‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 36 sur 67 · TRADUCTEUR DE GIOVANNI DELLA CASA · texte numérisé non relu

TRADUCTEUR DE GIOVANNI DELLA CASA

LE « GALATEE »

Que pensons-nous que, si l'évêque et sa compagnie, si modeste et honorable, eussent vu ces gens qui, à la manière des pourceaux, tiennent toujours la patte et mains dans le plat, sans onc {jamais) hausser le visage, et qui ont l'œil ententif {attentif) incessamment sur les viandes, je vous prie quel jugement en eussent-ils fait? Et mêmement s'ils voyaient les joues de tels gloutons tellement enflées qu'ils semblent proprement le visage illuminé d'un trompette sonnant l'alarme, ou d'un souillard de cuisine soufflant le feu, et lesquels ne mangent point, mais plutôt engloutissent comme fait l'autruche le fer et autres choses les plus solides? Et lesquels s'acharnent si bien sur la viande qu'ils se souillent les mains presque jusques aux coudes, accoutrant la nappe si ordement {salement) que quelquefois les draps de cuisine sont plus honnêtes et supportables. Et ce que je treuve encore le plus vilain, c'est qu'ils ne rougissent point de honte d'essuyer leur sueur avec la nappe ou serviette, étant si hâtés à la besogne que l'eau leur distille par toutes les parties du visage, tant est grande et excessive la gourmandise cl. pourceaux, lesquels, comblant leur vilenie, se torchent sans considération au linge du service de table. Et certes, ces gestes et contenances si débordées méritent bien qu'on les jette non

(i) Cette traduction a paru sans nom d'auteur, mais on l'attribue généralement à B-jIletorest. Giovanni délia Casa (1503-1 JJ6) est un des écrivains les plus élégants de l'Italie du seizième siècle; il écrivait en latin aussi purement qu'en ita.ieh, et ses vers n'étaient pas moins goûtés que sa prose.

Page 1