LES SINGULARITÉS DE LA FRANCE ANTARCTIQUE
Comme ces barbarts font mourir leurs entumis qu'ils ont pris en nuerre, et Us mangent (1).
Après avoir déclaré comme les sauvages de toute l'Amérique mènent leurs ennemis prisonniers en leurs logettes et tûgures [cabanes), les ayant pris en guerre, ne reste que déduire {exposer) comme ils les traitent à la fin du jeu. Ils en usent donc ainsi. Le prisonnier rendu en leur pays, un ou deux, autant de plus que de moins, sera fort bien traité, ou cinq jours après on lui baillera une femme, par aventure la fille de celui auquel sera le prisonnier, pour entièrement lui administrer ses néces- .1 la couchette ou autrement. Cependant, est traité des meilleures viandes (aliments) que l'on pourra trouver, s' étudiant à l'engraisser, comme un chapon en mue, jusques au temps de le faire mourir. Et se peut icelui temps facilement connaître par un collier fait de fil de coton, avec lequel ils enfilent certains fruits tout ronds, ou os de poisson ou de bête, faits en façon de patenôtres, qu'ils mettent au col de leur prisonnier; et OÙ auront envie de le garder quatre ou cinq lunes, pareil nombre S patenôtres ils lui attacheront, et les lui ôtent a mesure que les lunes expirent, continuant jusques à la dernière: et quand il n'en reste plus, ils le font mourir. Aucuns {certains), au lieu de ces patenôtres leur mettent autant de petits colliers au col, comme ils ont de lunes à vivre. Davantage, tu pourras ici noter que a îS ne comptent sinon jusques au nombre
de cinq, et n'observent aucunement les heures du jour, ni les
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jours mêmes, ni les mois, ni les ans, mais comptent seulement par lunes. Telle manière de compter fut anciennement commandée par Solon aux Athéniens, à savoir d'observer les i par le cours de la lune. Si de ce prisonnier et de la femme qui lui est donnée proviennent quelques enfants le temps qu'ils sont ensemble, on les nourrira une espace de temps, puis ils les mangeront, se recordant (se rappelant) qu'ils sont enfants de leurs ennemis. Ce prisonnier ayant été bien nourri et engraissé, ils le feront mourir, estimant cela à grand honneur. Et pour la solennité de tel massacre, ils appelleront leurs amis plus lointains pour y assister et en manger leur part. Le jour du massacre il sera couché au lit, bien enferré de fers (dont les chrétiens leur ont donné l'usage), chantant tout le jour et la nuit telles chansons : « Les Margageas nos amis sont gens de bien, forts et puissants en guerre ; ils ont pris et mangé grand nombre de nos ennemis; aussi me mangeront-ils quelque jour quand il leur plaira; mais de moi [quant à moi) j'ai tué et mangé des parents et amis de celui qui me tient prisonnier »; avec plusieurs semblables paroles. Par cela pouvez connaître qu'ils ne font compte de la mort encore moins qu'il n'est possible de penser. J'ai, autrefois, pour plaisir, devisé avec tels prisonniers, hommes beaux et puissants, leur remontrant s'ils ne se souciaient autrement d'être ainsi massacrés, comme du jour au lendemain. A quoi me répondant en risée et moquerie : « Nos amis, disaient-ils, nous vengeront » et plusieurs autres propos, montrant une hardiesse et assurance grandes. Et si on leur parlait de les vouloir racheter d'entre les mains de leurs ennemis, ils prenaient tout en moquerie. Quant aux femmes et filles que l'on prend en guerre, elles demeurent prisonnières quelque temps, ainsi que les hommes, puis sont traitées de même, hormis qu'on ne leur donne point de mari. Elles ne sont aussi tenues si captives, mais elles ont liberté d'aller çà et là. On les fait travailler aux jardins et à pêcher quelques huîtres. Or retournons à ce massacre. Le maître du prisonnier, comme nous avons dit, invitera tous ses amis à ce jour, pour manger leur part de ce butin, avec force cahouin, qui est un bruvage fait de gros mil avec certaines racines. A ce jour solennel, tous ceux qui y assistent se pareront de belles plumes de diverses couleurs ou se teindront tout le corps. Celui spécialement qui doit faire l'occision se mettra au meilleur équipage qu'il lui sera possible, ayant son épée de bois aussi richement étoffée de divers plumages. Et tant plus le prisonnier verra faire les