‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 16 sur 67 · SOTTISE D'UN ROI ÉNAMOURÉ · texte numérisé non relu

SOTTISE D'UN ROI ÉNAMOURÉ

Ils régnèrent vit. générations d'hommes, qui furent

cinq cent cinq ans, allant toujours le royaume de père en fils jusqu'audit Çandaule, tils de Myrsus, lequel, grandement épris de l'amour de sa femme, estima qu'elle était trop {beaucoup)

plus belle que toute autre. Etant en cette opinion, et ayant un archer de sa garde nommé Gigès, tils de Dascile, qui lui était sur tous agréable et auquel il commettait {ronflait) les prin-

l.iv. I,r, chap. yii-xiii.

6o = LES SOURCES D'IDÉES — CIIAP. III

cipaux de ses affaires, commença à lui haut-louer la beauté de sa femme. Et peu de temps après, comme si fût besoin que ses affaires allassent mal, il parla à lui en cette mani gès, il m'est avis que tu n'ajoutes foi à ce qu'autrefois je t'ai dit de la beauté de ma femme. Et pour autant que je sais qu oreilles des hommes sont plus lentes à croire que les yeux, je veux que tu la voies nue. » Gigès s'écria, disant : « Sire, que dites- vous? La parole n'est pas saine me commander que je regarde ma maîtresse nue. Croyez que jamais femme ne dévêt la robe pour être vue à découvert, qu'elle ne dévête quand et quand (en même temps) honte et vergogne. Davantage les anciens ont jadis inventé beaucoup de belles coutumes, lesquelles il convient apprendre d'eux, et se souvenir qu'ils ont mis cette-ci pour une : nul jette l'œil sur chose non sienne. De ma part je ne fais doute que la reine, ma maîtresse, ne soit la plus belle du monde; mais je vous supplie, Sire, ne me commandez chose qui ne soit licite. » Ainsi débattait Gigès contre le roi, craignant que de telle vue mal ne luy vînt. Le roi lui dit : « Gigès, je te prie, assure-toi et ne me crains, comme si mon propos était pour t'essayer (f 'éprouver); ne crains aussi ma femme, comme si de la part d'elle te pouvait revenir aucun dommage, car je dresserai si bien la partie qu'elle ne pourra savoir que tu l'aies vue à nu, et voici que je ferai. Tu entreras dans la chambre où nous couchons elle et moi et te cacheras derrière la porte qui sera ouverte. Quand je me retirerai, il n'y aura faute qu'elle ne se rende incontinent léans (là dedans). A l'entrée de la chambre est un banc sur lequel elle posera chacun habillement qu'elle dévêtira; lors tu la pourras voir à ton aise. Mais, quand elle se viendra mettre dans le lit et que tu lui sera à dos, donne-toi bien garde qu'elle ne te voie sortir. » Gigès, connaissant qu'il ne pouvait fuir au commandement du roi, dit qu'il était prêt d'obéir. Le soir venu qu'il sembla à Candaule heure de se retirer, il mena Gigès en sa chambre et fut incontinent suivi de la reine. Gigès la voit arriver et regarde comme elle dévêt ses habillements, puis quand elle lui a le dos tourné pour se mettre dans le lit, il sort et se dérobe ; toutefois il est aperçu de la reine, laquelle, apprenant de son mari la chose telle qu'elle était, ne sonna mot de la honte qu'elle recevait et ne fit semblant de l'avoir entendue, mais bien proposa en son esprit de se venger, car entre les Lydiens et presque près tous les Barbares il se trouve fort déshonnête que mêmement l'homme soit vu à nu. Elle donc, sans donner à connaître

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sa marrisson [tristesse) pour ce soir se tint coite, mais sitôt que le lendemain fut venu, après avoir rendu ses plus fidèles serviteurs prêts à exécuter son vouloir, elle manda Gigès, lequel, estimant qu'elle n'était avertie île ce que fait avait été, soudain s'achemina vers elle, comme qui avait accoutumé de venir souvent à son mandement. Arrivé, la reine lui entama tel pi 5, tu as de présent deux chemins à tenir,

desquels tu peux élire celui que bon te semble. Car ou il faut que tu fasses mourir mon mari, le roi Candaule, et que je sois tienne avec le royaume de Lydie, ou bien faut que tu meures

internent, afin que, n'étant plus si obéissant au roi en toutes choses, tu connaisses dorénavant ce qui ne t'est loisible, t mis a mort celui qui t'a institué {incité) ou toi qui as hardi de me regarder nue en commettant cas prohibé et défendu. » Gigès se trouva fort étonné de telle harangue, et, par ce, quand la reine eut achevé de dire, il commença supplier très humblement qu'il ne fût contraint faire telle élection. Toutefois voyant qu'il ne pouvait persuader, et que nécessairement il fallait tuer ou être tué, il choisit pour soi qu'il resterait vivant, et dit ainsi à la reine : « Madame, puisque outre mon devoir vous me contraignez tuer le roi mon maître, dites, si vous plaît, et j'écouterai par quel expédient nous pourrons

titer telle entreprise. » Elle répond : « Tu te jetteras sur le

roi du lieu même où il a fait que tu m'aies vue à nu, et regar-

qu'il soit endormi. » La délibération ainsi prise, et venue

la nuit, Gigès, sans faire !e rétif, car aussi n'avait-il moyen de

mpter et fallait nécessairement que lui ou Candaule mourût, suit la reine pas à pas jusqu'en sa chambre, laquelle lui met en main une dague et le fait cacher derrière la porte. L'embûche ainsi dressée, quand Candaule fut en son repos, ur lui et le fit trépasser, dont il eut tout moyen prendre possession de la reine et du royaume. Et de ce le poète Archilochus qui fut de ce temps-là a fait mention en un î.tmbique trimètre. Ainsi Gigès se trouva roi de Lydie. A quoi lui fut aidant un oracle répondu en Delphy.

AI'l'iN SAUVl l'A F. UN DAUPHIN (1)

■ni Arjon n'étant second à aucun de son temps en l'ail de la harpe fut le premier entre les hommes d'alors, selon que

(i l.iv. \", chap. xxn:-xxiv.

['ai entendu, lequel inventa le chant dithyrambe, lui donna nom et le mit en avant. Après avoir demeuré longtemps en la cour de Périandre, il lui prit volonté de naviguer en Italie et en Sicile, où il fit grand gain, puis voulut retourner à Corinthe. Si partit de Tarente, et ne se fiant en nulles gens tant qu'aux Corinthiens, prit d'eux à loyer d'argent un vaisseau, mais tantôt qu'ils furent en pleine mer, ils délibérèrent de le noyer pour avoir son argent. Entendant leur mauvais vouloir, il commença les prier qu'en leur quittant la bourse il eût la vie sauve; toutefois, il ne les put persuader, et lui dirent qu'il lui convenait tuer soi-même, afin d'avoir sépulture en terre, ou bien fallait qu'il se précipitât en la mer. Réduit a telle nécessité, les pria, puisqu'ainsi étaient résolus, qu'il lui fût permis se vêtir de tous ses accoutrements, et, assis sur le tillac, sonner de sa harpe, leur promettant qu'il se déferait en sonnant. Ils pensèrent au grand plaisir que ce serait d'ouïr le plus excellent en son art qui fût entre les hommes, et par ce lui accordèrent sa requête et descendirent de la poupe au milieu du navire. Arion, qui fut revêtu de tous ses accoutrements, prit sa harpe et se planta sur le tillac, puis commença sonner une aubade haute et harmonieuse, laquelle achevée, il se précipita dans la mer, aussi bien en point qu'il était. Ce voyant, les mariniers corinthiens poursuivirent chemin, tirant droit à Corinthe. Au regard d' Arion on dit qu'un dauphin le reçut sur son dos et le porta jusqu'au susdit promontoire de Ténare, où, arrivé à bord, tantôt s'achemina vers Corinthe sans rien ôter de son habillement. Là fit le conte de la fortune qui lui était advenue, mais Périandre, pour le peu de foi qu'il lui avait gardée, commanda qu'on le tînt étroitement sans le laisser aller çà ne là, et, au regard des mariniers, qu'il les eût tout soudain. Venus à son mandement, il les interrogea si n'avaient point de nouvelles d' Arion. Ils répondirent qu'il était en Italie sain et sauf, et l'avaient laissé à Tarente faisant grand'chère. Sur ces paroles fut présenté Arion avec les habillements qu'il avait quand il laissa les mariniers, dont ils furent fort étonnés, car ils se trouvaient convaincus sans rien pouvoir alléguer au contraire. Les Corinthiens donc et les Milésiens devisent ainsi de cette aventure. Au surplus, Arion posa à Ténare un petit dauphin d'airain sur lequel sied un homme à chevauchon.

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