DE LA PRIÈRE
Frustra enim jacitur rcte ante oculos pennatorum.
C'est en vain que l'on tend le filet devant les yeux de ceux qui ont des ailes.
{Prov., I, 17.)
Voilà, mes biem chers frères, des paroles de l'Ecriture qui semblent un peu mystérieuses. Elles ne le sont pas pourtant si l'on s'en rapporte au contexte; on voit de suite qu'il s'agit de ce sinistre oiseleur dont je vous entretenais ce matin à la messe d'onze heures, dont nous parle l'Evangile de ce jour, auquel un certain nombre de mondains refusent, et pour cause, de croire, et qui s'appelle Satan. C'est le grand ravisseur des âmes; il passe, il tend ses filets avec mille artifices, mais ceux-là seulement se laissent prendre à ses pièges qui le veulent bien et qui s'aveuglent plus ou moins. « C'est en vain, dit l'Ecriture, que l'oiseleur tend ses filets devant les yeux de ceux qui ont des ailes. )>
Quelles sont donc ces ailes mystérieuses qui ont été données à l'âme pour lui permettre d'échapper aux embûches de l'ennemi? Mes bien chers frères, ce sont les ailes de l'amour et de la prière.
C'est surtout de ce grand secours de la prière que je veux vous entretenir ce soir.
La prière nous a été donnée pour être la nourriture de l'âme. De même que notre corps ne se soutient dans l'activité vitale qu'en assimilant tous les jours une quantité suffisante d'aliments pour réparer les pertes inévitables de forces, de même l'âme ne saurait vivre de la véritable vie, de la vie d'union avec Dieu, de la vie intérieure, surnaturelle, sans se soutenir par la prière. Qui ne prie pas languit, voit s'atrophier ses forces, perd le secret de l'énergie, s'anémie graduellement, tombe dans la langueur et meurt enfin. Oui certes, qui ne prie pas se condamne à un dépérissement progressif, à moins, ce qui arrive souvent, que quelque événement brusque ne vienne rompre le fil de la vie chrétienne et précipiter l'âme d'un seul coup dans la mort éternelle.
La prière, c'est aussi l'arme du chrétien pour lutter contre ce perfide adversaire, le démon, pour Aenir à bout de ses ruses, de ses ruées violentes, de ses attaques brusquées, de ses surprises de nuit, de ses diaboliques inventions, de ses machinations sans cesse renouvelées. Il faut plus ici que de la prudence humaine et plus que de îa
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force humaine; rien, ni l'honneur, ni le sentiment du devoir, ni le respect de soi-même, rien ne peut arrêter, dans certain cas, l'homme qui s'apprête à faire une chose honteuse, si ce n'est la prière. « Mais c'est en vain que l'on jette le filet devant les yeux de celui qui a des ailes. »
La prière est le moyen de nous préserver des grossièretés de la vie, de ces réalités matérielles obsédantes qui nous harcèlent de leur souvenir, qui nous fatiguent de leur ambiance. On a besoin de se déprendre de cette glu. Alors se dresse devant nous, en notre méditation pieuse, l'échelle d'or de Jacob, jalonnée par les anges, sur laquelle nous voudrions poser nos pieds rendus plus agiles et gravir le saint seuil de l'éternelle demeure, mais il nous vient des frissons de vertige; il nous faut les ailes de la prière pour nous élancer, légers, sans crainte, sur ces degrés du ciel.
C'est la trêve pendant le combat, c'est l'accalmie dans la tempête, c'est l'abri pendant l'orage. Je pourrais sans fin continuer ces litanies véridiques de l'un des bienfaits les plus grands qui aient été donnés à l'homme sur la terre puisque c'est le seul qui lui perm.ette de comm.uniquer avec Dieu et de se retremper dans la grâce.
Pourquoi prier .^ Comment prier? Ce sont des questions très simples que le catéchisme solutionne en quelques mots mais qui demandent ce-
pendant à être examinées, méditées plus longuement devant le saint Sacrement.
0 mon âme, pourquoi ne pas prier? Avant que tu ne meures, parle à Dieu, confesse-toi au Seigneur, révèle-lui tes secrets désirs, tes craintes, gémis de tes fautes, crie devant la face du Tout- Puissant, prie, ô mon misérable cœur de chair, pendant que tu bats encore, que tu es vivant, parce que les morts ont les lèvres à jamais closes; il est trop tard, trop tard, après la mort, pour réparer tant de prières omises.
Tant que nous sommes ici-bas, il faut prier, c'est la loi sainte gravée en lettres d'or au fond du cœur de l'homme par Celui qui le créa. Cette nécessité pour l'homme de rendre à Dieu les devoirs qui lui sont dus fait partie de ce code sacré de la loi naturelle contre lequel rien ne peut prescrire, qui demeure malgré toutes les folles négations, tous les systèmes impies de a ces hommes qui tiennent injustement la vérité de Dieu captive (i) ». C'est pourquoi la colère de Dieu se révèle contre les auteurs de ces fausses doctrines; on ne sépare pas impunément la créature de son Créateur; sous peine des plus grands maux, nous devons rester en contact avec l'Auteur de notre être. Garder le contact avec Dieu par la prière, c'est l'adorer, c'est le remercier, c'est implorer notre pardon, c'est demander ses
(i) Rom., I, iS.
grâces. Plus particulièrement ce soir nous nous arrêterons sur ce dernier aspect de la prière. Demandez et vous recevrez, dit Notre-Seigneur, cherchez et vous trouverez, frappez et Von vous ouvrira.
Il faut prier, c'est donc aussi la loiévangélique. Notre-Seigneur y revient sans cesse, et quand II nous enseigne à prier, Il ne veut point que notre prière soit une prière d'angoisse et de terreur. Celui dont II a mis le nom sur nos lèvres sanctifiées et consacrées par le baptême, c'est le « Père des cieux »; ce nom, Il nous apprend à le prononcer d'une bouche confiante, avec un cœur filial; Il dilate tout notre être pour le remplir d'amour. Et comme le terrible problème de la souffrance vient se poser devant nous à certaines heures, Il veut que même à travers les sombres dédales des douleurs et de la mort, nous puissions sans crainte garder toujours nos mains tendues vers l'Invisible, comme jadis Moïse, croyant à la miséricorde de Dieu jusque dans l'épreuve, attendant tout de son éternelle bonté. « Je sais en qui j'ai mis ma confiance, disait saint Paul; et II est assez puissant pour garder le dépôt d'amour que je lui ai confié, jusqu'à ce jour-là », c'est-à-dire jusqu'au jour des révélations oii Dieu nous expliquera toutes choses. Saint Jean écrivait : « Je crois en la charité. » Avec lui, nous croyons à la charité, à l'amour de Dieu. Ces ailes de la prière que Dieu nous a mises à l'âme nous permettent
de nous élever jusqu'à Dieu et de lui murmurer : « Notre Père qui êtes au?v cieux. »
Nous devons demander à Dieu, avant tout, les biens de l'ordre spirituel (i). C'est ici que beaucoup de chrétiens se trompent puisqu'ils refusent de s'arrêter à ces biens qui leur paraissent, comme jadis aux Hébreux, une nourriture fade, sans goût. A la bonne heure, qu'il soit question de demander à Dieu les richesses, le succès, un riche mariage, la réussite dans les affaires; voilà qui est compris de tout le monde!
Si Dieu, écœuré de ces demandes, fait la sourde oreille, s'il écarte tant de prières intéressées, alors on s'insurge contre Lui, on conteste la puissance de la prière, on se fait parfois les propagateurs de je ne sais quelle anarchie. Mais, si, mes frères, quand vous demandez à Dieu uniquement des biens temporels, vous n'avez pas été exaucés, c'est peut-être que vous ne songiez ni à la gloire de Dieu, ni à votre salut; c'est que vous n'aviez pas présents à l'esprit les seuls biens désirables, réels, qui sont les biens éternels.
Ce n'est pas qu'il ne soit permis de demander les biens temporels. Quelques philosophes ont
(i) Prions beaucoup, mais toujours en vue de nos devoirs; sans cela, notre assiduité à la prière serait une illusion et un scandale. Y a-t-il rien de plus scandaleux que de voir une personne qui prie toujours sans se corriger, et qui n'en est ni moins légère, ni moins vaine, ni ni moins inquiète, ni moins chagrine, ni moins intéressée. (FÉNELON.)
préconisé je ne sais quelle forme de prière d'après laquelle on ne demanderait à Dieu que des vertus. L'Eglise prend l'homme tel qu'il est. ((Qui veut faire l'ange, fait la bête », disait Pascal. Quand Dieu a fait l'homme, Il lui a prescrit de lever vers Lui, du fond de ses détresses matérielles, un regard suppliant. L'Ancien Testament est rempli de ces supplications adressées au Seigneur pour les nécessités de la terre. Le jour de saint Marc et les trois jours des Rogations, l'Eglise prie pour attirer les bénédictions du ciel sur les moissons. Elle prie, aux quatre-temps, pour les cultures. Elle approuve la prière simple et candide, faite avec un cœur droit, pour demander les choses d'ici-bas, pourvu que cette prière se tienne d'avance en parfaite conformité avec la volonté du Seigneur, pourvu que la faveur sollicitée ne nuise en rien au salut, pourvu surtout qu'en implorant pour les biens du temps présent, on ne laisse pas de demander, plus encore et avec une volonté plus ardente, les biens de l'ordre surnaturel.
Ah! qu'ils sont nécessaires, les seuls vrais biens! C'est avant tout, mes frères, pour vous qui m^écoutez, comme pour moi qui vous parle, la persévérance finale. Je suis là, bien vivant devant vous; mon regard rencontre la lueur de vos regards bien vivants aussi. Je lis dans vos âmes chrétiennes, ce qui est pour mon âme un précieux réconfort, que vous voulez aimer et servir
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le Seigneur. Il me semble que nous sommes tous ses enfants, que nous communions dans son amour. Mais la mort viendra un jour, comme un voleur, nous surprendre. Serons-nous encore, à cette minute fatidique, en cette année, à ce millésime quelconque marqué pour notre départ, oui, serons-nous encore les amis de Dieu.î^ Quel état d'âme sera le nôtre à l'instant où l'appel se fera entendre brusquement, où la cloche de l'éternité sonnera tout à coup P
Alors, alors, à ce juge suprême, du temps passé sur la terre, de tous les talents qu'il m'a donnés, des grâces que j'ai reçues, je devrai rendre un compte exact, minutieux, sévère! Ah! c'est un grand et troublant mystère, c'est un problème capable de tourmenter les plus volages, que de ■songer à l'incertitude de la sentence qui suivra et qui décidera de notre sort éternel. Ah! Seigneur, donnez à tous d'apprécier l'importance de la persévérance finale! Puissions-nous être trouvés pesant exactement le poids exigé pour le salut! Qu'il n'y ait ni surprises fâcheuses ni réveil terrible pour personne de ceux-ci, à l'heure où se rendront les comptes!
Mais que demanderons-nous encore.^ Le don de ressusciter du péché, de vaincre en soi le mal, de sortir de l'ornière des fautes où depuis si longtem ps on se traîne enlisé. La conquête de la vertu : douceur, patience, résignation dans les peines, effort continu sur soi-même pour dimi-
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nuer la médisance et pour éteindre à jamais la calomnie, travail pour y installer l'amour du prochain, cet amour si beau, si délicat et si difficile; puis la pureté du cœur, le calme dans la souffrance, sans lequel nul ne peut s'en tirer; la maîtrise de soi, la main sur son cœur, pour empêcKer les bonds trop brusques, trop violents; et dans l'épreuve, la force de ne point murmurer et de rester là, si l'on ne peut faire autre chose, avec sainte Madeleine, les lèvres collées sur les pieds du Christ, répétant : <( Seigneur, je n'ai pas le courage de dire «merci», je me tiens à vos pieds, je n'ai plus de force, ayez pitié de votre créature, souvenez-vous de ma fragilité, de ma faiblesse; mon impuissance est si grande! Seigneur! Seigneur! je ne puis rien dire autre chose. « Je suis un homme pécheur. » Ecce homo peccator siim. Et la paix! la paix! mon Dieu, quand l 'auronsnous .î^ La paix pour le pays, la paix pour le monde. Ce n'est cependant point de celle-là que je parle en ce moment. La paix, la paix de l'âme, le mot seul suffit, il est éloquent. « Il y a si peu d'âmes tranquilles, disait le P. de Ravignan, parce qu'il y en a si peu qui prient!» Nous rêvons des plages éternelles de tranquillité et d'amour où régnera une paix enchanteresse, où passera son souffle léger, où nos cœurs à jamais calmés, jouiront du bonheur immortel.^ 0 paix céleste que le Seigneur est venu promettre au monde, dont II nous a donné des avant-goûts, mais qui
ne se goûtera pleinement que dans un autre pays et sous d'autres cieux!
Avez-Yous bien compris que vous avez plus besoin de tout cela que de richesses, que d'argent, que de succès, que de joies malsaines?
Mais vous me diriez, si vous pouviez parler en cette maison du Seigneur, où le prêtre seul a le droit d'élever la voix avec une responsabilité redoutable, vous me diriez : « Père, vous savez bien que tout en désirant sincèrement ces biens spirituels, ce n'est pourtant pas seulement cela que nous désirons. Hélas! en ce moment, nous désirons le retour des nôtres qui sont au feu; la conservation de vies très chères! le bonheur de ceux que nous aimons! »
Dans cet ordre d'idées, mon cœur ému prie et pleure avec vous. Nous demandons à Dieu, et avec quelles instances, qu'il bénisse, qu'il garde, qu'il ramène vos chers absents. Mais ici encore, comme il est nécessaire de savoir se résigner à la volonté de Dieu, de pouvoir dire son Fiat!
Il en est quelques-uns qui ne reviendront jamais, qui manqueront à l'appel. Mais parce qu'ils auront disparu, parce que vos yeux ne rencontreront plus les leurs, ne croyez pas que pour autant soient rompus les liens profonds qui les attachaient à vous. Nous sommes les fils de l'immortalité; le ciel est notre héritage; nous rêverrons nos bien-aimés là-haut; ils vous attendent sur l'autre rive où leurs pieds se sont déjà posés;
ils vous font un signe, comme dans cette fresque de Fra Angelico où les frères bienheureux de saint Dominique appellent d'un geste les âmes lointaines qui s'acheminent vers la porte d'or, conduites par leurs anges gardiens. Ainsi font ceux qui sont partis avant nous.
Si vous dites : « Mais il est mort sans sacrement. — Je crains que ce soit par votre faute. — J'ai fait ce que j'ai pu. )> — Alors Dieu a peut-être envoyé un ange; peut-être le Seigneur s'est réservé de faire briller dans l'ombre de la minute suprême un éclair où l'âme se reconnaît et crie vers Lui. Je crois que toutes les prières ont une efficacité; je crois que, dans l'ordre surnaturel, mieux encore que dans la nature, rien ne se perd et tout se retrouve. Priez, priez pour vos défunts et plus encore pour ceux-là qui sont morts sans les secours de la religion. Priez avec une intention droite et un cœur sincère.
Il faut, dit le catéchisme, prier avec humilité. Il est à peine crayable que l'on puisse prier autrement. Qui prie sans humilité, ne prie pas, il se vante, il s'exhibe, ô dérision, devant Dieu qui pourtant voit le fond des cœurs, et aussi devant lui-même ou devant la galerie. Prier, c'est tout d'abord se découvrir, face à Dieu, tel que l'on est, c'est arracher le masque, c'est se montrer dans la vérité toute simple. C'est se tenir comme le publicain, à genoux sur le seuil du temple, et
non debout et campé dans sa suffisance, comme le pharisien superbe.
Priez avec persévérance car Dieu semble parfois ne pas écouter; dans des desseins profonds, il veut éprouver longuement notre filiale confiance (i), il a l'air de ne pas entendre, mais tout s'enregistre dans son cœur. « N'avons-nous pas, dit saint Augustin, cent fois rebuté Dieu lorsqu'il frappait avec amour à la porte de notre cœur? Combien de temps nous a-t-il attendus? N'est-il pas juste qu'il nous fasse attendre? » Là encore, il est vrai de dire que rien ne se perd, le moindre balbutiement, le moindre soupir, la moindre larme, tout est noté, tout est connu, tout pèse du côté de la balance où l'on veut que cela pèse (2). Et croyez-le bien, ce n'est pas une consolation que
(i) Relire dans le saint Evangile les touchantes paraboles de la pauvre femme qui à force d'importunités, obtient du juge qu'il lui rende justice; et de l'homme qui va réveiller son ami, et insiste pour obtenir du pain.
(2) Apprenons maintenant ce que c'est de frapper, et qu'il faut persévérer à frapper jusqu'à nous rendre importuns, si cela était possible; car il y a une manière de forcer Dieu, et de lui arracher, pour ainsi dire, ses grâces; et cette manière, c'est de demander et de crier sans relâche à son secours, avec une ferme foi, une humble et haute confiance.
Il faut donc prier pendant le jour, prier pendant la nuit autant de fois qu'on s'éveille; et, quoique Dieu semble ne pas nous écouter, ou même nous rebuter, frappons toujours; attendons tout de Dieu, et cependant agissons aussi; car il ne faut pas seulement demander, comme si Dieu devait tout faire tout seul, mais encore
j'improvise, mais l'écho fidèle, à travers les âges, de l'éternel Evangile. Ce que je vous dis, quelque vieux pape, à la barbe chenue, au visage ravagé par la souffrance le disait dans la Rome du deuxième siècle, caché dans une humble chapelle sépulcrale des Catacombes; ce que je vous enseigne, saint Pierre et saint Paul le disaient là-bas, sur ces rives où se joue actuellement le sort de l'Orient et peut-être du monde. Oui, les apôtres prêchant aux fidèles de Rome, enseignaient ces mêmes vérités avec une autre autorité, une autre sainteté, c'est vrai, mais leur verbe pourtant exprimait les mêmes exhortations à la prière, les mêmes promesses faites à la prière: Ils redisaient le commandement du divin Maître : « Il faut prier sans cesse et ne s'en lasser jamais. »
De cette sainte pratique de la prière, il faut s'acquitter devant le Père des cieux, chaque jour, le matin, le soir, dans les dangers et les tentations, avec persévérance; malgré les refus apparents, il faut compter sur la miséricorde (i). Dieu semble parfois s'éloigner, mais il est toujours là et il
chercher de notre côté, et faire agir notre volonté avec la grâce, car tout se fait par ce concours; mais il ne faut jamais oublier que c'est toujours Dieu qui nous prévient, et c'est là le fondement de l'humilité. (Bossuet, Sermon sur la Prière.)
(i) Béni soit Dieu, dit le Psalmiste, parce qu'il ne m'a enlevé ni la faculté de le prier, ni sa miséricorde. Là-dessus saint Augustin : a Puisque tu vois bien qu'il ne t'a pas ôté la faculté de le prier, sois tranquille, il ne le privera pas de sa miséricorde. »
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attend caché, les bras ouverts, comme le père de l'enfant prodigue. Il nous voit; il sait nos efforts; il compte nos soupirs; il nous appelle. Que pas une des âmes, si froides, si indifférentes, si étrangères soient-elles, qui peuvent se trouver ici, en cette vaste enceinte, ne s'imagine être exclue de cet appel! Tous sont appelés...
Prier dans son cœur, car la prière, quand les lèvres demeurent jointes, s'élève tout de même vers Dieu, de l'intime de l'âme; les ailes se déploient, l'âme monte, dit saint Augustin (i).
C'est l'envolée de l'âme vers Dieu, vers ce saint idéal réel et vivant, infini, éternel, tout-puissant
(i) Quand vous viendrez auprès de Notre-Seigneur, parlez-lui si vous pouvez; si vous ne pouvez pas, demeurez là, faites-vous voir, ne vous agitez pas d'autre chose... Quel bonheur d'être là seul à seul avec Dieu, sans que personne sache ce qui se passe entre Dieu et le cœur, sinon Dieu même et le cœur qui l'adore. (S. François de Sales.)
L'amour caché au fond de l'âme prie sans relâche; lors même que l'esprit ne peut être dans une continuelle attention. Dieu ne cesse de regarder dans cette âme le désir qu'il y forme lui-même, et dont elle ne s'aperçoit pas toujours. (Fénelon.)
Jésus-Christ dit encore qu'il faut toujours prier, et ne cesser jamais. (Luc, xvni, i.) Cette prière perpétuelle ne consiste pas dans une continuelle contention d'esprit qui ne ferait qu'épuiser les forces, et dont on ne viendrait peut-être pas à bout. Cette prière perpétuelle se fait lorsque, ayant prié aux heures réglées, on recueille de sa prière ou de sa lecture quelque vérité que l'on conserve dans son cœur et que l'on rappelle sans effort, en se tenant le plus qu'on peut dans l'état d'une humble dé-
et tout bon, auquel nous croyons tous! La prière du cœur qui peut se faire les lèvres closes, qui parfois jaillit tumultueuse du tréfonds de l'âme, comme les flots d'une source abondante, dans le besoin qui presse; ou encore la prière qui s'élève comme un souffle, un murmure, tel un vent léger au matin d'un beau jour; la prière très calme du vieillard aux cheveux blancs ou de la grand'mère vénérée; du petit enfant qui gazouille comme un oiseau sur son nid; ohl comme ces prières doivent être suaves aux oreilles du Seigneur! Prière que vous faites avec quelques amis dans l'intimité du foyer; que les familles récitent le soir, dans les maisons chrétiennes, au-
pendance envers Dieu, en lui exposant ses besoins, c'està-dire les lui remettant devant les yeux, sans rien dire. Mors comme la terre entr 'ouverte et desséchée semble demander la pluie seulement en exposant au ciel sa séciiei^esse, ainsi l'âme, en exposant ses besoins à Dieu, le prie véritablement. C'est ce que dit David : « Mon âme, Seigneur, est devant vous comme une terre desséchée et sans eau. (Ps. cxlii, 6.) Ah! Seigneur, je n'ai pas besoin de vous prier; mon besoin vous prie, ma nécessité vous prie; toutes mes misères et toutes mes faiblesses vous prient. Tant que cette disposition dure, on prie sans prier; tant qu'on demeure attentif à éviter ce qui met en danger de déplaire à Dieu, et qu'on tâche de faire en tout sa volonté, on prie et Dieu entend ce langage.
O Seigneur ! devant qui je suis, et à qui ma misère paraît tout entière, ayez-en pitié; et, toutes les fois qu'elle paraîtra à vos yeux, ô Dieu infiniment bon! qu'elle sollicite pour moi vos miséricordes. Voilà une manière de prier toujours, et peut-être la meilleure. (Bossuet, Sermon sur la prière.)
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tour du crucifix, quand le père, resté digne de ce nom, préside à ce grand acte, apprenant à ses enfants à aimer ce qu'il aime, à servir ce qu'il sert, à vivre ce qu'il vit; cette prière est bénie.
Mais plus encore sont bénies ces prières que nous faisons ici tous ensemble; plus encore est agréable à Dieu cette union de toutes nos lèvres pour redire les psaumes du roi David et les autres saintes prières de la Liturgie. Ces oraisons de l'Eglise, elles sont tant de fois séculaires! Nos pères les ont récitées ou chantées à toutes les époques, en pleine révolution comme durant les années heureuses, pendant la guerre comme pendant la paix, dans la prospérité comme dans les famines et les pestes. Toujours ces prières se sont élevées du fond des cœurs, montant vers les rives éternelles, comme l'océan dont la plainte monotone ne cesse de se faire entendre en même temps que ses flots viennent battre les rochers de nos côtes. Ainsi s'en va, sans fin, la prière dolente de toute l'humanité vers le Seigneur.
Nous prions tous ensemble, ô mon Dieu^ comme vous l'avez ordonné dans votre saint Evangile : <( Quand vous serez deux ou trois réunis et priant, je serai au milieu de vous. •>•> Nous sommes ici plus d'un millier, peut-être deux mille, nos voix, nos cœurs s'unissent, nous accomplissons votre sainte parole, nous croyons que vous êtes présent au milieu de nous par votre
souvenir, par votre action et surtout par votre Eucharistie, implorant avec nous votre Père qui est dans les cieux (i). Nous prions en de courtes et simples formules comme vous l'avez ordonné €ttout ce que nous demandons à votre Père, nous le demandons en votre nom (2). Per Doniinum nostriim Jesum Christum.
Voilà, mes frères, d'un rapide pinceau, le résumé de la grande leçon de la prière.
« Si j'avais à choisir, écrivait Ernest Legouvé,
(i) En priant, ne parlez pas beaucoup, comme les païens : car ils pensent que la quantité de leurs paroles les fait exaucer. Ne leur ressemblez donc point. Notre Père sait, en effet, ce dont vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. (S. Matth., vi, 7, 8.)
En vérité, tout ce que vous demanderez à mon Père, en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils... Et si vous demeurez en moi, et si mes paroles demeurent en vous, vous demanderez tout ce que vous voudrez et vous l'obtiendrez. (S. Jean, xn-, 12; xv,
(2) Apprenons encore à demander par Jésus-Christ. Toutes les fois que nous disons : Per Christum Dominum j-iostrum^ et nous devons le dire toutes les fois que nous prions, ou en effet, ou en désir et en intention, rappelons donc à notre esprit cette vérité, que nous sommes sauvés par grâce, uniquement par Jésus-Christ et par ses mérites; non que nous soyons sans mérites, mais à cause que nos mérites sont des dons, et que ceux de Jésus-Christ en sont le prix. Les vœux montent au ciel par Jésus-Christ, et les grâces en descendent par lui. Sachons donc interposer ce nom sacré du Sauveur, et mettre notre confiance dans ses bontés et dans les mérites infinis de son sang. On est assuré d'obtenir quand on demande en un tel nom, auquel le Père ne peut rien re-
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qui n'était pourtant pas un grand chrétien, si j'avais à choisir entre apprendre à un petit enfant à lire, ou lui apprendre à prier, je n'hésiterais pas : dans l'impossibilité de lui enseigner les deux, je lui apprendrais du moins à prier.» Voilà qui sonnerait mal à plus d'une oreille moderne î Et pourtant combien c'est juste! Songez-y un moment : si cet enfant apprend à lire, sans jamais savoir prier, sans rien connaître de Dieu, de sa loi sainte, de son Evangile, que lira-t-il? Hélas' probablement les pires choses. Il y aveuglera son esprit; il y souillera son cœur, il y pervertira sa volonté. Qui sait, pour lui, comme pour tant d'autres, cette lecture deviendra peut-être l'école du crime; et ne sera-t-il pas le désespoir des siens, et une plaie pour la société?
A cet enfant, de bonne heure, apprenez donc surtout à prier, pour qu'il règle son intelligence, qu'il gouverne ses sens, qu'il tienne son cœur, pour qu'il puisse vaincre le mal en lui-même. Oui, et qu'il parvienne, avec l'aide de la grâce, a surmonter la tentation; pour qu'il soit moins malheureux, moins seul, moins abandonné dans la vie!
Ah! donnez-lui les ailes de la prière!
fuser. Si on n'obtient pas, c'est qu'on demancTe mal, et qu'on ne demande pas ce qu'il faut demander. Demander mal, c'est demander sans foi, sans persévérance; demander ce qu'il ne faut pas, c'est demander pour avoir de quoi satisfaire ses passions. (Bossuet, Sermon sur la Prière.)
Vraiment, la plus nécessaire de toutes les leçons pour un enfant, c'est bien celle-là. Et nousmêmes, redevenant enfants, comme le veut le divin Maître, tous ensemble redisons en disciples fidèles la sublime prière que Lui-même a posée sur nos lèvres.
Vous prierez donc ainsi :
(( Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien; pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés; et ne nous laissez pas succomber à la tentation, mais délivrez-nous du mal. »
Ainsi soit-il.