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TRADUCTEUR DE CHALCONDYLE

S traductions d'histoires étaient si fort en faveur au seizième siècle qu'on pouvait alors lire en français les ouvrages d'historiens qui ne nous sont plus guère accessibles aujourd'hui que dans le texte ou dans des traductions latines. De ce nombre sont Appien d'Alexandrie, que

sel avait traduit (2), Zonaras, que presque simultanément Maumon et Millet de Saint-Amour entreprirent de faire parler français. De ce nombre encore est Chalcondyle, ou Chalcocondyle, un Grec du quinzième siècle qui écrivit en dix livres 1 Histoire de la décadence de V empire grec et de l'accroissement de l'empire turc. L'ouvrage de Chalcondyle eut l'avantage d'avoir pour traducteur l'un des écrivains les plus fameux de la fin du seizième siècle, Biaise de Vigenère, dont du Verdier a écrit dans sa Bibliothèque française : « Entre tous les nourrissons des muses que la France ait enfantes, Biaise de Vigenère a si bien dit que l'on estime avoir clos la porte (comme l'on dit) à tous ceux qui viendront par ci-après, soit en élégance de langage que doctrine, ainsi que témoignent ses œuvres et traductions. » On L'égalait à Jacques Amyot. Mais les qualités qu'on se plai-

(i) Nicolas Chalcondyle ou Chalcocondyle est un historien byzantin du quinsiècle. Son ouvrage en dix livres commence à la fin du treizième siècle et s'achève à l'année 1463, décrivant les progrès de l'empire turc et la ruine de Constantinople.

a A venelles et Tagault complétèrent l'œuvre de Seyssel.

sait à louer en lui nous choquent aujourd'hui comm< défauts. Sa science, qu'il étalait dans d'interminables annotations, n'est pour nous qu'indigeste et pédante érudition. Son souci de style s'appelle aujourd'hui affectation. néologismes, multipliés à plaisir, nous semblent faire tache dans sa langue. Il n'en est pas moins vrai que Vigenère occupe une place importante parmi les traducteurs. Avec lui la traduction prétend être une œuvre d'art. D'une manière très consciente, il s'efforce de rendre la qualité du style qu'il interprète. Dans un même volume il publie un fragment de Cicéron, un fragment de César et un fragment de Tacite, afin de faire sentir en français l'opposition des trois styles. Les Commentaires de la guerre des Gaules avaient été plusieurs fois traduits avant lui : il les reprend afin de leur donner une forme artistique. Dans sa traduction de la première décade de Tite-Live il cherche à conserver l'allure oratoire de l'original. Ses Chroniques et annales de Pologne, traduites de Herburt, et surtout son Histoire des Turcs, traduite de Chalcondyle, ont intéressé par le grand nombre de détails piquants qu'on y rencontre sur les mœurs, les coutumes, les croyances des Orientaux, mais aussi par les harangues très étudiées que Chalcondyle avait composées à l'imitation des grands historiens de l'antiquité, et que Vigenère a traduites avec un soin très particulier.

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