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LA PHILOSOPHIE MORALE

tout de faire étalage de leur mémoire plus que de leur jugement, condamnait si sévèrement Antoine de Que-

(1). Mais je crois bien que ces défauts de critique, de goût et de mesure furent plutôt une recommandation pour la masse du public fiançais, comme elle en avait été une pour le public espagnol Les délicats protestaient, mais autres étaient éblouis. Ce que le traducteur français admire tout particulièrement en ce livre, c'est la grande science de son auteur en toutes choses, « car il n'y a nul si étrange (hors, de sens commun qui ne confesse franchement que l'auteur ne soit fort bien versé es arts inférieurs, philosophie, jurisprudence, médecine et théologie . Guevara avait intitulé son œuvre : Epîtres familières. Elles n'avaient de familier que le nom. En France on en fut si émerveillé qu'on les appela épîtres dorées . Traduites en 1556 pour le premier livre, en 1558 pour le deuxième et le troisième, elles furent sans cesse réimprimées jusqu'à la fin du siècle (2).

Un autre ouvrage de Quevara ne fut pas accueilli moins favorablement. C'est Y Horloge des princes qui, traduit dès 1531 par Berthaut, le fut de nouveau en 1555 pard'Herberay des Essarts. Cette traduction, qu'un pareil nom recommandait aux lecteurs, fut continuée en 1580 par la traduction de l' Horloge de Marc-Aurèif. C'est une compilation du même genre qui se réimprimera jusque fort avant dans le dix-septième siècle, et qui fournira à La Fontaine la source de son Paysan du Danube. On lut encore de Quevara le Mépris de la cour qui fut traduit à deux reprises, et le Favori de cour, deux ouvrages d'un intérêt particulier pour les courtisans. Tous les deux sont imités du Cortegiano de Castiglione. Mais un succès plus grand encore était réservé à un disciple de Quevara, Pedro di Mexia, appelé par nos traducteurs Pierre de Messie.

I es Leçons de Pierre de Messie peuvent être regardées comme une œuvre «de littérature européenne. Elles ont été

11s, I, 4>v quatrième livre fut ajouté dans l'édition de 1584.

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traduites dans toutes les langues. Messie revenait à une forme plus simple, moins lourde et moins pédante. Ses chapitres sont relativement courts et sobres. Du moins on en juge ainsi lorsqu'on prend son livre après celui de Guevara. Les sujets traités sont d'ailleurs très semblables. Pourquoi vivaient les hommes jadis plus longtemps qu'ils ne font en cet âge. — Que l'opinion de ceux qui « pensent les ans du temps passé avoir été plus courts est

< fausse. Quelle fut la première ville du monde; et que nos anciens pères ont eu plus d'enfants que ceux qui sont

« nommés dans la Sainte Écriture. » — Voici maintenant des sujets historiques qui se rapportent à des époques moins reculées : « De deux femmes dont l'une en habits « d'hommes fut faite pape, et l'autre impératrice. - Du « commencement des amazones et de plusieurs choses

< notables qu'elles ont exécuté. - De l'antiquité de Cons- « tantinople, et comme elle fut conquise par les Turcs.

« De quelle race et nation fut Mahomet, et en quel temps

< sa secte prit son origine. » — Mais ce qui domine, ce sont les sujets moraux traités au moyen de force exemples et force sentences empruntés à l'antiquité. « De l'excellence « du secret, et comme il se doit garder, avec aucuns bons « exemples à ce propos. — Combien est louable le peu « parler. »

Les allégations sont partout en nombre considérable. L'érudition de Messie n'est pas de meilleur aloi que celle de Guevara. Elle est puisée aux mêmes sources. Bien plus, Messie semble démarquer quelques lettres de Guevara. En France la traduction que donna Claude Gruget au milieu du siècle (1552) fut fréquemment réimprimée. Elle .suscita même des continuateurs. En 1577 du Verdier publiait la Suite des diverses leçons de Pierre Messie; puis au début du dix-septième siècle Louis Guyon continuait à son tour du Verdier. Quelques années plus tard on traduisait en anglias les Leçons de Messie, de du Verdier et de Guyon.. en y joignant des compositions semblables de l'Italien Sansovino, et à cette volumineuse compilation on donnait le nom de Trésor des temps anciens et modernes. Rien ne peut mieux

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qu'une telle appellation faire comprendre l'intérêt el le

profit que Us contemporains trouvaient élans ces petites

rtations pour nous souvent insipides.

n'est pas tout. Les livres de (iuevara et de Messie

provoquèrent en France une littérature fort abondante.

de Bouavstau, de Jean de Marcouvillc, ^vn-

tilliomiue percheron, de Pierre Breslay, Angevin, de Jean

des Caurres, qui sont les principaux représentants de ce

genre, ne méritent plus d'être lus aujourd'hui. Quelquesuns d'entre eux n'en ont pas moins joui d'une vogue considérable. Ils se contentaient bien souvent de traduire, ou même de copier des traducteurs. Mais qu'importe? Ils rendaient néanmoins service à leurs contemporains, en leur redisant toujours les mêmes choses, en vulgarisant des connaissances dont on était avide, en assouplissant les imaginations par tant d'idées et de faits qu'ils les obligeaient à admettre, en élargissant l'horizon intellectuel, en habituant les esprits à réfléchir sur toutes sortes de questions, et principalement sur les problèmes de la vie pratique. A tout prendre, c'est au bout de cette route que nous trouverons les immortels Essais de Michel de Montaigne. Et sans dotite un abîme séparera les Essais des productions que je viens de rappeler; mais c'est souvent des mêmes sujets que les Essais nous entretiendront, c'est dans le même cadre qu'ils se. couleront d'abord. N'est-ce pas quelque chose après tout que de les avoir préparés?

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GUTERRY

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