‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 43 sur 67 · GUILLAUME CAPPEL · texte numérisé non relu

GUILLAUME CAPPEL

ront pas, tu ne leur dois pas aussi tenir. Sur quoi tu n'auras jamais faute d'excuses suffisantes pour coulourer cela que tu ne leur as pas tenu ; et s'en pourraient alléguer infinis exemples du temps présent, montrant combien de paix et combien de promesses oni été faites en vain, et mises en néant par l'infidélité des princes, et qu'à celui qui a mieux su faire le regnard, il lui est mieux pris. Mais il est besoin de savoir bien cacher et couvrir cette nature, bien feindre et déguiser, car les hommes sont tant simples et obéissent si bien à la nécessité et aux affaires

lits que celui qui veut abuser trouvera toujours quelqu'un qui se laissera tromper. Je ne veux pas d'entre les exemnouveaux en laisser passer un. Alexandre VI ne fit jamais rien que piper le monde, et jamais ne pensa d'autre chose, trouvant sujet propre à ce faire; onques {jamais) homme n'eut plus grande efficace pour assurer quelque cas, et qui affermât avec plus grands jurements, mais qui moins l'observât. Et toutefois ses trousses {affaires) lui vindrent toujours à souhait, d'autant qu'il entendait ce point. Il n'est pas donc ssaire à un prince d'avoir toutes ces qualités dessus nom-

: mais il faut bien qu'il fasse montre de les avoir. Encore

-t-il bien dire cela que, s'il les a, et s'il les observe toujours, elles lui porteront dommage. Mais faisant beau semblant de les avoir, alors elles sont profitables, comme de sembler être pitoyable, fidèle, dévotieux, humain, vertueux, et de l'être aussi ; mais arrêter son esprit à cela que, s'il le faut être, on le soit, et qu'on sache bien aussi user du contraire. Faut aussi noter qu'un prince, même quand il est nouveau, il ne peut bonnement garder toutes ces conditions par lesquelles les hommes sont estimés de bien; pource qu'il est souvent contraint pour maintenir ses États de se gouverner contre la foi, contre la charité, contre l'humanité et contre la religion. Pourtant il faut qu'il aie un entendement prêt à tourner selon que le vent et changement de fortune lui commandera,

imme j'ai déjà dit, faire toujours bien, s'il peut, mais savoir entrer au mal, quand il en sera contraint. Il doit aussi bien soigneusement prendre garde qu'il ne lui sorte de la bouche propos qui ne soit plein des cinq complexions que j'ai

s nommées, et qu'il ne semble-à l'ouïr parler et voir autre

• que toute miséricorde, toute fidélité, toute bonté, toute débonnaireté et toute religion, desquelles il n'y a rien plus

■aire pour sembler avoir les autres que la religion., (.ailes hommes, en général, jugent plutôt aux yeux qu'aux mains;

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d'autant qu'un chacun peut voir facilement, mais connaître bien peu ; tout le monde voit bien ce que tu semblés par dehors, mais bien peu savent ce qu'il y a dedans, et ces peu-là n'osent contredire à l'opinion de plusieurs, qui ont de leur côté la majesté du royaume qui les défend. Pource qu'aux actions et de tous les hommes, et singulièrement des princes, desquelles on ne peut appeler à quelque autre juge, on regarde volontiers quelle a été l'issue. Qu'un prince donc fasse son but de vivre et maintenir ses États, les moyens seront toujours estimés honorables et loués d'un chacun, pource que le vulgaire ne juge que de ce qu'il voit et de ce qui advient. Or, en ce monde, il n'y a que le vulgaire; car le petit nombre a lieu quand le plus grand nombre n'a pas sur quoi s'appuyer et soutenir. Un prince de notre temps, lequel n'est besoin de nommer, ne chante d'autre chose que de paix et de foi, lesquelles s'il eût bien gardées, il eût souvent perdu ses États et sa réputation.

JACQUES GOHORRY

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