‹ Les sources d'eau viveChapitre 17 sur 21 · LE SACRIFICE DE L AUTEL · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE DE L AUTEL

C'est sur l'autel, entre les mains du prêtre, que le Sauveur se rend présent dans l'adorable mystère.

Après le sacrement, méditons le sacrifice. C'est ici le grand mémorial de la Passion, du sacrifice de la croix. La messe en effet continue et représente le sacrifice du calvaire.

Le péché appelle une expiation, on l'a compris chez tous les peuples, et toutes les religions ont connu des sacrifices, offrandes d'ordinaire sanglantes, destinées à racheter les fautes commises. Il en était particulièrement ainsi, par la disposition de Jéhovah, dans la loi mosaïque. Alais tous ces sacrifices exprimaient la bonne volonté de rhomme plutôt qu'ils n'avaient une efficacité réelle. Ils ont fait place au seul vrai sacrifice, à la seule immolation du calvaire. Le sanc" très pur de cette unique victime a payé

toutes nos dettes. Or le Sauveur, établissant l'Eucharistie, la veille de sa mort, comme un legs sacré, a voulu que l'oblation de ce divin mystère fût à jamais le monument du grand dram.e du calvaire. <( Faites ceci, dit-il aux apôtres, en mémoire de moi »; et il venait de consacrer ce corps <f qui sera livré pour vous », ce sang qui sera versé pour tous les hommes.

Toutes les fois, dit l'apôtre, que vous mangerez de ce pain ou que vous boirez de ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne!

L'immolation du calvaire n a-t-elle pas été la solennelle inauguration des liturgies chrétiennes? N'était-ce pas la plus majestueuse des grand 'messes? Sur l' autel de la croix îa Adctime était suspendue. Les éclairs, cierges du lamentable deuil, perçaient l'ombre de leur soudaine clarté; la pale était figurée par la couronne d'épines, et sous le très pur froment du corps, sous la grappe vermeille du vin mystique, les cheveux dénoués de la pécheresse convertie, résumant en elle l'humanité rachetée, formaient le corporal. De l'instant de ce sacrifice les tonnerres, les frémissements du sol avertissaient le monde.

Or cette immolation est représentée d'une façon saisissante, avec un puissant relief, dans un drame d'une simplicité et d'une grandeur antique, selon des rites profonds, d'une poésie

aussi vraie qu'intense, par le sacrifice de la messe.

Et la messe n'est pas seulement la passion commémorée, représentée et jouée avec un art infini, dans un symbolisme inspiré; la messe est bien plus que le symbole, et le mémorial du sacrifice de la croix; c'en est la reproduction, la continuation, l'application. Jésus est vraiment là sur l'autel, comme il était au calvaire. C'est la même victime, c'est la même immolation, c'est le même pontife éternel caché dans la personne du prêtre.

Seulement sur l'autel il n'y a plus effusion de sang. Le Christ une fois ressuscité ne meurt plus; la mort n'a plus d'emprise sur lui, mais il présente la trace de ses plaies, il offre ses blessures et ne pouvant plus s'anéantir lui-même dans la souffrance et la mort, il emprunte l'anéantissement des saintes espèces, dont la séparation figure la séparation momentanée du corps et du sang du Sauveur, une fois son sacrifice consommé.

Si l'on considère la sainte messe en elle-même par rapport à la dignité du Christ, prêtre éternel, qui offre le sacrifice, et à la majesté de la victime offerte, nul doute que la messe n'ait une valeur infinie.

Toutefois, les fruits et bienfaits qui résultent d'une messe, encore qu'ils soient par eux-mêmes infinis comme le sacrifice, ne sont communiqués

aux hommes que dans la mesure des dispositions du prêtre qui célèbre et de ceux qui profitent du sacrifice. Cependant, cette limitation ne va jamais jusqu'à supprimer toute action du sacrifice, même si les dispositions manquent totalement chez le célébrant. Une messe de Judas aurait pu porter quelques fruits. Cela parce que la messe agit d'elle-même, qu'elle opère du bien par sa propre efficacité, en vertu d'une puissance que Dieu a mise en elle.

Les fruits que produit le divin sacrifice sont dedifférentes sortes.

Il en est un très général que produit nécessairement chaque messe, et qui va au trésor commun de l'Eglise, il est pour tous les fidèles vivants et défunts, et pour le monde entier.

Un autre fruit, moins général, de la sainte messe profite au servant, aux piersonnes qui assistent et dont le prêtre fait mémoire : et omnium circunistantium.

Un fruit spécial de la messe répond à l'intention pour laquelle on célèbre.

Enfin il est un fruit dit très spécial, c'est celui que le prêtre est appelé à recueillir personnellement du sacrifice qu'il offre au Seigneur.

Quoi qu'il en soit de ces divers fruits de l'adorable sacrifice, il opère toujours un effet d'adoration infaillible. Nul acte religieux, nul sacrifice n'a eu dans aucun siècle une telle puissance d'hommage, une telle efficacité d'adoration.

L'effet eucharistique est non moins infaillible, parce qu'il procède de Jésus-Christ qui offre.

La messe est le remercîment de la terre, de l'humanité, de l'Eglise passant par le cœur de son Pontife. C'est le grand merci, la sublime action de grâces, l'hymne infinie, l'acte substantiel de la reconnaissance.

Le sacrifice de l'autel est doué d'une miséricordieuse puissance d'expiation. Il est bien vrai que la messe n'est pas instituée pour remettre directement les péchés : ce pouvoir réside en d'autres sacrements, mais elle obtient du Seigneur, pour les pauvres pécheurs qui l'entendent avec grande foi, la grâce du repentir, et prépare leur conversion.

En même temps, le divin sacrifice remet directement, et par son propre effet, par son action, la peine due au péché en ce monde ou dans l'autre. Chez les défunts elle remet cette peine dans une mesure déterminée et souvent limitée par la sagesse divine, et choz les vivants suivant l'étendue de leurs dispositions et les secrets de Dieu.

Comme les biens spirituels sont les vrais biens, les seuls durables, on les peut obtenir par l'oblation du divin sacrifice. Si la messe ne procure pas nécessairement une aus^mentation de la grâce sanctifiante, elle produit d'ordinaire ce résultat dans l'âme qui n'y fait point obstacle. Et en même temps, d'une manière infaillible, elle sol

licite et obtient de Dieu, même pour les pécheurs, certaines grâces actuelles.

On peut, en offrant ou en faisant offrir le divin sacrifice, demander et obtenir par ce moyen certains biens temporels. Dieu le permet; l'effet est souvent direct. Toutefois la Providence, en cet ordre de choses, se réserve le droit de mystérieux refus.

Ce sont les ardentes supplications du Christ, c'est la voix de son sang, ce sont les plaies de ce diA'in agneau présentées à son Père qui donnent à la messe cet immense pouvoir sur le cœur de Dieu.

Mais là encore comme au calvaire, la divine bonté permet que le prêtre, que les ministres, que les fidèles, mêlent leurs supplications, unissent leurs demandes, et cela d'une manière efficace, à celles du Rédempteur.

Toutes ces merveilles doctrinales, que la foi nous révèle ou que la science ou la piété des âges chrétiens a permis de déduire et de fixer, comment ne pas aimer à les étudier, à les méditer surtout, à s'en pénétrer l'âme?

Comment ne pas témoigner l'estime qu'on professe pour un tel sacrifice en y assistant, non seulement le dimanche où une o^rave obligation sur ce point incombe aux fidèles, mais encore en semaine. Combien de grâces précieuses on recueillerait en entendant fréquemment la sainte messe !

Est-ce donc si difficile? Après avoir demandé cette grâce, il n'y a qu'à consulter son cœur. Jésus-Christ est là sur l'autel, il m'y rappelle sa passion. Lui qui m'a tant aimé, Lui qui pour moi a tant souffert! Je veux me tenir là à ses pieds repentant, contrit, confus, aimant, en union avec la Mère des douleurs, comme je me serais tenu au pied de la croix, sur le calvaire (i).

(i) Seigneur, je comprends pourquoi Tautel est appelé la montagne sainte dans le langage de rEcriture... C'est qu'en effet l'autel est pour vous la véritable montagne du Calvaire, où vous êtes sans cesse attaché à des milliers de croix... Croix de l'oubli, croix du délaissement, croix de l'ingratitude, croix du blasphème, et, par-dessus tout, croix de la communion sacrilège et de la profanation de votre sang précieux.

Au pied de l'autel comme au pied de la croix, il y a encore, d'un côté le bon larron, qui prie et demande à Dieu de le recevoir dans son royaume, et de l'autre côté, le mauvais larron qui blasphème.

Autour de l'autel, comme autour de la croix, il y a de faux docteurs, de faux savants, qui unissent leurs blasphèmes à ceux du scélérat crucifié et osent défier l'Hostie sainte de se venger de leurs insultes et de leur impiété. 0 Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font.

Ne crois pas, chrétien, que les siècles aient éloigné de nous ce drame du Calvaire. Tout ce qui se passe au Calvaire se répète sur l'autel. L'autel est chaque jour la montagne de la douleur, du sacrifice, de la rédemption.

(P. MO-NSABRÉ.)

CnAPITRE XIV

LA SAINTE COMMiINION

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