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LES DIVERSES LEÇONS

:'e de Diogène Cynique et de ses sentencieuses propositions et réponses (1).

Il y a cinq Diogènes, qui tous ont mérité qu'on fît mention d'eux: touiefois nous parlerons seulement de Diogène Cynique, qui fut excellent en vie et doctrine; les mœurs et conditions duquel furent étranges, et, néanmoins étaient fondées en vertu et bonté. Il vécut toujours en pauvreté volontaire, sant son corps en toute peine et travail. En été il se couchait sur le sable à la vue du soleil pour se rendre patient à supporter le chaud, et en hiver il embrassait les statues de neige pour s'accoutumer au froid. Il mangeait grosses viandes et mauvaises, afin de n'avoir jamais faute de vivres. Il n'avait point de lieu arrêté pour sa demeure : en quelque lieu que ce fût il buvait, mangeait et dormait. Il ne parlait qu'il n'en fût in, et ne vêtait le jour que la même robe dont il se couvrait la nuit. Il avait une poche où il mettait sa viande {nourriture) telle quelle, et un bâton lui servait de cheval quand il était malade. Il avait une écuelle de bois, en laquelle il buvait allant par les champs; mais il la rompit, voyant un enfant boire en sa main, et, mettant en pièces, dit :« Il n'est besoin chercher instrument pour boire, puisque nature m'en a donné un. «Autant

v. rr, chap. xxv.

en fit-il d'un tailloir de bois, voyant qu'un autre en avait fait un de son pain. Ce philosophe passa la plus grande part de sa en Athènes, où il s'était retiré pour avoir été banni de son : Pour logis il eut par long espace de temps un tonneau défo Il ne se prisait de chose quelconque, fors de la vertu et de n'avoir commis péché : tout le reste des honneurs et richesses ne lui étaient rien, les déprisait et aussi ceux qui le tient.

11 était coutumier de dire qu'il s'émerveillait fort de ce que les hommes querellaient et se tuaient l'un l'autre pour l'honneur d'un saut et d'un pas; mais, de contendre (combattre) à qui serait plus vertueux, il n'en était aucune mémoire. Il accomparait le riche ignorant à la brebis d'or; et, quand il demandait quelque chose qui lui était nécessaire, il disait qu'il ne demandait pas, mais répétait (réclamait), donnant à entendre que ce qu'a le riche procède du pauvre. Il faisait une autre chose, laquelle, pour apparence qu'elle eût de folie, si (pourtant) avaitelle en soi quelque mystère. Car maintes fois il allait aux in de pierre leur demander l'aumône, comme si elles eussent été personnes vives (vivantes) ; et disait faire telle chose pour s'accoutumer à patience, lorsque les hommes lui refuseraient. Et quand il demandait l'aumône en quelque sorte que ce fût, il usait de ces termes : « Si tu es coutumier de donner aux pauvres, baille-moi quelque chose, car je suis le plus nécessiteux de tous; et si tu n'as encore donné à personne, commence à me faire présent. » Un jour il entra au logis d'un homme qui autrefois avait été fort riche et prodigue, et néanmoins était devenu pauvre, si (5/ bien) qu'alors il ne se soupait que de laitues amères. Au moyen de quoi lui dit : « Si tu eusses toujours ainsi mangé, tu ne souperais pas maintenant de telle sorte», voulant lui donner à entendre que le trop qu'il avait fait auparavant l'avait réduit à ce peu. Une autre fois quelqu'un lui demanda quelle morsure de bête était la plus dangereuse, et il lui répondit : « Quant aux bêtes furieuses, celle du maldisant, et quant aux douces, celle de l'adulateur. » On lui demanda encore pourquoi l'or était jaune ou, pour mieux dire, pâle : « Pource, dit-il, que chacun l'assaut et tient en aguet. » Quelqu'un l'enquit (lui demanda), devisant avec lui, s'il n'avait point de serviteur, dit que non, et l'autre lui répliqua qui l'ensevelirait après sa mort : « Celui, dit-il, qui voudra demeurer en ma maison. » Interrogé d'aucun quand on se devait marier : « Le jeune, dit-il, se mariera bien tout à temps, quant au vieil, il n'en est plus de besoin. » Par là voulait-il inférer qu'il était bon ne se point

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