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LE CŒUR IMMACULÉ DE MARIE REFUGE DES PÉCHEURS

Et misericordia ejns a progenie in progenies, timentibud eum.

Sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.

(Luc, I, 50.)

Mes frères, au début de cette longue station que les circonstances et la difficulté de trouver quelque autre prédicateur me mettent dans la douce obligation de prêcher, je m'empresse de placer cet effort apostolique, cette sainte entreprise, sous l'égide de notre divine Mère du ciel et de consacrer, une fois de plus, toutes les âmes de mes paroissiens, de mes auditeurs, à Notre-Dam.e des Victoires, comme le fît autrefois, aA-ec tant de succès, le pasteur du sanctuaire parisien de la place des Pelits-Pères, M. Tabbé Desgeneltes.

Mes frères, cette divine miséricorde que la très sainte Vierge proclame perpétuelle, Dieu a voulu qu'elle en fût elle-même le canal intarissable; elle en est le trône glorieux, le trésor sans fin. C'est Marie toute miséricordieuse, c'est la Mère au cœur tendre, pitoyable à toutes les détresses, que l'Église de Paris honore en ce jour, dans son béni sanctuaire, et que nous célébrons dans toutes les paroisses du diocèse.

Redisons ce qu'est Marie pour les pauvres pécheurs.

Et ce qu'ils doivent être pour Elle.

Jadis, ce coin de Paris si fréquent^ et si vivant était attristé par l'indifférence religieuse. Personne ou presque personne ne mettait le pied dans cette église construite par le roi Louis XIII, en reconnaissance de ses victoires, personne ne se prosternait devant la blanche statue de marbre, et le pauvre curé, M. Desgenettes, dont l'âme était pénétrée d'amour divin, gémissait et se lamentait, sans toutefois laisser de multiplier les prières; la réponse du ciel, pour s'être longtemps fait attendre, ne manqua pas de lui parvenir.

Un jour qu'il invoquait Marie, une voix intérieure lui répondit : (( Consacre ta paroisse à mon Cœur Immaculé. »

Mgr de Ouélen, archevêque de Paris, accéda au désir du zélé pasteur et la paroisse de Notre-Dame

des Victoires fut consacrée « au Cœur Immaculé de Marie, refuge des pécheurs )>.

En même temps on fondait rArchiconfrérie destinée à faire connaître et répandre cette dévotion. Vous savez ce qui se produisit : le registre couvert de noms; une correspondance mondiale; l'église envahie à toute heure par les pieux pèlerins; le peuple de Paris chantant et acclamant Notre-Dame des Victoires. Personne, disait-on, ne demande une grâce par son intercession, sans se voir exaucé!

Pour moi, mes frères, s'il m'est permis de joindre mon modeste témoignage à ces milliers de voix, je dirai hautement qu'ayant sollicité de Notre-Dame des Victoires plusieurs grâces très importantes, je les ai obtenues alors que rien ne pouvait me faire présager de si grandes faveurs. Toutefois, pour obtenir ce que vous désirez, il ne faut pas se présenter dans ce sanctuaire avec un cœur distrait et tiède. Marie n'arrête pas son regard sur les indifférents; il faut, pour ainsi parler, attirer son attention par le recueillement et une humble ferveur. Mais quand la prière s'envole du cœur sur les ailes de la foi et de l'amour, Marie la voit, Marie entend sa plainte, Marie l'exauce, parce qu'elle est la Mère toute compatissante.

Elle invite, elle attend les pauvres pécheurs, non seulement à l'heure de la mort, mais dès maintenant.

Or, à des degrés différents, nous sommes tous pécheurs. « J'en suis un le premier », disait saint Paul. Les meilleurs, les plus justes, ceux qui pourraient avoir le plus de motifs d'espérer, ne doivent pas (( se confier en leur propre justice », mais plutôt répéter humblement avec saint Philippe de Néri : « Méfiez-vous de moi, Seigneur, car je pourrais vous trahir. »

Tous sont faibles, tous ont offensé Dieu, tous doivent redouter sa justice. Accourons donc tous aux pieds de Marie, puisque cette divine Mère couvre de sa compassion tous les pécheurs, puisqu'elle les appelle, puisqu'elle veut les sauver. Notre-Seigneur disait : « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs », c'est-àdire, je ne suis pas venu spécialement pour les justes, je suis A^enu surtout pour sauver les pécheurs. Combien de fois Marie avait entendu Jésus développer cette même pensée dans leurs entretiens intimes! Ohl ces conversations de Nazareth! Vous les imaginez-vous .î^ Qu'elles devaient être idéales! (( Je voudrais, disait une âme pieuse, avoir été une abeille posée là, sur une fleur, dans quelque vase, sur la fenêtre de l'humble maison. »

Ces mêmes pécheurs, dont le salut fut le fréquent sujet des entretiens de Nazareth, quelques années plus tard Marie entendit son divin Fils les exhorter, elle le vit les accueillir, leur prêcher la bonté et la miséricorde infinie du Père des

cieux. Elle connut la parabole de Tenfant prodigue et celle de la drachme retrouvée, elle entendit Jésus se parer du titre de bon Pasteur désirant ramener au bercail la brebis perdue.

Quand il pardonne à la Samaritaine, quand il absout la femme adultère, Marie le sait. Elle accueille Madeleine, de qui le Maître avait chassé sept démons et qui, sur les pieds adorés du Rédempteur, vient de briser le vase d'albâtre et de verser le nard précieux de son repentir. Au reste, l'Evangile tout entier est rempli, parfumé de cette pitié du Sauveur pour les âmes repentantes. De toutes les pages déborde un amour compatissant.

Mais, n'est-il pas vrai, mes frères, tout ce que Jésus a voulu, Marie le veut.^ tous ceux que le Sauveur a aimés, Marie les aime; cette cause de leur rédemption, elle s'en éprend, comme Jésus s'en est épris lui-même. Elle aime donc les pécheurs parce que Jésus les a aimés, et comme il les a aimés; son cœur s'ouvre tout grand pour les recevoir et les adopter quand, du haut de la croix, descend la grande parole, qui les lui donne à jamais pour fils dans la personne de saint Jean.

Il est dans la destinée de certains cœurs de femmes d'être Cssociés à l'existence d'un grand homme, héros, saint ou martyr. Debout, près de lui, quelquefois dans une ombre discrète, elles l'assistent, le soutiennent, applaudissent à ses efforts; elles s'enthousiasment de son idéal et vi-

brent à l'unisson de son âme. Auprès d'un saint Jérôme, vous voyez s "esquisser une sainte Paule; près de saint Augustin, est assise une sainte Monique; à côté de saint Remy et de Clovis, surgissent une Geneviève, une Clotilde. Les exemples abondent.

Plus grand, plus noble, plus généreux est ce cœur de femme, plus intime est la collaboration, plus efficace est le concours.

Et enfin, que l'idéal soit vraiment sublime, que la cause soit la plus noble de toutes, et voici que le dévouement grandit, l'effort s'élève et s'anime!

Or, mes frères, aucune fille d'Eve n'a été, à l'exemple de celle-ci, purifiée de la tache originelle, préservée de la contagion du venin du péché, séparée de la masse contaminée et coupable.

Aucune donc n'a nourri dans son cœur des sentiments plus élevés, aucune n'a possédé une âme à la fois plus délicate et plus ardente, aucune n'a été plus capable de goûter, de saisir, d'embrasser un grand idéal.

Mais quel idéal plus sublime que celui que le divin Maître proposait à sa plus chère auditrice; de quelle œuvre plus grandiose auraitil pu, à ses yeux, dérouler l'étonnant projet? L'âme de Marie, comme une lyre harmonieuse, entrait en résonance quand vibrait l'âme de Jésus. Avec des larmes, et dans un continuel ravissement, elle l'entendait parler de la Rédemption

du monde, du salut des pécheurs. C'est de la bouche même de son divin Fils que Marie apprit à les aimer.

Or cette compassion pour les pauvres coupables est d'autant plus vive en l'âme de la très sainte Vierge que cette âme est plus pure: comme une fontaine épand une eau transparente et cristalline qui réjouit le regard, apaise la soif, et porte partout la fraîcheur et la fécondité, ainsi les cœurs limpides deviennent facilement maternels, pleins de tendresse et pitoyables à la souffrance; aux âmes très pures, il est accordé de voir Dieu et, par un autre privilège, elles prennent l'empreinte et la ressemblance des sentiments miséricordieux du Seigneur (i). A. travers cette blancheur nous vient le pardon. Ainsi comme un lis qui se penche, l'Immaculée s'est inclinée vers notre détresse. Redisons donc avec saint Cyrille et toute la primitive Eglise: ((Gloire à vous, sainte Mère de Dieu, chef-d'œuvre de l'univers; par vous le ciel est dans la joie, les anges tressaillent

(i) Il est vrai (i'observer aussi que la grande pareté de Marie l'élève plus près de Dieu par l'amour.

Les saints Pères ont assuré qu'un cœur virginal est la matière la plus propre à être embrasée de l'amour de notre Sauveur; cela est certain, Chrétiens, et ils l'ont tiré de saint Paul. Quel devait donc être l'amour de la sainte Vierge.!^ Elle savait bien que c'était particulièrement à cause de sa pureté que Dieu l'avait destinée à son Fils unique; cela même, n'en doutez pas, cela même lui faisait aimer sa virginité beaucoup davantage; et d'autre part l'amour qu'elle avait pour sa sainte virgi-

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d'allégresse, les démons sont mis en fuite, l'homme passe de l'esclavage dans les cieux; par vous la créature idolâtre a connu la vérité incarnée, les fidèles ont reçu le baptême, des églises se sont élevées sur toute la surface de la terre; par votre secours les gentils sont amenés au repentir; enfin par vous le Fils unique de Dieu, source de toute lumière, a brillé aux yeux des aveugles assis à l'ombre de la mort. » (S. Cyrille, Homélie contre Nestorius.)

Laissez-moi, mes frères, proposer à votre piété une dernière considération.

A supposer l'impossible, comment Marie pourrait-elle se désintéresser des pécheurs.»^ Ne sont-ils pas devenus son sang, en quelque sorte, sa chair, ses propres enfants? Oui, elle nous a enfantés, nous autres pécheurs, sur le Calvaire, en une scène que le génie d'aucun artiste ne saurait reproduire, qu'aucune plume ne saurait retracer. Mais dans quelles douleurs elle nous a engendrés! Cette Mère admirable a souffert plus que ne souffrira jamais une femme sur la terre

nité lui faisait trouver mille douceurs dans les embrassements de son Fils qui la lui avait si soigneusement conservée. Elle considérait Jésus-Christ comme une fleur que son intégrité avait poussée, et dans ce sentiment, elle lui donnait des baisers plus que d'une mère, parce que c'étaient des baisers d'une mère vierge. Voulez-vous quelque chose de plus pour comprendre l'excès de son saint amour ? (Bosstjet, i^^ sermon pour la Nativité.)

jusqu'à la fm des siècles! Elle nous a mis au monde, elle nous a donné le jour, nous avons été faits ses enfants, nous autres pécheurs, en quelle effroyable éclipse! dans la tourmente, dans la mort! C'est à cette Mère au cœur déchiré, à cette Reine des martyrs que l'Eglise nous fait dire : Sainte Marie, priez pour nous, pauvres pécheurs! Quand bien même de tels liens ne nous uniraient pas à la très sainte Vierge, lui serait-il possible de détourner l'oreille de ce concert de gémissements et de plaintes, de lamentations et d'appels qui montent sans cesse vers le ciel, d'une extrémité du monde à l'autre, dans tout le décours des siècles, parce qu'elle est la mère auguste de notre Dieu, l'aA^ocate toute-puissante de nos âmes? Or donc, nous les fils d'Eve, exilés en cette vallée de larmes, nous levons les yeux et nous crions vers vous, ô Mère de miséricorde! ô divine Infirmière! Dame de la Croix-Rouo^e des

âmes

L'Eglise, dans l'office du Samedi Saint n'ose-telle pas chanter, en parlant de la faute originelle: (( 0 bienheureuse faute, qui nous a valu un tel, un si grand Rédempteur!)) Eh bien! Mère, laissezmoi vous le demander, si vous avez été dotée de tant de grâces, si vous avez joui d'un tel Fils, si vous avez été associée à sa mission rédemptrice, prenant votre part de son supplice, mais aussi de sa résurrection, si à votre mort les anges sont venus vous chercher, si la mort n'a fait qu'ef-

fleurer de l'aile votre corps virginal, est-ce que je n'en suis pas, moi pécheur, un peu la cause?

S'il n'y avait pas eu de péché, le Verbe serait peut-être venu tout de même en ce monde, mais de son propre aveu, il est Acnu surtout appeler les pécheurs; c'est donc à cause de notre salut que vous êtes devenue sa mère!

Vous avez reçu dans votre sein ce roi du ciel, vous l'avez serré contre votre cœur, très chaste et très pur oreiller de gloire et d'amour. Vous l'avez élevé dans votre maison, sous votre tutelle, entre Joseph le charpentier et vous sa mère. Vous avez su garder le grand mystère!

Quand il prophétisait dans la Galilée, que son ombre guérissait les malades ou qu'il ressuscitait les morts, votre cœur vibrait et vous vous sentiez sa Mère! C'était à cause de nous. Mère, tout cela! Repassez en votre âme tous ces souvenirs que vous aimiez tant à méditer. N'y a-t-il pas un lien entre notre péché et votre amour? N'est-ce pas notre détresse qui a causé votre bonheur?

A cause de tout cela. Mère, ayez pitié des pauvres pécheurs que nous sommes!

Je vous en conjure, frères bien-aimés, ne demeurez pas indifférents, mais plutôt, réveillez en vous la tendresse filiale qui vous lie depuis l'enfance à Marie! C'est une grande piété, une absolue confiance qui doit animer vos sentiments pour elle. Combien de fois cette mère bénie n'est-

elle point accourue à votre secours? Comment Marie s'y est-elle prise pour nous empêcher de tomber? que de fois, après nos chutes, elle nous a consolés, relevés, guéris?

Marie attire les pécheurs par le charme captivant de son accueil. X'est-il pas juste d'appliquer à notre Mère du ciel le mot qu'on a dit si justement de la Religion : C'est une mère; on la quitte au premier succès, elle vous attend à la première larme. » Debout, au chevet de toutes les souflrances morales, Marie est là, toujours.

Souvenons-nous!

A toutes les époques de notre vie, quand nous nous sommes tournés vers Marie, nous avons retrouvé sur ses lèvres virginales ce sourire si tendre que devant sa statue nous aimons à contempler.

Pendant ces jours terribles que nous vivons, plus d'une fois déjà, nous sommes revenus aux pieds de la Vierge des Victoires; il semble qu'elle pleure avec la France et sur la France; mais à travers ses larmes, elle sourit encore!

Pour les pécheurs surtout, elle est pleine de grâces, oui, pleine de bonté pour celui qui se jette repentant à ses pieds! Elle a le secret d'obtenir de son fils la grâce et le pardon. Combien de malheureux pourraient lui rendre témoignage!

Elle nous a tendu des pièges : elle avait mis dans tel livre des mots de lumière pour nous; elle avait caché dans les paroles de tel prêtre

quelque chose qui vînt à point, juste au moment où nous allions périr; elle nous a arrachés à la séduction du mal. Sa douleur miséricordieuse est venue à bout de notre dureté. Ce Cœur immaculé attire les pécheurs et les sauve (i).

J'en viens à l'attitude que tous, pauvres pécheurs, nous devons garder envers Marie; cette attitude, c'est d'abord une filiale confiance, car, elle est la Vierge du Bon Secours, du Perpétuel Secours.

Aujourd'hui, si vous entendez comme un appel de votre Mère, n'endurcissez pas votre cœur.

Ne dites pas comme telle mauvaise chrétienne : « J'ai beau prier la sainte Vierge, elle ne m'exauce jamais! » Un tel murmure ne donne-t-il pas envie de pleurer! Pauvre âme! qu'y a-t-il donc de dur et d'ingrat en toi pour que la divine Mère te laisse ainsi, en apparence, et semble s'éloigner de toi.î^ Peut-être quelque orgueil secret!

Ah! je vous en supplie, ne restez pas en de tels sentim.ents !

(i) La pieté envers Marie est un des signes les plus certains de la prédestination, car Dieu ne fait une telle grâce qu'à ceux-là seuls qu'il veut sauver. (S. Jean Da-

MASGÈNI3.)

N'imitez pas cet esprit malade du dernier siècle qui écrivait : « Il faut que le cœur se brise »; mais il aimait à briser le vase impur et fragile de son cœur aux pieds de honteuses courtisanes ! Ah ! sans doute de tels sentiments entretenus dans un cœur superbe peuvent le rendre insensible aux appels de la très sainte Vierge. Etre humble! Lacordaire disait : l'humilité, c'est la vérité.

C'est aux pieds du Sauveur Jésus, de sa divine Mère qu'il faut apprendre à briser l'albâtre d'un cœur confus et repentant.

La première de toutes les conditions du retour vers une foi vive et lumineuse, c'est la loyauté; c'est de jeter bas, en face de Marie, le masque dont nous aimons souvent à couvrir notre âme.

Ne risquons pas de comparaître, un jour, devant le trône de la Justice sans nous être cités nous-mêmes auparavant devant le tribunal de notre propre conscience pour nous connaître et nous condamner au besoin. Oui, certes, notre conscience éclairée par Dieu, voilà le premier tribunal qui doit nous juger.

Si quelqu'un dans cet auditoire refuse de revenir vers le Seigneur, je lui demande de se poser cette angoissante question: A cette minute, qu'estce que Dieu pense de moi.^ Oh! cette question! n'en avez-vous jamais éprouvé la pointe aiguë, acérée comme celle d'un poignard? Un honnête homme qui s'interroge ainsi sent un premier remords; or, ce remords, c'est déjà une grâce,

c'est une miséricorde : c'est peut-être la voix maternelle de Marie qui vient chercher cette pauvre âme au milieu de la tourmente où la conscience se débat. Marie se souvient de la prière d'une mère, d'une sœur; elle n'a point oublié une pieuse première communion, une consécration faite jadis de tout cœur. Et Marie veut cette âme!

Et parce qu'elle la veut, elle saura la conduire jusqu'à la lumière libératrice, la lumière sanctifiante, par des sentiers qu'elle connaît.

« Dieu, dit Bossuet, ayant une fois voulu nous donner Jésus-Christ par la sainte Vierge, cet ordre ne se change plus, et les dons de Dieu sont sans repentance. Il est et il sera toujours véritable qu'ayant reçu par elle une fois le principe universel de la grâce, nous en recevions encore par son entremise les diverses applications dans tous les états différents qui composent la vie chrétienne. Sa charité maternelle ayant tant contribué à notre salut dans le mystère de l'Incarnation, qui est le principe universel de la grâce, elle y contribuera éternellement dans toutes les autres opérations qui n'en sont que des dépendances. » (BossuET, 3^ Sermon pour la fête de la Conception de la sainte Vierge.)

Que les pécheurs agissent finalement envers Marie, qu'ils soient tendres pour elle, et, sous ce regard maternel, droits de cœur, francs et loyaux, sans masque, sans dissimulation. Que personne

ne s'imagine qu'ayant sincèrement imploré sa bonté, on puisse échapper à son amour compatissant . Cela ne se serait jamais vu!

S'il n'en était pas ainsi, hélas! ô la meilleure des mères, je serais donc le premier que vous auriez abandonné! On en trouverait donc un, un seul qui se serait perdu, bien qu'il vous t-endît les mains! Une âme aurait essuyé votre refus! Est-ce que c'est possible? On ne l'a jamais entendu dire, on ne l'entendra jamais. Croyez-en le sincère et puissant témoignage de saint Bernard, cet apôtre de la dévotion à Marie.

« G toi, dit-il, qui te sens ballotté par les tempêtes, au milieu des écueils de ce monde, si tu veux éviter le naufrage, ne détourne pas les yeux de l'étoile de la mer. Si les vents de la tentation soufflent, si les tribulations se dressent comme des rochers devant toi, un regard vers l'étoile, un soupir vers Marie! Si les flots de l'orgueil, de l'ambition, de la médisance, de la jalousie cherchent à inonder ton âme, un regard vers l'étoile, une prière à Marie!

« Si la colère, l'avarice, l'amour du plaisir ébranlent ta frêle nacelle, cherche des yeux Marie!

<( Si l'horreur de tes péchés, le trouble de ta conscience, l'appréhension des jugements de Dieu commencent à l'entraîner dans le gouffre de la tristesse, dans l'abîme du désespoir, attache ton cœur à Marie.

(( Si tu doutes, pense à Marie, appelle Marie! Que Marie soit sur tes lèvres et dans ton cœur, et, pour obtenir le suffrage de sa prière, ne perds pas de vue l'exemple de ses vertus. A sa suite tu ne peux t égarer; tant que tu la pries, tu ne peux être sans espoir; tant que tu penseras à elle, tu seras dans la voie; tu ne peux faire de chute tant qu'elle te soutient; tu n'as rien à craindre tant qu'elle te protège; pourvu qu'elle favorise ta course, tu parviendras sans lassitude au port. » (S. Bernard, Homél. II, super Missus est.)

Gai que vous soyez, misérables pécheurs, plongés dans la détresse, tournez donc votre regard avec confiance vers la Mère miséricordieuse et ne remettez pas à demain l'appel aimant, filial, que vous vous sentez inspirés d'élever ce soir!

Oh! non, mais plutôt rendez- vous à Marie!

Ce n'est pas à ma pauvre, à mon insuffisante parole que vous cédez. Pour un grand nombre, vous êtes, sous le regard que je promène sur cette assistance, la plupart des « inconnus d'âme », mais Dieu vous connaît, c'est lui qui vous regarde, c'est lui qui vous appelle. Il vous convie au pied de cette chaire, pour entendre pendant cette station jusqu'à Pâques, les enseignements de son Evangile et l'appel de sa divine Mère dont mon humble voix s'efforcera de rester l'écho fidèle.

Si quelqu'un de vous n'est pas l'ami de la très sainte Vierge, ah! puisse ce langage toucher son

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cœur! qu'il se dise : « Ce n'est pas la voix de ce prêtre qui parle à mon âme en ce moment, c'est la voix de ma Mère du ciel. )) Et alors, tournezvous vers Marie, tendez-lui des mains volontairement captives, donnez votre cœur, faites-lui hommage de tout vous-mêmes sur son autel.

Et vous aussi, vous les justes qui cheminez vers le ciel en travaillant et en souffrant avec patience, allez vers cette Mère accueillante et bonne; jetez-vous dans son sein pour y trouver le refuge assuré contre vos tentations et le danger constant des rechutes.

En un sursum corda unanime, courons, volons près du trône de la meilleure et de la plus tendre des Mères!

Pendant que nous sommes ici assemblés pour célébrer Marie, la guerre, ce cyclone mondial, continue de multiplier les victimes. La voix du Souverain Pontife qui prêche la paix ne parvient pas à dominer le bruit du carnage. Nos cœurs de Français sont étreints par une angoisse patriotique; mais ils sont pleins d'espoir dans notre cause qui est celle de la justice et du droit. Dieu nous éprouve et nous punit mais il veut nous sauver.

Déposons tous ces tourments de nos âm^es et toutes ces espérances aux pieds de la Vierge des Victoires. Consacrons à son cœur si bon, si miséricordieux, notre Patrie, notre vaillante armée. Et puissent la sincérité de notre conversion et de

notre pénitence, notre fidélité à l'Evangile et la ferveur de nos prières toucher le Cœur de cette divine Mère et obtenir par son intercession une paix victorieuse pour notre France, et pour nous tous, les grâces de salut les plus abondantes, les plus efficaces!

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