CHAPITRE IV
L ESPERAiNCE
Erat autem Wi Maria Magdalene.
et altéra Maria, sedentes contra sepulcrum.
Marie-Madeleine et une autre Marie, se tenaient assises auprès du sépulcre. (Mat., xxvn, 61.)
Mes frères, cette attitude des saintes femmes assises contre le sépulcre est digne de retenir notre attention. Elles sont là, Marie-Madeleine et Marie mère des enfants de Zébédée, amenées par leur pieux souvenir, par leur attachement saintement obstiné; dans leur cœur, sous l'épaisseur des nuages noirs accumulés depuis le jour lamentable, elles sentent poindre comme une joie mystérieuse, une espérance secrète; elles se rappellent des paroles qu'il a dites, des mots de lumière qu'il a prononcés, des indications prophétiques qui, plusieurs fois, se sont mêlées à ses enseignements, elles n'oublient point qu'il a promis de ne pas rester captif de la mort, qu'il a prédit sa
résurrection, et elles sont là toutes deux, assises contre le sépulcre; elles attendent.
C'est sur ces mots : « Assises contre le sépulcre )) que je voudrais faire reposer toute cette instruction. Il se trouve, même à côté des sépulcres, une grande leçon d'espérance dont je veux vous entretenir ce soir.
La croix que nous avons saluée et adorée ensemble récemment, la croix est appelée notre unique espérance : <( 0 crux ave, spes iinica. )) Mais l'Eglise, presque toujours, chante après ce premier verset, cet autre : « Hoc passionis tempore. Surtout dans ce temps de la passion. » A l'heure de l'épreuve, plus que jamais, la croix est notre unique espérance, pendant que l'univers est bouleversé et qu'il roule vers des destinées mystérieuses, pendant que le sol tremble, que çà et là, les guerres se déchaînent et torturent les habitants, que partout sur notre vieille Europe les douleurs pullulent et le sang coule, la croix ne cesse, pourtant, d'éclairer de ses pâles et mélancoliques rayons ces scènes de carnage, et, au pied de la croix, tous les fidèles continuent à se grouper, à lever les bras vers le ciel, à ranimer leur courage au foyer de la sainte Espérance. 0 crux, ave, spes iinica.
C'est qu'en effet, mes bien chers frères, l'espérance est un besoin du cœur, c'est le soutien de la vie, et pour les chrétiens surtout, c'est la clarté de l'avenir.
L'espérance est un besoin du cœur. A peine sommes-nous nés, que nous souffrons, à peine avons-nous un peu grandi et commencé à penser, que nous espérons. Notre espérance s'éveille en nous avant le bien lui-même et avant le bonheur. Il y a plus d'espérance que de bonheur dans cette vie, on passe son temps à attendre et à se souvenir et l'on jouit peu entre l'attente et le souvenir.
Cependant : (( La chose du monde la plus véritable, la mieux entendue, la plus constante, c'est non seulement qu'on veut être heureux, mais encore qu'on ne veut que cela, et qu'on veut tout pour cela. C'est ce que crie la vérité, c'est à quoi nous force la nature (i). »
Tous éprouvent l'invincible besoin d'espérer. Citez-moi un cœur qui n'ait pas aspiré longtemps au bonheur? Vous n'en connaissez pas et je n'en connais pas. Vous me direz qu'il est des âmes désespérées, et c'est vrai, mais ce mot « désespérées )), indique qu'elles ont perdu l'espoir, elles l'ont donc eu. Nous sommes nés pour la félicité, nous sommes façonnés pour le bonheur,
(t) s. Alg., De Triniiatc, 1. XTII, c. vm.
ruine de notre cœur s'ouvre toute grande pour en recevoir la rafraîchissante ondée, elle ne vient pas toujours ici-bas, mais nous sommes faits pour la recevoir (i). Se peut-il que l'auteur de notre être n'ait pas, en mettant en nous ce besoin inné, indiqué son secret dessein de nous donner un jour satisfaction? Oui, répondent à l'envi la Bible, la sainte Eglise, la foi chrétienne, oui. Dieu t'appelle, créature d'un jour, qui passe au milieu de tant de souffrances. Dieu t'appelle à la félicité. Elle est ta fin suprême.
Beaucoup se trompent, il est vrai, et placent leur espérance où il ne faut pas; ils cherchent le bonheur dans ce qui ne peut le leur procurer.
Lorsqu'une âme met ainsi sa joie dans les biens de la terre, elle se persuade qu'elle sera heureuse quand elle possédera les richesses,
(i) Où l'espérancG croît, tout s'anime; où elle persiste, tout se maintient; où elle languit, tout s'efface; où elle meurt, tout se glace et s'arrête. Elle est l'aiguillon de toutes nos entreprises, le soutien de tous nos travaux, le secret de notre patience, et l'arôme sans lequel nos joies mêmes tournent en chagrin. Si elle ne souriait pas à nos naissances, on maudirait la venue du nouveau-né; et, si son dou'x rayon ne dorait point la pierre de nos sépulcres, liormJs ceux qui auraient vécu sans avoir inspiré d'affection (c'est presque dire hormis les monstres), nul ne mourrait tout seul. Nous voulons toujours l'espérance; il nous la faut partout. Nous aimons jusqu'à son fantôme, et plutôt que de n'en avoir plus, nous acceptons même celle que l'illusion nous propose. (Mgr Gay, Vie et vertus chrétiennes.)
quand elle jouira de tous les amours, de toutes les voluptés, quand elle aura gravi un à un les degrés de la cime d'où elle pourra, superbe, dominer les autres, planer au-dessus d'eux, les écraser peut-être; elle s'imagine que cette satisfaction de son orgueil, de son avidité, de sa sensibilité la grisera de jouissance, tout en lui procurant la paix.
En vain lui citez-vous l'exemple de tant d'hommes qui ont marché dans ces voies, qui ont suivi ces routes et ne sont parvenus qu'à sentir leur cœur déchiré. Ils ont cherché des biens périssables et ces biens leur ont glissé des mains; Ils ont mis toute leur raison de vivre dans ces joies d'ici-bas dont saint Augustin disait que rien qu'à les aimer on se salit.
Cette jeune fille si virginale, au cœur transparent comme son regard, à l'âme candide, quand ses yeux se sont une fois tournés vers le monde, elle se trouble secrètement et son âme perd de sa limpidité, de son éclat, elle ternit sa pureté. Ce jeune homme qui marchait si droitement vers un idéal supérieur, à peine a-t-il mis le pied sur cette pente funeste et glissante des premiers vices, à peine a-t-il commencé à suivre l'enchantement de la sirène qu'est le monde, que capté par les perles de ce sourire, ébloui par le mirage de ces yeux de flammic, il s'éloigne do son premier idéal et il va vers sa perte, s'il ne roule pas, comme le pauvre Musset, comme tant
d'autres, jusqu'au fond de l'abîme. Amala inquinant.
Le cœur de l'homme vierge est un vase profond, Lorsque la première eau qu'on y verse est impure La mer y passerait sans laver la souillure, Car l'abîme est immense et la tache est au fond.
Ainsi les faux biens d'ici-bas contaminent les âmes, mais s'il est vrai qu'on se pervertit en les aimant, il n'est pas moins assuré qu'on demeure accablé par leur possession, — possessa onerant — on en sent le poids, l'écrasement fatal, le remords lancinant; ce sont là des idoles trompeuses qui ne donnent jamais ce qu'elles avaient promis; les premiers instants d'ivresse passés, on s'aperçoit de tout ce qui manque. Le cœur aux immenses désirs, le cœur fait pour l'infmi, n'est pas satisfait; on est déçu; on en veut à ces biens qui restent si misérablement au-dessous du rêve.
Au fond des vains plaisirs que j'appelle à mon aide, J'éprouve un tel dégoût que je me sens mourir.
dit le pécheur.
Et tout cela s'en va. Cet argent que l'on entasse, on sait qu'il le faudra perdre un jour. Ces plaisirs, ces voluptés glisseront des doigts. L'âge vient et il faut se protéger contre le découragement; les ennuis s'accumulent, on lutte, on résiste, on voudrait s'arrêter un moment. Marche, marche, dit Bossuet. Il nous
faut avancer vers des champs où il y a moins de fleurs, vers des horizons où il n'y en a plus du tout. Ces biens sont donc trompeurs, passagers, éphémères. Il faut savoir ces choses, et non seulement les savoir, mais demander à Dieu la grâce de les sentir, d'en éprouver la vérité, de se rappeler à chaque occasion ses expériences personnelles, afin d'arriver à se bien pénétrer de cette idée salutaire que toutes les espérances fondées sur le monde et sur les biens terrestres sont destinées à s'effondrer dans le néant. C'est une condition indispensable pour garder la paix dans les désillusions, les épreuves, les maladies, la vieillesse; c'est le plus sûr remède contre la neurasthénie envahissante. Car lorsqu'on vient à perdre ces biens d'ici-bas, si l'on n'a pas eu le courage de chercher ailleurs un point d'appui, alors, comme l'observe ce grand expérimentateur du cœur humain, saint Augustin, on se crucifie en les perdant, amissa cruciant.
Et heureux si c'est la pointe du remords! heureux si c'est le supplice du regret, du repentir, de la pénitence! Mais ce n'est souvent que l'âpre désir du recommencement impossible et le ruminement des vieux péchés passés qu'on ne peut plus commettre. Alors on se traîne dans sa boue, dans son ordure, jusqu'à ce que vienne une mort lamentable qui montrera, mais trop tard, où se trouvait la réelle espérance, une mort sans Dieu! Pauvre cœur humain, quand il se trompe.
que de déconvenues! quels désenchantements!
Plusieurs, ayant acquis, puis perdu, tous ces trésors apparents, ces fantômes de bonheur, tombent dans l'abattement. Leur âme avait I30ssédé ces biens et puis tout a disparu, tout s'est éclipsé, les lumières se sont éteintes, le ciel est noir, on n'entend plus que le grondement de l'orage. Dans certains de ces cœurs déçus il n'y a plus de place que pour le désespoir. Ils jettent un regard d'envie vers la mort qu'ils considèrent comme une libératrice. Pourquoi y a-t-il, dans cette société française, comme ailleurs, des âmes qui reculent devant le fardeau de la vie, qui en treprennent de couper le fil de leurs jours, qui se jettent dans la mort comme dans les bras d'une rédemptrice, déposant à ses pieds tout sentiment du devoir .î> Hélas! les funestes résolutions, le suicide, et tant de hontes accumulées viennent de la ruine de l'espérance au fond de ces pauvres âmes qui, hélas! s'étaient trompées de route dans leur recherche du bonheur.
Le cœur humain est un organe si complexe, aux rouages si compliqués! Vous avez mis, Seigneur, toute l'application de votre dextre, à fabriquer ce vase d'amour! Vous l'avez voulu pur et innocent. Votre sagesse, votre bonté, votre puissance l'ont placé dans notre poitrine, tout rempli d'innocence et de fraîcheur. Hélas! le péché est venu en abîmer les rouages et ce cœur, instrument de félicité, fait pour s'élever vers les plus beaux,
— voies plus nobles sentiments, pour entraîner l'âme tout entière vers le seul grand idéal digne d'elle, ce pauvre cœur en vient à aimer le contraire de ce qu'il devait aimer, à s'attacher de plus en plus aux misérables jouissances de cette triste terre et se faire un instrument de trouble et de malheur, un (( vase de mort »; sa fragile espérance est brisée pour toujours.
Au contraire, l'espérance bien comprise devient le soutien de la vie. Je sais que des espérances temporelles, même de fausses espérances, ont souvent soutenu des courages en leur assignant un but. Je n'oublie pas les efforts d'énergie, de ténacité qu'ont accomplis des hommes afin d'atteindre les fins qu'ils s'étaient proposées pour l'art, pour la science, pour la civilisation, pour l'humanité, pour la gloire, pour la patrie! Considérons, mes frères, avec sang-froid, cet effort implacable, effroyable, qu'ont fait, depuis quarante ans, nos adversaires pour dérober à la nature tous ses secrets, scruter les arcanes de la science afin d'en tirer de nouvelles armes et développer leur <( culture » fantastique; admirez ce travail énorme auquel s'est consacrée sans répit l'élite d'une nation, pour réaliser les
espérances barbares, colossales du « surhomme )> de Nietzsche. Tout cela montre bien la puissance d'une espérance, espérance humaine, fausse espérance sans doute, mais qui toutefois a pu accomplir des prodiges d'audace au prix d'une dépense incroyable de vitalité et de force.
Souvent, pour atteindre son but, un homme emploie tous les moyens. Il veut une femme, pour l'obtenir, il sacrifiera tout, sa conscience, les droits de l'amitié... Il veut la fortune, il la saisira par n'importe quel moyen; toutes ses dispositions sont prises, ses plans sont tirés, sa stratégie concertée, ce sera la conduite de toute sa vie, son travail de nuit et de jour. Les combinaisons savantes qu'il a faites dans les finances, dans les affaires, n'ont qu'un but, acquérir la richesse; il lutte, il travaille, il souffre; il se hisse enfin jusqu'au sommet qu'il voulait gravir, il triomphe. Oui, mais c'est le soir; tu vas mourir, mon ami; en vain tu as recueilli, en vain tu as amassé, en vain tu as récolté d'opulentes moissons, tu les as engrangées dans tes vastes greniers; hier encore tu passais dans cette campagne en disant : « Ces champs sont à moi, la terre est à moi, je suis riche, je possède toutes choses. » Mais voici que le vrai Maître de ces champs, Celui qui a fait pousser le blé, reprend tout parce qu'il a jugé que c'est l'heure de reprendre, Il vient te visiter et il te dit : « Etends-toi sur ta couche : déjà ta respiration est pénible; tu vas disparaître de ce monde;
de tous ces trésors, il ne te restera qu'un cercueil, oui, les clous, les planches d'un cercueil, et cela même pendant quelque temps seulement. »
Les fausses espérances de la terre semblent soutenir; c'est un principe d'énergie, c'est vrai; elles entraînent celui qui se laisse guider par elles, mais parce qu'elles ont visé un but qui est faux, elles s'effondreront un jour dans l'abîme qui se creuse sous elles.
Les vraies espérances n'ont jamais déçu personne, parce qu'elles ne reposent pas sur les promesses de ce monde d'erreur et de misère. La véritable espérance suppose la foi : elle est fille de la foi. Lorsque la foi chrétienne est entrée dans l'intime de l'âme, elle la pétrit, la façonne, elle devient son ange tutélaire, elle la guide dans sa marche norm^ale vers ce qui est bien, vers ce qui est mieux. Sans cesse elle fait luire devant ses yeux ravis le phare des célestes promesses. Fides sperandanum substantia reriim. C'est Dieu qui donne à l'âme la puissance de croire. Ce don est mis à la disposition de tous, mais il faut le demander : « Seigneur, je crois, mais venez dissiper mes doutes. » Ce cri poussé du fond du cœur obtient toujours une réponse. Dieu ne se refuse jamais à exaucer celui qui humblement demande la foi. Or, quand la foi s'est établie dans une âme, elle y produit la sainte espérance. La foi fait pour ainsi dire toucher du doigt la réalité
des choses qu'on espère, elle fait entrer l'âme, par avance, en possession des trésors futurs.
Oui, l'espérance chrétienne, quand elle ne repose pas sur une religiosité vague, sur des aspirations incertaines, mais sur les vraies données de la foi, cette espérance produit des miracles. Savez-vous ce que l'espérance est capable de faire .^ Elle donne des ailes à l'âme; elle l'emporte dans un envol superbe vers l'azur et la clarté.
La conscience du juste n'est libre et forte que parce qu'elle est trempée pour toutes les épreuves. — N'as-tu pas peur.^ disaient à saint Martin les voleurs qui brandissaient le glaive sur sa tête: — Je n'ai jamais été plus tranquille, répondait le saint. Voyez les apôtres, c'est parce qu'ils ont au cœur une foi brûlante, une espérance invincible qu'ils peuA'ent répondre à qui menace leur liberté : (( Nous ne pouvons pas ne pas parler. » L'espérance rend la parole aux muets; aux aveugles, elle montre la route du devoir; elle donne à l'être le plus faible la netteté et la décision et lui communique une énergie surprenante pour voler au-devant du sacrifice. Point de moteur pour développer une conscience, pour lui donner la paix, la sécurité dans l'effort, comme une espérance fondée sur la foi.
Vienne la persécution, l'abandon; que le juste ne soit plus compris, même des amis de Dieu; que pendant quelque temps il chemine comme dans un tunnel, guidé seulement par le fil léger
qu'il tient dans la main; oui, que le juste sente gronder une effrayante tempête dans sa chair révoltée, dans tout son être qui sursaute! n'importe, il se cramponne au devoir; sa volonté se tend avec énergie, docile à une voix mystérieuse qui lui murmure doucement : Disciple du Christ, espère. Dieu te voit. Dieu compte les battements de ton cœur, il connaît tes désirs, il est témoin de tes efforts douloureux vers le devoir, va vers ce que je t'ai commandé, va vers cette croix, vers ces souffrances, vers l'immolation, va où Dieu t'appelle!
Si tu te nommes Jeanne d'x\rc, va, enfant, à la mission sublime, marche à travers les victoires et les revers jusqu'au bûcher; je soutiendrai ton cœur dans le plus étrange et le plus cruel abandon; quand toutes les lumières et les conseils te manqueront, je serai ta lumière « et je te délivrerai par grande A'ictoire ».
L'espérance chrétienne, c'est encore la clarté de r avenir, c'est la sécurité du but précis; ce mot d'espérance ne cesse jamais, même après des silences momentanés, de retentir dans l'âme qui se recueille, qui sait écouter la voix de Dieu. C'est la
bouée lumineuse sur l'océan furieux qui déferle avec rage contre les récifs, près du port où l'on veut atterrir. Mieux qu'une simple bouée, l'espérance est un grand phare tournant aux puissants rayons et qui éclaire au loin; de temps en temps on en voit la lumière fulgurante comme un éclair dans la nuit. A sa vue, le matelot redouble d'efforts et tend ses énergies vers le but.
Pour l'Eglise, d'abord, restons, avec les saintes femmes, « assis contre le sépulcre '>'>, où l'on semble avoir enfermé ses biens, sa liberté, et où l'on espère, par cette vile campagne contre le Saint- Siège, enterrer l'avenir religieux de la France en empêchant tout retour vers le Pontife, son chef. Enterrer l'Eglise! Est-ce que cela se peut? Que tous les chrétiens demeurent assis contre le sépulcre, où l'on s'imagine déjà qu'elle est ensevelie, et qu'ils attendent avec foi et confiance sa résurrection certaine.
Pour la patrie ensuite. Plusieurs semblaient désespérer d'elle et, comme jadis Kosciusko s'écriait: « C'en est fini de la Pologne )>, eux, prédisaient la fin de la France. Cette guerre, cette formidable hécatombe, avec une telle profusion de sang français, de tous les partis, de toutes les classes, sur les mêmes champs de bataille, avec une telle fraternité de souffrances et de larmes, cette guerre la plus terrible, si on relit les annales de ce pays, par l'importance et l'effroyable quantité des pertes subies, par la longueur de la lutte, par
les dépenses de courage, d'énergie en même temps que d'argent, cette guerre que nous n'avons pas voulue, que nul en France n'a désirée ni provoquée, cette guerre aura servi à rendre, à ceux qui désespéraient de la patrie, une espérance au cœur avec l'amour du drapeau. Et je défie bien, avant qu'il soit vingt-cinq ans, qui que ce soit d'oser encore planter le drapeau dans le fumier!
Vous, les découragés d'hier, vous qui déclariez que c'en é'alt fini, vous vous étiez trompés!
Voici le Seigneur qui vient pour sauver les nations. Il fera entendre sa voix pleine de majesté et votre cœur sera dans la joie (i).
« C'est le propre du secours divin, disait Mgr Pie, d'arriver toujours à point et de se présenter à l'homme au temps voulu. Si le Seigneur des armées prête main forte à sa créature, toujours il fait survenir le renfort au moment décisif, et l'on peut dire que la principale efficacité de l'intervention divine consiste dans sa parfaite opportunité. »
0 femmes, femmes « assises contre le sépulcre », qui, en grand nombre, attendiez la conversion des êtres les plus chers, qui vous étaient unis par le sang, par le cœur; vous désespériez peutêtre de leur retour vers Dieu. Or cette heure, l'heure du salut, de la résurrection morale est
(i) Introït du 2® ^imanche de l'Aveiii.
venue pour un grand nombre;] 'en ai vu, ces Messieurs en ont vu beaucoup se réconcilier avec le Seigneur. D'autres, en plus grand nombre, ont reçu de Dieu grâce et contrition à l'heure suprême. Au moment marqué par Lui devant la souffrance, à l'approche de la mort, plusieurs ont obtenu en récompense de leur héroïque dévouement à la patrie le don de la lumière et de la foi. Il n'y avait donc pas lieu de désespérer d'eux; votre attente contre le sépulcre n'a donc pas été vaine, ô femmes! vous avez eu raison!
Beaucoup désespéraient de leur propre salut parce que en considérant leur passé, ils y trouvaient cent misères, cent motifs de s'attrister, un véritable amas de fautes. N'étaient-ils pas tentés de murmurer: <( Le salut est pour tous, mais non pas pour moi; j'ai trop offensé Dieu, il ne me pardonnera jamais! » Ils ne se souvenaient plus des miséricordes du Seigneur (i), ils avaient oublié qu'il est venu en ce monde encore plus pour les pécheurs que pour les justes. Mais Dieu s'est penché vers eux avec une infinie bonté, le bon Pasteur a pris sur ses épaules la brebis égarée, le Père a serré dans ses bras l'enfant prodigue.
(i) Avez-vous jamais fait attention à ce que vous avez chanté si souvent avec l'Eglise : « Seigneur, que votre miséricorde se communique à nous à proportion de la confiance que nous avons en elle ! »
Et pensez-vous bien que c'est en quelque manière demander votre condamnation, si vous manquez de confiance ? (P. Ambroise de Lombez.)
(( En toi, Seigneur, j'ai mis mon espérance, je ne serai pas confondu pour jamais, sauve-moi dans ta justice.
(( Penche ton oreille vers moi : hâte-toi de me sauver. Sois pour moi un Dieu protecteur, un asile, afin que je sois sain et sauf.
« Car tu es ma force et mon refuge et à cause de ton nom, tu me dirigeras et me nourriras.
« Tu me tireras de ce piège que mes ennemis m'avaient caché, parce que tu es mon protecteur.
« Je remets mon âme entre tes mains; tu m'as racheté. Seigneur, Dieu de vérité.
(( Agissez virilement, que votre cœur soit ferme, ô vous tous qui avez placé votre espérance dans le Seigneur (i). » (Ps. xxx.)
Ah! mes frères, que toutes les espérances se raniment, qu'elles s'avivent, qu'elles montent en une gerbe de fleurs que demain le printemps de la grâce épanouira et qui préparera des fruits abondants de salut. Ne soyons pas le figuier stérile, mais le figuier fécond et généreux qui réserve au Seigneur une abondante récolte, sous le soleil du bon Dieu, sous la rosée du ciel. Et s'il plaît au Seigneur, nous irons en Paradis, mes frères, réjouissez- vous de cette grande nouvelle. C'est là le terme suprême de notre espérance,
(i) n est parlé sans cesse de l'espérance dans les psaumes. Aucune vertu peut-être n'y est plus souvent exaltée que celle-là. A ce point de vue, leur lecture à l'heure actuelle est des plus réconfortantes. (Mgr de Giberguès, Par l'espérance.)
c'est la raison d'être de tous nos efforts. Voilà l'espoir définitif, voilà la sainte, et enivrante, et très efficace orientation de tout notre être! « Je vous porterai moi-même dans mes bras, dit le Seigneur par la bouche du prophète Isaïe, je vous porterai jusqu'à la vieillesse, jusqu'à l'âge où vos cheveux blanchiront et je vous sauverai. »