LA SAINTE COMMUNION
Mais il ne suffit pas de se tenir au pied de l'autel abîmé dans l'adoration et le repentir.
Il faut se lever, Dieu le veut, s'approcher en tremblant de la table sainte, prendre part au banquet divin, se nourrir de cette chair, s'abreuver de ce sang rendus présents sur 1" autel. Jésus l'exige, réservant la vraie vie, la Aie de l'âme, la vie éternelle à ceux qui le reçoivent.
(( Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. » — Sous les espèces du pain, aliment le plus commun, le moins coûteux, Jésus se donne en nourriture à nos âmes et il tient tellement à cette alimentation, il la considère com.me si nécessaire qu'il menace de la mort spirituelle ceux qui s'en abstiennent. « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. »
Le IV^ concile de Latran, tenu en i2i5, ne fit que fixer le minimum de ce qu'exige ici le divin Maître, en obligeant chaque fidèle à communier une fois chaque année au temps de Pâques, et cela sous peine de péché grave.
Mais qu'était-il besoin d'une loi en ce sujet? Le cœur n'aurait-il pas dû parler assez haut? Faut-il que la pauvre humanité soit ingrate et méchante pour méconnaître un pareil bienfait du Sauveur! Son amour ne rencontre donc, hélas! chez un trop grand nombre, qu'une criminelle indifférence.
Avec quelle ardeur, au contraire, la méditation de ce mystère devrait nous porter vers le divin Hôte de nos autels!
S'il veut venir en nos cœurs c'est pour se donner à nous, s'unir à nos âmes. Par cette alliance étroite, cet intime cœur à cœur, il entend demeurer en nous et nous communiquer une intense augmentation de la grâce sanctifiante, cette vie divine dont la charité est la marque. Et quels trésors de grâces actuelles Dieu réserve à celui qui prie avec l'hostie dans son cœur (i)î
(i) Il n'y a rien dô si grand que rEVicliaristie. Mettez toutes les bonnes œuvres du monde contre une communion bien faite : ce sera comme un grain de poussière devant une montagne. Faites une prière quand vous aurez le bon Dieu dans votre cœur; le bon Dieu ne pourra rien vous refuser si vous lui offrez son Fils et les mérites de sa sainte mort et Passion.
Si on comprenait le prix de cette sainte communion.
La sainte communion attiédit en nous le feu de la concupiscence, abat les mauvais instincts de la nature, calme les fièvres de notre cœur. En quelque sorte, si nous n'y faisons pas obstacle, l'hostie très blanche, toute pure, sanctifie notre misérable corps et pour un instant immunise notre chair contre les désirs déréglés.
« Croyez-moi, dit saint Cyrille de Jérusalem, c'est la communion qui préserve de la mort et qui écarte les maladies, toutes les maladies de l'âme. Elle fait demeurer en nous le Christ, qui apaise les révoltes de nos sens, qui fortifie notre piété, qui bannit le trouble de nos passions. Jésus-Christ guérit nos infirmités, nous relève de nos chutes; c'est le bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis et les préserve de tout accident. )>
Elle imprime, cette divine hostie, en nos corps consacrés par le baptême, un cachet spécial d'immortalité; elle nous donne le gage; elle nous assure les arrhes de la glorieuse résurrection finale (i).
on éviterait les moindres fautes pour avoir le bonheur de la faire plus souvent. Qu'un ange gardien qui conduit une belle âme à la sainte table est heureux ! Dans la primitive Eglise, on communiait tous les jours... 0 homme, que tu es grand ! nourri et abreuvé du corps et du sang dun Dieu! Oh! quelle douce vie que cette vie d'union avec le bon Dieu ! c'est le ciel sur la terre ! Oh! qu'une âme qui aura reçu souvent et dignement la sainte communion sera belle dans l'éternité!
(Curé d'Ars.) (i) Mon âme, ne crains pas : quand tu quitteras
Ceux à qui le Seigneur fait la grâce de comprendre ces choses ne peuvent plus s'en tenir à cette rare communion de Pâques. — Recevoir plus souvent le Seigneur, ils le sentent, est pour beaucoup d'entre eux une nécessité. Tels et tels, sans une communion plus fréquente, ne sauraient Aaincre leurs passions furieuses et déchaînées.
Il est fort utile, presque nécessaire, pour un très grand nombre de s'approcher de la sainte Table aux grandes fêtes. Plusieurs, surtout dans la jeunesse, tirent grand profit de la communion mensuelle et on ne saurait trop la conseiller. Ainsi, d'une façon très efficace, le péché est combattu dans l'âme et les mauvaises habitudes peuvent être facilement enravées.
cette prison du corps, si tu te présentes au tribunal de Dieu avec l'empreinte où il reconnaît ses meilleurs amis, avec l'empreinte eucharistique, c'est l'amour, c'est la miséricorde qui te jugeront, et tu auras aussitôt l'entrée libre dans la gloire.
Mon corps, toi aussi, tu peux te réjouir : un jour tu te déchireras, comme un vêtement usé; tu tomberas en ruines, comme tombent les vieux bâtiments; tu deviendras un peu de poussière que le vent emportera, on ne sait où; mais si l'Eucharistie t'a touché, si tu as été comme. le ciboire vivant de l'Hostie sainte, un jour, à la fm des temps, Dieu te reconnaîtra, à la marque eucharistique : sous son souffle puissant, les atomes qui te composaient se réuniront de nouveau, pour devenir un vêtement de gloire, le vêtement immortel de l'âme immortelle : « Celui qui mange ce pain, vivra éternellement. » (Mgr Pagis, Lettre pastorale.)
Mais, surtout, quel parfait préservatif, quel remède efficace constitue la communion hebdomadaire! Tous y peuvent atteindre, et c'est le point de départ d'une vie nouvelle. Et pourquoi les fidèles, encouragés, exhortés par la voix paternelle et pressante de Pie X, de sainte mémoire, ne s'efforceraient-ils pas de communier tous les jours? Pour cette communion quotidienne, deux conditions seulement sont exigées : être en état de grâce et avoir une intention droite.
Quels biens procure cette communion fréquente !
« Comme la douceur est facile, dit le P. Eymard, sous l'action de la bonté si tendre de Jésus, se donnant à nous dans la douceur de son
cœur
a Que le cher prochain devient aimable, nourri du même pain de vie, aimé avec tant d'effusion par Jésus-Christ!
« La croix perd son amertume, si l'on sent dans son cœur Jésus crucifié.
(( Il y a des vertus qui ne sont pas aimables : ce sont celles qui se forment par les combats et les sacrifices continuels. »
« Car Notre-Seigneur n'a pas mis le bonheur, la joie, l'épanouissement dans la vertu ni dans la considération de ses autres mystères : tous crucifient... Le bonheur suave, qui nous dilate, et où nous trouvons une agilité merveilleuse, une douceur aimable, Jésus- Christ s'est réservé de le
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donner lui-même dans la sainte communion. » De la communion sacrilège, de cet affreux malheur, qui est la honte de la terre et qui fait horreur au ciel, il ne faut pas parler sans doute à des âmes qui s'approchent fréquemment du banquet divin. Ce malheur cependant pourrait leur arriver si elles venaient à tomber dans la négligence. C'est à tous que l'Apôtre adresse son grave avertissement : <( Que l'homme s'éprouve, et qu'alors seulement il mange de ce pain et boive de ce calice, autrement il mange et boit son jugement et sa condamnation pour n'avoir pas su faire le discernement du corps du Seigneur. » Cet acte affreux, cette misérable hypocrisie, cette hideuse comédie de la communion maudite est-elle possible? Hélas! oui. Et de pauvres âmes tombées dans cette honte continuent quelquefois la série honteuse, traînant cette chaîne pendant des années, sans avoir le courage de secouer ce péché de Judas. Quel malheur, même en ce monde! mais surtout quel malheur épouvantable sur l'autre rive, si l'on meurt en cet état:
Cependant la plupart des chrétiens sont beaucoup plus exposés à la communion tiède qu'à la communion sacrilège. Et c'est encore ici un vrai malheur.
" Parce que vous êtes tiède, dit Notre-Seigneur, et que vous n'êtes ni froid ni chaud, voici que je vais commencer à vous rejeter de ma bou-
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che. )) La tiédeur se lasse du don divin; il lui paraît sans goût; elle n'en profite guère et se traîne toujours dans les mêmes sentiers d'imperfection et de péchés véniels.
Revenez à votre charité première, est-il dit à l'Ange d'une Eglise. Il nous faut méditer en priant sur la grandeur, les charmes et les fruits précieux de l'adorable sacrement, puis retrouver, par de pieux efforts, la générosité et la douceur de ces communions ferventes où il se noue entre le Sauveur et l'âme rachetée une amitié intime et pure; où il appelle, attire et garde l'âme contre son cœur pour la consoler et la fortifier, mais à la condition qu'elle sera forte, aimante et qu'elle portera la croix de la mortification avec son divin Maître.
Cette communion, l'âme fidèle la désire toujours, elle la prépare sans cesse, elle ne s'en rassasie jamais, elle s'en souvient, elle en tire des fruits de salut; elle en sort plus patiente, plus mortifiée, plus charitable, plus ardente au bien.
Relisons, en terminant, le touchant récit que nous a laissé l'historien Eusèbe sur la dernière communion de saint Jérôme.
Le saint vieillard étant arrivé aux dernières heures de sa vie, plusieurs ecclésiastiques, ses disciples, l'entouraient et lui prodiguaient à l'envi le témoignage de leur confiance et de leur piété filiale. Saint Jérôme leur répondait par des témoignages non moins expressifs de tendresse paternelle. Approchez-vous de
moi, leur dit-il comme autrefois Isaac à Jacob, approchez, mes enfants, pour qiie je vous touche une dernière fois avant de mourir. Ceux-ci s'approchèrent et, les embrassant chacun en particulier du mieux qu'il put et de tous ses bras, il leur donna à tous l'affectueux baiser de la paix. Puis, d'une voix médiocre et d'un visage rayonnant d'une placidité sereine, ses mains élevées au ciel, ses yeux tournés vers le Seigneur et inondés de larmes, il dit : Pieux Jésus, soyez ma vertu, le rafraîchissement de mon âme et mon libérateur...
(( Il ajouta, s'adressant aux assistants qui l'entouraient : Je vous en supplie, apportez-moi le corps du Seigneur. Un prêtre, quelques instants après, lui présenta le corps très sacré de Jésus-Christ. Dès que l'homme de Dieu vit le Saint-Sacrement apparaître, le saint vieillard, à qui nous vînmes en aide, se prosterna la face contre terre; il s'écria d'une voix pleine de sanglots et aussi forte qu'il put la donner : « Sei- (( gneur, qui suis-je pour que vous daigniez entrer (( sous mon toit? Un pécheur a-t-il pu mériter cette (( grâce .î^ Sans nul doute, Seigneur, je n'en suis point (( digne!... A Moïse vous n'avez pas permis de vous (( regarder même d'un simple et rapide coup d'œil; (( pourquoi maintenant vous abaisser jusqu'au point i. de descendre chez un publicain et un pécheur, et « non seulement de lui permettre de manger avec (( vous, mais de lui enjoindre de se nourrir de vous- « même.
(( 0 sublime banquet où, sous l'apparence du pain (( et du vin, nous recevons tout entier le Christ, (( l 'Homme-Dieu.
(( 0 nourriture sacrée qui déifie vraiment celui (f qu'elle nourrit, selon cette sainte parole : « Je vous (( l'ai dit, vous êtes des Dieux et, tous, les fils du (( Très-Haut... )) 0 viatique béni de notre pèlerinage
(( en compagnie duquel il nous est donné de passer de « ce siècle mortel aux joies de la céleste Jérusalem... (( Vous êtes très certainement la vie qui fait vi\Te (( toute créature et sans laquelle toute créature meurt; (( vous êtes la vitalité vivifiante, douce, aimable et surce abondamment délicieuse. La suavité de vos senteurs « réconforte l'infirme, et la saveur de votre subs- <( tance lui rend la santé et la vigueur...
« Envisagez, Seigneur, ma faiblesse; ne me laissez « point prisonnier entre les mains de mes ennemis. (( Aujourd'hui, je l'espère, je franchirai avec vous le « seuil de votre tabernacle admirable. Je deviendrai a l'immortel habitant de votre immortelle demeure. )>
{( Ces paroles acheA^ées, l'homme de Dieu reçut le corps sacré du Seigneur et se prosterna de nouveau; puis, posant ses bras en forme de croix sur sa poitrine, il chanta le cantique du prophète Siméon. Un instant après, il prononça ces mots : « Voici que je « vous arrive, ô Jésus; mon âme est la conquête de « votre sang : recevez-la, s'il vous plaît. » Ces paroles furent les dernières de sa vie, et il expira doucement. »