez ses enseignements, efforcez-vous ensuite de les mettre en pratique; qu'on voie que vous êtes ressuscité, qu'on reconnaisse en vous ce «■ passasre », qu'on distingue en votre âme l'action du Saint-Esprit! Le Christ une fois ressuscité, ne meurt plus, la mort n'a plus d'emprise sur Lui. Qu'ainsi, ceux qui sont ressuscites à la vie chrétienne, à la vie des sacrements ne meu-
d'un Dieu pour vivre : nous sommes m.orts avec lui pour être purifiés; nous sommes ressuscites ensemble, puisque nous sommes morts ensemble; nous avons été glorifiés ensemble puisque nous sommes ressuscites ensemble. (S. Grf(î. de Naz., Discours pascal.)
Ci) Il faut, dit Platon, aller vers la vérité avec l'âme tout entière.
rent plus, qu'ils ne retombent plus dans leurs anciens péchés, qu'ils n'approchent plus de leur bouche le vieux ferment d'iniquité et de malice, mais qu'ils restent fidèles au Seigneur et qu'ils demeurent aussi ferv-ents dans l'avenir qu'ils ont été jadis des chrétiens relâchés et coupables. «Vivons selon Jésus-Christ qui est mort pour nous, écrivait saint Ignace d'Antioche, afin que, par la foi de sa mort, nous soyons délivrés de la mort (i). »
0 vous, les convertis de cette semaine, vous les convertis du malheur, les convertis de la mort, les convertis de la guerre, n'est-il pas vrai, au spectacle de tant de maux, à la clarté fulgurante des éclairs, au fracas de la mitraille, à la lueur sinistre des incendies, les vérités oubliées vous sont apparues, étreignant vos cœurs, elles les ont rapprochés de Dieu; mais si l'orage se dissipe, si demain le soleil revient à l'horizon, si le ciel redevient plus pur, si les temps sont plus doux et m.eilleurs, ah! dans la prospérité, n'oubliez pas la leçon de la détresse, la leçon de ces deuils, la leçon de ces souffrances, et, ressuscites vraiment au Christ, restez jusqu'au bout de votre vie fidèles aux engagements que vous contractez au pied
(i) P a pris notre vile et miivre nature pour lui communifiuer ses richesses : sa mort est notre impassibilité: ses larmes, notre joie; sa sénulture, notre résurrection; son baptême, notre sanrtîTi'^Rtian; son abaissement, en un mot. est notre élévation: «on ignominie, notre gloire. <.S. Athanase. De l'Incarnation, c. v.)
(le cet autel. Le Christ ressuscité ne meurt plus, la mort n'a plus d'empire sur Lui. Qu'il en soit ainsi I Qu'il en soit ainsi pour votre âme! Que le démon qui tue les âmes ne puisse plus atteindre la vôtre, protégée par le bouclier de votre foi, défendue par la sincérité et la vérité de vos convictions (i).
Enfin, mes bien chers frères, en cette solennité de Pâques, l'Eglise veut encore que nous considérions, dans la résurrection du Sauveur, l'heureux et certain présage, le gage assuré de la nôtre. Nous ressusciterons tous. Nous mourrons d'abord, nos corps retourneront dans cette terre d'où ils ont été tirés. Vous savez comme le Seigneur prit de la boue, en façonna le corps
(i) Certes, quand je vois des chrétiens qui viennent dans le temps de Pâques puiser cette vie dans les sources des sacrements et retournent après à leurs premières ordures. Je ne saurais assez déplorer leur calamité. Ils mangent la vie et retournent à la mort. Ils se lavent dans les eaux de la pénitence et puis après au bourbier. Ils reçoivent l'esprit de Dieu et vivent comme des brutes. Fous ! insensés ! et ne comprenez-vous pas la perte que vous allez faire ? Que de belles espérances vous allez tout à Cv^up ruiner ! Conservez chèrement cette vie; peut-être que si vous la perdez cette fois, elle ne vous sera jamais rendue. (Bossuet, i^'" Sermon pour le jour de Pâques.)
d'Adam puis comme II en détacha une côte pour en pétrir sa compagne; et depuis sans cesse il crée et met au jour des générations de petits êtres destinés à vivre, à aimer, à connaître, à sentir, à souffrir, à attendre, à espérer, à mériter, et surtout à devenir enfants de Dieu et, s'il plaît au Seigneur, à mourir dans sa grâce, à. être sauvés. Que de millions de fois, sur la terre, l'œuvre de la création ininterrompue multiplie la viel Or, tous ceux qui viennent au jour, mourront.
Mais le Seigneur a décidé que nous tous, ({uand nous nous serons endormis du sommeil de la mort, nous nous éveillerons de nouveau à la \ie ou plutôt nous serons réveillés. La tombe ne nous gardera qu'un temps, les parties de notre être dissociées, dispersées, se rassembleront. Ne vous butez pas à quelque objection, prétextant que vous ne seriez plus les mêmes. Vous avez bien changé depuis votre enfance; pourtant si votre taille, votre poids, les lignes de votre visage ont subi des modifications profondes, si toutes les molécules de vos corps ont changé, vous sentez bien pourtant que vous êtes les mêmes. Tant de souvenirs vous reviennent de votre enfance, tant (le péchés que vous avez commis, hélas! vous les sentez bien vôtres! et aussi les bonnes actions que vous avez faites. En vertu d'un principe se ret, mystérieux, d'identité, de personnalité, chacun de nous se reconnaîtra parfaitement; ce sera moi, ce sera vous; je ressusciterai dans cette
même chair, dans l'incorruptibilité, à l'abri des besoins grossiers de la vie. Notre-Seigneur ayant ouvré cette structure merveilleuse qu'est le corps humain, avec sa beauté, le ressuscitera dans la gloire et dans la vie. Il n'a pris notre nature humaine que pour la purifier, la sauver, l'exalter à jamais (i)! S'il a souffert, dit un père
(i) O chair, que tu es heureuse de passer entre les mains d'un si bon maître! C'est ce qui jette en toi les principes de l'immortalité que tu espères. Et la raison en est évidente, en insistant toujours aux mêmes principes. Dieu, avons-nous dit, remplissant nos âmes a pris possession de nos corps. Par conséquent, ô mort, tu ne les lui saurais enlever; tu penses qu'ils sont ta proie, mais ce n'est qu'un dépôt que l'on te confie et que Ion consigne en tes mains; Dieu saura bien rentrer dans son domaine. Le Fils de Dieu a prononcé « qu'on ne p>€ut rien ôter des mains de son père : iVemo potest rapere de manu Patris mei->-> (Jean,x, 29), parce que ces mains étant si puissantes, nulle force ne les peut vaincre ni leur faire lâcher leur prise. Ainsi Dieu ayant déjà mis la main sur nos corps, son Saint-Esprit que l'Ecriture appelle son doigt, en étant entré en possession, par conséquent, ô chair des fidèles, en quelque endroit de l'Univers que la corruption t'ait jetée ou quelque partie de tes cendres, tu demeures toujours sous ma main. Et toi, terre, mère tout ensemble et sépulcre commun de tous les mortels, en quelque sombre retraite que tu aies englouti et caché nos corps, tu les rendras un jour, tout entiers, et plutôt le ciel et la terre seront renversés qu'un seul de nos cheveux périssent. Pour quelle raison, chrétiens, si ce n'est pour celle que j'ai déjà dite, que Dieu se rendant maître de nos corps les doit posséder dans l'éternité, sans qu'aucune force puisse l'empêcher d'achever en eux son ouvrage. (Bossuet. Second sermon pour la jour de Pâques.)
apostolique, c'est... pour détruire la mort et réaliser la résurrection des morts pour tenir la promesse faite à nos pères et se préparer lui-même le peuple nouveau. (Ep. Barnabe, v, 12.)
Quel beau et grand dogme! Israël, tes morts vivront, ceux que tu as perdus, oui, les tiens; ton soldat, mère; votre père, enfants; et donc ceux qui viennent de tomber au service d'une noble cause, qui ont déposé leur vie, librement, sur l'autel de la Patrie. A l'heure où je parle, à cent kilomètres de Paris, une flottante et vivante muraille de héros barre la route aux envahisseurs : le canon gronde, les hommes tombent dans les tranchées, en nous défendant contre deux millions cinq cent mille barbares. Nous cependant, dans la paix de nos églises, nous chantons l' alléluia de l'espérance, un alléluia crêpé de deuil, nuancé par une mélancolie profonde. Devant nos autels toujours debout, nos chants antiques, nos psaumes et nos hymnes retentissent et montent vers la cité de justice et d'amour, où nous retrouverons tes martyrs, ô France! tes fils, ô patrie!
Ah! que cela est consolant de penser que la France a vu naître d'aussi nobles enfants et de penser qu'ils sont immortels, que leurs corps,* qu'ils ont donnés volontiers pour le sacrifice suprême, au service de la divine cause du droit, ne resteront pas dans la tombe. La vieille terre a ouvert tendrement son sein maternel pour les rece-
voir et bercer leur dernier sommeil des mille bruissements de la nature; ils dorment dans les sillons de nos campagnes, mais avec empressement la terre qui les a reçus les rendra et les verra surgir à l'appel du Seigneur. Oui, Dieu les rappellera à la vie, comme dans ce chapitre d'Ezéchiel où le Voyant contemple des champs d'ossements. A la A^oix de Jéhovah, les ossements s'agitent, s'entre-choquent, se recherchent, s'unissent; la chair, une chair rose et vivante, les recouvre, les visages se dessinent, s'animent, les bouches chantent la puisance et la miséricorde du Seigneur (i). A son tour, Isaïe s'écrie: (( Ceux de votre peuple qu'on avait fait mourir revivront; ceux qui étaient tués ressusciteront. Ré- Teillez-vous de votre sommeil et chantez les
(i) Et toute la multitude de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se réveilleront, les uns pour la vie, les autres p>our l'opprobre éternel. (Daniel, xii, 2.)
Sur ce que les morts ressuscitent, n'avez-vous pas lu dans le livre de Moïse, à l'endroit du Buisson, comment Dieu lui a dit : « Je suis le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac, le Dieu de Jacob ? » (Marc, xii, 27.)
Si ces patriarches n'avaient plus été que le triste reste enfermé dans leur tombeau, Jéhovah n'eût pas daigné prendre ce titre et s'appeler le Dieu d'une froide poussière. Quelque chose d'eux survivait donc à la mort, et demeurait devant l'Eternel; « car Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais celui des vivants ». Et étendant à l'humanité entière ce qu'il disait des premiers pères d'Israël : « Tous, ajouta le Maître, sont vivants pour Dieu. Vous vous trompez donc beaucoup », conclut-il s 'adressant aux Saducéens. (Marc, xii, 27; Matth., xxii, 33.)
louanges de Dieu, vous qui habitez dans la poussière parce que la rosée qui tombe sur vous est une rosée de lumière. » (xxvi, 19.)
Ainsi se relèveront un jour tous les héros des nobles causes, des causes nécessaires du droit, de la vérité, de la justice, et tous comparaîtront devant Dieu. Il faut, dit saint Paul, que tous les hommes paraissent devant le Seigneur, et que chacun rende compte de ce qu'il a fait dans son corps et dans son âme.
Voilà, mes frères, dans une esquisse rapide, la doctrine de la résurrection. Saint Paul y insiste longuement. La fête de Pâques est donc aussi la fête, le présage de ce « passage » universel où tous les morts entendront la voix du Fils de l'Homme. Ils se lèveront à son appel, car II est les (( prémices » de ceux qui se sont endormis, le premier d'entre tous les ressuscites. Il a vaincu la mort. Puisque par un homme est venue la mort, c'est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. Et comme tous meurent en Adam, de même aussi tous seront vivifiés dans le Christ, mais chacun en son rang : comme prémices le Christ, ensuite ceux qui appartiennent au Christ lors de son avènement. Puis ce sera la fin quand il remettra le royaume à Dieu son Père, après avoir anéanti toute principauté, toute puissance et toute force.
Car il faut qu'il règne jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier en-
nemi qui sera détruit, c'est la mort. (/ Cor., xv, 20-26.) Nous ressusciterons tous, mais nous ne serons pas tous changés et glorifiés. Les bons ressusciteront dans la jeunesse, dans la force, dans la beauté, dans la gloire divine : (( Semé dans la corruption, le corps ressuscite incorruptible; semé dans l'ignominie, il ressuscite glorieux; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; semé corps animal, il ressuscite corps spirituel » Les méchants ressusciteront dans la laideur, dans la honte où ils se sont plu, pour le désespoir et la damnation éternelle.
Voilà un grand dogme. Ce n'est pas là une fable, un rêve, une poétique fiction (( non doctas fabulas secuti )>. Cette doctrine, que nous enseignons du haut de cette chaire, n'est pas notre doctrine, c'est la doctrine que nous avons reçue de ceux qui ont vu, entendu le Maître. <( Ainsi donc, disait saint Paul, parlant des autres apôtres, soit moi, soit eux, voilà ce que nous prêchons, et voilà ce que vous avez cru. » (/ Cor., n.) Elle est restée, cette doctrine, à travers les siècles, toujours la même, toujours aussi lumineuse, toujours aussi consolante. On peut discuter nos opinions personnelles et nous contredire, nous, les prêtres, car nous ne sommes que de faibles hommes, mais quant à la doctrine que nous enseignons, elle était avant nous, elle sera après nous. On chantera la Pâque dans l'avenir, comme on l'a chantée il v a mille ans. Oui, dans
les siècles futurs, vos fils, vos petits-fils chanteront encore la Pâque, le passage de la mort à la vie, les impérissables souvenirs et les immortelles espérances; c'est le texte même du Credo : Je crois que le Christ est ressuscité, je crois à la résurrection des morts, à la vie du siècle futur!
Tels sont les enseignements de cette journée. Au souvenir d'un grand fait certain, s'ajoute une leçon grave qui s'applique à notre résurrection spirituelle et en même temps un présage, une sûre prédiction d'une force inouïe, pleine de consolation et qui se présente à nous avec la teneur d'un dogme. Ces choses que nous espérons nous sont rendues déjà tangibles par la foi, oui, certes, la foi nous fait toucher du doigt la réalité de cet enseignement formel de l'Eglise, que les morts ressusciteront tous et que les justes seront glorifiés à jamais.
(( Lorsque ce corps corruptible aura revêtu l'incorruptibilité et que ce corps mortel aura revêtu l'immortalité, alors s'accomplira la parole qui est écrite : « La mort a été engloutie par la victoire. (( 0 mort, où est ta victoire, ô mort, où est ton <( aiguillon .î^... Grâces soient rendues à Dieu qui (( nous a donné la victoire par Notre-Seigenur Jé- « sus-Christ. » (/ Cor., xv, 54-56.)
Le soir de Pâques, Notre-Seigneur apparut sur le chemin d'Emmaùs à deux disciples découragés à qui l'on pourrait sans doute comparer certaines âmes qui sont dans cette assistance. Ces
disciples, après une journée fatigante, n'ayant pas entendu parler de la Résurrection du divin Maître, s'imaginaient que tout était fini. Certes, ils avaient vécu des heures inoubliables, mais ce n'était qu'un beau rêve, et ils s'en allaient maintenant avec un découragement dans l'âme et presque sur les lèvres. Cependant c'étaient des droits de cœur, des purs, des simples; ils étaient seulement frôlés par le doute, courbés par l'infirmité de la pauvre nature humaine. Notre-Seigneur en eut pitié, et pour nous, pour notre soutien, pour notre consolation. Il voulut apparaître à ces deux disciples.
Pendant qu'ils cheminaient tristement sur la route, le soleil se couchait là-bas, du côté de la mer, à l'Occident, dans le rouge du soir, il allait bientôt disparaître; tout à coup, parmi la poussière d'or qui s'élevait du chemin, ils virent un homme s 'approcher. Ils ne savaient pas que c'était Lui. Il était couvert d'un manteau, le bord peutêtre un peu rabattu sur le front. Ils firent route ensemble et les considérant il leur dit: «Pourquoi étes-vous tristes.^ » Ils répondirent : '( Mais vous êles donc étranger, vous ne savez pas ce qui s'est passé dans Jérusalem; comment ils ont pris Jésus, comment ils l'ont fait mourir .1^ Nous espélîons qu'il ressusciterait, mais hélas! sans doute tout est fini ! » Lui les regarda et dit : « 0 âmes de peu de foi! vous n'avez donc point lu l'Ecriture ?» Et, reprenant les textes de l'Ancien Testament,
Il leur rappela tout ce qui avait été annoncé du Messie : qu'il fallait que le Christ souffrît pour entrer dans sa gloire, puis ravivant en leur esprit le souvenir des paroles qu'il avait dites autrefois en leur présence, peu à peu II éclairait leurs intelligences, dissipait leurs doutes, remontait leur courage. Quand ils arrivèrent à la bourgade et qu'il voulut passer son chemin, ils lui dirent : « Seigneur, restez avec nous ce soir, car il se fait tard. )) Il eut la bonté d'entrer. Ils se mirent à table. Il prit du pain, Il le rompit. Il le bénit, rendit grâces à son Père, et le leur donna à prendre, comme II l'avait fait à la sainte Cène, et à à ce moment II disparut. Ils le reconnurent à la fraction du pain. Alors ils se levèrent, se regardant l'un l'autre, sans voix. Tous les plus grands artistes ont vainement épuisé leur génie en s'efforçant de reconstituer cette scène. Les deux disciples se dirent : (( N'est-ce pas que notre cœur était ardent dans notre poitrine tandis qu'il nous parlait sur le chemin .î> »
Gomme notre cœur sera ardent et consolé quand II nous apparaîtra un jour. Ne demeurez pas seuls, frères bien-aimés, le soir tombe, le soir de ces Pâques mémorables de 191 5, en face de tant de morts, parmi tant de sacrifices, au milieu des grandes espérances de la patrie. Nous avons chanté, graves et recueillis, Talleluia que l'Eglise a toujours fait entendre dans les jours de deuil, dans les catacombes et dans les persécu-
tions, comme aux jours de gloire. Cet alléluia retentira ici-bas, jusqu'à la fin du monde, pour être ensuite répercuté, prolongé à jamais par les échos de l'éternité.
A l'approche de cette nuit qui tombe, au soir de ce grand jour, demandons au divin Maître de rester avec nous. Restez avec nous, Seigneur, avec ces bons prêtres, avec le plus indigne de vos serviteurs, restez avec ces chrétiens, vos fidèles disciples, ces vieillards, ces tout jeunes gens, avec ces mères, ces épouses alarmées ou en deuil, avec ces jeunes filles, avec ces innocents enfants; restez même avec ces curieux, ces passagers, ces chemineaux d'église, ces gens venus seulement ce soir, qui ne vous connaissent guère, qui comprennent à peine ce langage. Ah! parlez-leur, dites-leur, de votre voix qui pénètre le fond des âmes, des choses qui les atteignent, mettez-leur une flèche au flanc!
Demeurez avec nous, Seigneur, dans les ombres du soir, parmi tant d'incrédulité, de doutes, de négations, de rébellions contre votre Evangile. Demeurez avec nous car il se fait tard. N'abandonnez aucun de ceux qui sont ici. Entrez plu-, tôt dans leur maison, venez vous asseoir à leur table, gardez leurs foyers, gardez leurs fils. Que votre nom gravé dans leurs cœurs les aide à vivre votre Evangile. Ah! puissions-nous tous, avec votre grâce mériter de ressusciter un jour, avec nos héros, nos glorieux morts, dans la gloire,
dans la vie, où nous vous verrons, avec les yeux de notre corps, comme avec les yeux de notre âme, dans la lumière où vous régnez à jamais, ô Christ, et où nous vous redirons honneur et gloire dans les siècles des siècles.
Ainsi soit-il.
CUAl'ITRE XI