LA NOUVELLE ET SES ENSEIGNEMENTS
tout genre en font la trame, mais tout spécialement dos idées morales, des réflexions pratiques. La conversation
s'alimente de psychologie et de morale. Le tact, qui en est la qualité première, est fait de finesse à démêler les sentiments de nos interlocuteurs, à en saisir les nuances, à en deviner les moindres mouvements. Tout cela se retrouvait dans les principaux genres littéraires, et s'y retrouvait de plus en plus, à mesure que l'esprit de société les pénétrait davant
3 Italiens du seizième siècle ont beaucoup imité ace. Ils écrivaient volontiers des comédies de mœurs, où l'on représentait des personnages de toutes les conditions et de tous les âges, et qui donnaient aux lecteurs l'habitude de l'analyse psychologique. Leurs pièces, chargées d'intrigues trop complexes tombaient parfois dans la farce; mais souvent, en revanche, elles se faisaient l'écho des causeries distinguées, et en offraient l'image aux gens du monde. On y dissertait avec bonne grâce sur les questions morales les plus variées. Mais, à l'exception de quelques (eu vies de l'Arioste (1) et des Contents de Parabosco, les comédies italiennes n'ont guère été traduites en français. Il faut attendre la fin du siècle avec Larivey pour que le genre pénètre largement chez nous. C'est pourquoi nous ne nous y attarderons pas. Il a pu d'ailleurs exercer quelque influence. Ceux qui comprenaient l'italien lisaient les comédies italiennes dans leur langue originelle. Montaigne en mentionne parmi ses lectures d'enfance, et il signale des remarques qu'elles lui suggéraient sur le pédantisme.
Il lisait aussi beaucoup d'épîtres italiennes. « Ce sont grands imprimeurs de lettres que les Italiens, dit-il, j'en ai, rois-je, cent divers volumes. » La plupart de ces volumes devaient être en italien, car les lettres ne furent pas beaucoup plus traduites que les comédies. On les admirait pourtant, et, quand du Tronchet publia ses Lettres missives, il avoua sans ambages qu'il les dérobait en bonne
:. 'illustre auteur du Roland furieux (i s 16), de comédies, de satires et de vers de circonstance. Né en 1474, il pasia la majeure partie de sa vie dans les cours d'Esté et de Ferrare, et mourut en 1 5 ? ? .
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partie à nos voisins. C'était les recommander au public. Les anciens avaient écrit des lettres et nous en avaient laissé des recueils. Le genre n'était donc pas nouveau; mais Ce qui était nouveau, et ce que l'on devaità l'Italie, c'était de lui avoir donné une pareille extension et ce caractère familier, tout privé, qu'il n'avait guère dans l'antiquité, en un mot d'en avoir fait l'expression spontanée des relations mondaines. On écrivait des lettres de tout genre : des lettres politiques, des lettres d'érudition, des lettres grammaticales; la lettre d'Annibal Caro, toute faite de politesse et de badinage, qui effleure les sujets, qui achève la causerie commencée une heure avant dans un salon, n'est pas la moins originale de toutes, et il est intéressant de penser que sur cent recueils Montaigne met au premier rang celui de Caro.
Mais pour la France la nouvelle a été un véhicule d'idées beaucoup plus important encore que l'épître et que la comédie. On jugera peut-être étrange que nous allions chercher des enseignements dans des œuvres qui ne visaient qu'à plaire. Certes, les auteurs de nouvelles ne s'étaient pas proposé de moraliser, et j'accorde encore que les lecteurs français, lorsqu'ils ouvraient le livre de Bandello, y cherchaient tout autre chose que des leçons. Je suis persuadé cependant que sans y prétendre les nouvelles les instruisaient, qu'elles affinaient leurs esprits et les enrichissaient. Elles ne leur apprenaient peut-être pas les vertus, particulièrement les vertus domestiques, et personne n'aura l'idée fantasque de déguiser Boccace en maître de morale; mais ces récits touchaient à mille questions qui intéressent la vie pratique; ils mettaient en scène des personnages appartenant à toutes les conditions, spécialement des seigneurs et des personnes cultivées. A mesure que le souci d'art se faisait plus impérieux, les auteurs mettaient plus de réalité dans leurs peintures, ils parlaient avec plus de sérieux des problèmes moraux, ils analysaient avec plus de vraisemblance les caractères de leurs personnages. Quand ils présentaient au public des personnes de qualité, ils se souciaient de leur faire parler la langue, de leur prêter les sen-