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LES OUVRAGES DE CIVILITÉ

la vie mondaine. Les arts qui permettent à l'homme ir plus efficacement, comme la morale, la polifique,

l'art militaire, ceux aussi qui lui permettent de vivre plus voluptueusement, comme sont tous les arts qui touchent au luxe, étaient tout particulièrement en honneur chez eux. Joute ils les avaient reçus des anciens, mais ils les cultivaient avec prédilection et les enrichissaient de leur génie propre. On sait tout ce que leur doivent la peinture,

ulpture, l'architecture, Part de dessiner les jardins, de

imbellir de fontaines, de jets d'eau, de parures de tout genre. Nous leur avons emprunté beaucoup dans ces divers domaines, et l'on devine combien d'idées claires ou con-

3 ont pu nous venir avec ces emprunts. C'est l'exemple des Italiens encore qui encourage les Français à cultiver leur langue, à l'épurer, à l'enrichir, à l'ennoblir de tous les grands genres littéraires que l'antiquité et l'Italie ont cultivés, à la rendre capable d'exprimer toutes les idées nouvelles. La langue italienne avait été la première en Europe

émanciper de la tutelle du latin. Elle a encouragé les autres à l'imiter. Lemaire de Belges et du Bellay éprouvent une véritable honte à sentir leur langue nationale inférieure à la langue italienne, impuissante à causer les mêmes plaisirs esthétiques. La Pléiade lutte contre les latiniseurs en reprenant les mêmes arguments que les Italiens avaient préalablement fait valoir contre eux. 11 s'agit de mettr plaisirs littéraires à la portée de tous, en France comme de l'autre côté des Alpes, de les démocratiser en quelque sorte. une Idée assez nouvelle, celle-là, et une idée d'autant plus précieuse qu'elle prépare un instrument de vulgarisati< m pour toutes les idées neuves qui cherchent à se répandre chez nous.

Mais il nous faut faire une place toute spéciale à l'idéal de la vii- de société, tel que les Italiens d'alors l'ont exprimé dans leurs œuvres. Lotir organiser la vie individuelle l'Ita-

Vst inspirée des morales anciennes, elle I usci-

ont retrouve une vie nouvelle, une vie véritable, parfois intense, car on ne se contentait pas de répéter des leçons apprise-, on appliquait les principes d'une ma-

ij6 LES SOURCES AIDÉES. CHAP. IV

nière indépendante cl parfois originale. Le stoïcisme y a séduit quelques âmes élevées, mais surtout l'épicurisme et le platonisme ont joui dans les cours italiennes d'une faveur très particulière. Laurent Valla (1) a fait la théorie de la vie épicurienne, et, avec plus ou moins de délicatesse, avec plus ou moins de sensualité, suivant les tempéraments, autour de lui beaucoup de ses contemporains la mettaient en pratique. On sait, d'autre part, combien à la cour des Médicis les ouvrages de Platon jouissaient d'une autorité souveraine. Les savants et les moralistes florentins en tirèrent une conception de la vie qui s'est exprimée dans de nombreux écrits, et qui, de proche en proche, s'est propagée dans toute l'Italie. Les principaux ouvrages de cette lignée ont passé en notre langue ; Simon Silvius a traduit le commentaire que Marsile Ficin (2) avait composé du Banquet de Platon; un traducteur obscur dont le nom mérite d'être retenu parce qu'il a fait beaucoup pour vulgariser la littérature italienne parmi nous, Jean Martin, nous adonné les Asolainsde Bembo (3). Puis vinrent les fameux romans de Gelli (4), les dialogues d'Hebreo; plus tard même les Six livres d'amour d'Équicola. Toutefois, bien que tous ces livres aient été très lus, il ne semble pas que le mouvement néo-platonicien ait eu une action profonde sur les esprits de ce côté-ci des Alpes. Le mouvement épicurien en eu davantage, mais il s'est propagé plutôt par des exemples vivants que par des livres qui n'auraient pas eu la liberté de circuler. Enfin, de part et d'autre, l'Italie ne faisait guère que répéter et appliquer des idées anciennes, et les livres anciens pouvaient à la rigueur la suppléer ici dans son rôle d'éducatrice.

(i) Né à Rome en 1405, mort en 1457. Son traité De la volupté (14JI dut en faveur de la doctrine épicurienne contre la doctrine stoïcienne.

(2) Né à Florence en 1433, mort en 1499, philosophe et philologue célèbre qui est connu surtout par ses traduction.; et commentaires de Platon et de t'iotin.

(3) Bembo, ne a Venise en 1470, mort à Ruine en IS37, tut tait cardinal en 15 39. Son ouvrage intitulé Gli Asolani est un dialogue sur l'amour. H a écrit de nombreuses œuvres en italien et en latin.

La Circè et ies Caprices du tonnelier. Jean-Baptiste Gelli est né à Florence en 1493 et il est mort en 1563. Il est encore connu par son commentaire sur Dante.

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irisation des relations mondaines, au contraire, dans la conception d'un idéal de la vie de société,

1 t'ait (envie originale. I coins italiennes grou-

paient el tenaient en contact des personnages qui disposaient de fréquents loisirs, qui pouvaient cultiver leur esprit

donner à l'étude des lettres et des arts. La présence des femmes affinait ces réunions. A mesure que les livres se vulgarisèrent et que les idées se répandirent, elle firent pins intellectuelles. Le goût de la conversation, du plaisir qu'on éprouve à échanger ses propos sans antre but que de les échanger, se fit partout très vif. On créa des académies, des cercles mondains de tout genre. On s'étudia dès lors à se rendre agréable en société. On se demanda quelles étaient les qualités qui permettaient de plaire à des hommes bien élevés, et, indépendamment de la morale et à

d'elle, on se fit un idéal de politesse et de bonnes manières. On se demanda encore quels étaient les sujets qu'on devait aborder dans les conversations, comment on devait converser, comment il convenait de se comporter

les dames, quels jeux pouvaient se jouer en société.

es besoins est née toute une littérature qui a eu pour

de faciliter la vie mondaine, de l'épurer et d'en faire en quelque sorte la théorie. Elle a eu en France une profonde influence. C'est l'exemple de l'Italie qui préparera chez nous le développement des salons au dix-septième le et le règne de l'honnête homme.

Très vite on traduisit les principaux ouvrages qui se rattachent à ce groupe. On rencontre bon nombre de volumes qui portent des titres analogues à celui-ci : S'ensuivent plusieurs gentillesses pour faire en toute bonne compagnie et aussi plusieurs recettes bonnes et utiles... Voilà les livres dont on avait besoin pour faire bonne figure dans le monde à la manière italienne. On traduisait encore des recueils de jeux, comme celui de Ringhieri, le traité de la Conversation civile, de Quazzo, sans doute un ouvi

ntiel i\\\ genre, puisque la même année deux traductions différentes en parurent, le traité de Muzio sur le duel, etc., etc. Dan.-, le Qalateo de Giovanni délia I

[j8 LES SOURCES D'IDÉES. — CHAI- [V

nous allons lire des recommandations qui nous semblent aujourd'hui bien élémentaires. Il faut croire qu'alors elles

avaient leur utilité, car la traduction de cet ouvrage eut un réel succès. On en donna des éditions où le texte italien était placé en regard du français. On en faisait donc un manuel pour l'étude de la langue italienne, et rien ne prouve mieux la faveur dont a joui chez nous le Galatco. C'était alors la consécration du succès. On le publia même plus tard en quatre langues. Il est juste d'ajouter qu'à côté de ces recommandations qui regardent la tenue extérieure, le Galatco contient bon nombre de remarques d'une portée plus générale et d'une psychologie parfois assez délicate. Mais le chef-d'œuvre du genre, c'est le Courtisan de Baldassare Castiglione, il Cortegiano, où est tracé le portrait idéal du courtisan, c'est-cà-dire de l'homme de cour. Castiglione exige qu'il soit un homme accompli au point de vue de la culture intellectuelle aussi bien que de la culture physique. Passant rapidement sur les qualités morales qui sont nécessaires à tous les hommes, il insiste seulement sur les qualités qui sont particulières à l'homme de bonne compagnie : la courtoisie, les bonnes manières, le bon goût dans la plaisanterie, surtout le naturel et la simplicité, car l'affectation est de tous les défauts celui qui dépare le plus un courtisan.

L'ouvrage de Castiglione, paru en 152S, a été traduit dès 1537 par Jacques Colin, et la traduction de Colin a été plusieurs fois réimprimée. Mais une autre traduction a été donnée à la fin du siècle par Gabriel Chappuys, et c'est celle de Gabriel Chappuys que nous citerons. Comme la traduction du Galatco que nous venons de mentionner, elle était accompagnée du texte italien.

Le nom de Gabriel Chappuys mérite d'être retenu pour le zèle infatigable avec lequel il a traduit et vulgarisé. Beaucoup d'ouvrages espagnols et italiens ont éié grâce à lui connus chez nous. Mais s'il a beaucoup produit, il travaillait trop vite, et ses traductions ont souffert de cette hâte excessive. On en peut dire autant d'un de ses contemporains, François de Belleforest, auquel il succéda dans les

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