RÉCITS FRANÇAIS L>E VOYAGES
ciences vraiment chrétiennes. Fréquemment on reprend le grand projet d'unir contre eux tous les pays de l'Europe,
de partir pour la croisade sainte et de les rejeter en
■ l'idée chère à Guillaume Postel, par exemple, dans Histoires orientales, principalement des Turcs ou Turchiques, et Scytliiques, ou Tartaresques, et autres qui en sont descendus (1). 11 espérait qu'en les faisant connaître il inciterait ses contemporains à combattre les Turcs. Son ouvrage présente un autre intérêt : Guillaume Postel était allé deux fois en Orient; aussi ses histoires abondent en observations sur les mœurs et la religion des habitants. Un autre ouvrage pourtant eut plus de succès encore que celui de Postel, c'est la relation que donna de ses - pérégrinations en Orient Nicolas de Nicolaï. Au grand scandale de la chrétienté, les derniers Valois se sont parfois alliés au sultan. Ils ont entretenu avec lui des relations diplomatiques, lui ont envoyé des ambassades. C'était une raison de plus poulies Français de diriger leur attention vers les Turcs. Nicolas de Nicolaï est un gentilhomme du Dauphiné, qui voyagea dans toutes les parties de l'Europe. Pour faciliter la tâche des Français qui entreprenaient des expéditions sur mer, et peut-être aussi pour son utilité personnelle, il traduisit un traité De l'art de naviguer en huit livres, écrit en espagnol par Pierre de Médine. 11 était géographe du roi Henri II et gentilhomme de sa chambre. Ses fonctions le conduisirent à composer des descriptions de quelques provinces de la France, mais elles sont restées manuscrites. Par ordre du roi il accompagna d'Aramont dans son ambassade à Constantinople, où H observa beaucoup de particularités curieuses. La relation de ce voyage est le principal de ses écrits, et aussi le principal ouvrage qui ait été composé chez nous à cette époque sur la Turquie.
La première édition parut en 1540, mais eile est très incomplète. I' fuit voir ia seconde édition ( 1^601, qui fut publiée après le second voyage de Vo tel en Turquie, ou la troisième 1 > 7 5 )T qui reproduit la seconde en modifiant ment le plan de l'ouvrage. Gui laume f'ostel 1 s 1 o- 1 s 8 1 lest un thé >1 naire qui, disgracié par François I,r, mena une existence vagabonde et aventureuse, et laissa des écrits très nombreux, quelquefois savants, le plus souvent fantasques.
Elle a été traduite en italien, en espagnol, en anglais. On trouvait encore beaucoup d'idées sur les pays étrangers, Turquie, Extrême Orient et Extrême Occident dans les « cosmographies du temps. Ce sont des compilations où l'on recueille tout ce qu'ont enseigné les voyageurs et les historiens sur les différentes parties du monde. Elles n'apportent pas d'idées nouvelles à proprement parler, mais elles répètent celles que d'autres ont déjà fait connaître, elles les vulgarisent; disons plus : comme elles font parfois des emprunts à des ouvrages étrangers, elles jouent, dans une certaine mesure, le rôle de traductions. A l'exemple de Sébastien Munster, André Thevet et François de Belleforest publièrent presque en même temps (1575) de volumineux recueils de ce genre. Thevet est infatigable à parler des pays lointains. Comme il invente sans scrupule, le travail ne lui coûte guère. Il a publié une Cosmographie du Levant.çX diverses cartes et globes, avant de donner sa Cosmographie universelle. Il fut cosmographe de quatre rois successifs. Il accumula dans ses ouvrages beaucoup de mensonges et d'erreurs grossières. On le représenta, nous dit-on, sous deux figures : la première en habit de cordelier (il avait, au début de sa vie, porté cet habit), la seconde en séculier avec un livre sur la tête qui figurait ses volumineux ouvrages. Au bas de la première était ce vers : « Ane jadis sous ma grise vêture »; au bas de la seconde : « Plus âne encore sous cette couverture. » Thevet n'en avait pas moins ses admirateurs, tant il apportait de « délectation aux esprits. Les principaux poètes de son temps lui ont dédié des vers flatteurs, à l'occasion de sa cosmographie, et le bibliographe du Verdier parle de lui avec grand éloge. Belleforest mérite peut-être encore moins d'autorité que Thevet : il n'avait pas plus de scrupules que lui, et il ne pouvait pas, comme Theve*, se targuer de ses voyages et se faire fort de son expérience : il n'avait jamais quitté son cabinet. Leurs cosmographies, à l'un et à l'autre, ont rendu des services, et ont comblé d'aise l'insatiable et indiscrète curiosité de leurs contemporains, mais ce sont des ouvrages d'une extrême médiocrité.
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