ANDRÉ THEVET
ur mourir et plus il montrera signes de joie. Il sera donc mené bien lié et garrotté de cordes de coton en la place publique, accompagné de dix OU douze mille sauvages du p. ennemis. Là sera assommé comme un porceau,
après plusieurs cérimonies. Le prisonnier mort, sa femme qui lui avait été donnée fera quelque petit deuil. Incontinent le corps étant mis en pièces, ils en prennent le sang et en lavent leurs petits enfants mâles, pour les rendre plus hardis, comme ils disent, leur remontrant que, quand ils seront venus à leur
ils fassent ainsi à leurs ennemis. Dont faut penser qu'on leur en fait autant de l'autre part, quand ils sont pris en guerre.
irps, ainsi mis par pièces et cuit à leur mode, sera distribué à tous, quelque nombre qu'il y ait, à chacun son morceau.. Quant aux entrailles, les femmes communément les mangent, et la tête, ils la réservent à pendre au bout d'une perche, sur leurs logettes, eu signe de triomphe et victoire; et spécialement prennent plaisir à y mettre celles des Portugais. Les Cannibales et ceux du Côté de la rivière de Marignan sont encore plus cruels aux Espagnols, les faisant mourir plus cruellement sans comparaison, et puis les mangent.
Il ne se trouve par les histoires nation, tant soit-elle barbare, qui ait usé de si excessive cruauté; sinon que Josèphe écrit que, quand les Romains allèrent en Jérusalem, la famine, après avoir tout mangé, contraignit les mères de tuer leurs enfants et en manger. Et les Anthropophages, qui sont peuples de
lie, vivent de chair humaine comme ceux-ci. Or, celui qui a fait ledit massacre, incontinent après se retire en sa maison, et demeurera tout le jour sans manger ne boire, en son lit, et s'en abstiendra encore par certains jours, ne mettra pied à terre aussi de trois jours. S'il veut aller en quelque part, se fait porter, ayant cette folle opinion que, s'il ne faisait ainsi, il lui arriverait quelque désastre ou même la mort. Puis après, il fera avec une petite scie, faite de dents d'une bête nommée agoutin plusieurs incisions et pertuis au corps, à la poitrine et autres parties, tellement qu'il apparaîtra tout déchiqueté. Et la raison, ainsi que je m'en suis informe à quelques-uns, est qu'il fait cela par plaisir, réputant à grand'gloire ce meurtre par lui commis en la personne de son ennemi. Auquel voulant remontrer la cruauté de la chose, indigné de ce, me renvoya très bien, disant que c'était grand'honte à nous de pardonner à nos ennemis, quand les avons pris en guerre, et qu'il est trop meilleur les faire mourir, afin que l'occasion leur soit ôt
faire une autre fois la guerre. Voilà de quelle discrétion se gouverne ce pauvre peuple brutal. Je dirai davantage à ce pr que les filles usent de telles incisions par le corps, l'e trois jours continus, après avoir eu la première purgation femmes, jusques à en être quelquefois bien malades. Ces mêmes jours aussi s'abstiennent de certaines viandes, ne sortant aucunement dehors, et sans mettre pied à terre, comme déjà nous avons dit des hommes, assises seulement sur quelque pierre accommodée à cet affaire.
La religion et manière de vivre de ces pauvres Canadiens, et comment ils résistent au froid (1).
Ce peuple en sa manière de vivre et gouvernement approche assez près de la loi de nature. Leur mariage est qu'un homme prendra deux ou trois femmes sans autre solennité, comme les Amériques, desquels avons jà parlé. De leur religion, ils ne tiennent aucune méthode ne cérémonie de révérer ou prier Dieu, sinon qu'ils contemplent le nouveau croissant appelé en leur langue osannaha, disant qu'Andouagni l'appelle ainsi, puis l'envoie peu à peu qu'elle avance et retarde les eaux. Au reste, ils croient très bien qu'il y a un créateur plus grand que le soleil, la lune ne les étoiles et qui tient tout en sa puissance, et est celui qu'ils appellent Andouagni, sans avoir toutefois forme ne aucune méthode de le prier, combien qu'en aucune région de Canada ils adorent des idoles, et en auront aucunes fois de telles en leurs loges, quarante ou cinquante, comme véritablement m'a récité un pilot {pilote) portugais, lequel visita deux ou trois villages et les loges où habitaient ceux du pays. Ils croient que l'âme est immortelle et que, si un homme verse (se conduit) mal, après la mort un grand oiseau prend son âme et l'emporte; si au contraire, l'âme s'en va en un lieu décoré de plusieurs beaux arbres et oiseaux chantant mélodieusement. Ce que nous a fait entendre le seigneur du pays de Canada, nommé Donacova Aguanna, qui est mort en France bon chrétien, parlant français, pour y avoir été nourri quatre ans. Et pour éviter prolixité en l'histoire de nos Canadiens, vous noterez que les pauvres gens universellement sont affligés d'une froideur perpétuelle, pour l'absence du soleil, comme
(i) Chap. lxxvii.
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pouvez entendre. Us habitent par villages et hameaux en certaines maisons faites à la façon d'un demi-cercle, en grandeur
et dix de largeur, couvertes d'éc d'arbres, les autres de joncs marins. Et Dieu sait si le froid
pénètre, tant mal bâties, mal couvertes et mal appii tellement que bien souvent les piliers et chevrons fléchissent et tombent pour la pesanteur que cause la neige étant dessus.
ibstant cette froidure tant E . ils sont puissants
et belliqueux, insatiables de travail. Semblablement sont tous
ptentrionaux ainsi courageux, les uns plu autres moins, tout ainsi que les autres tirant vers l'autre pôle,
.dément vers les tropiques et équinoctial sont tout au contraire, pource que la chaleur si véhémente de l'air leur tire dehors la chaleur naturelle et la dissipe, et par ainsi sont chauds seulement par dehors et froids au dedans. Les autres ont la chaleur naturelle serrée et contrainte dedans par le froid extérieur qui les rend ainsi robustes et vaillants; car la force et faculté de toutes les parties du corps dépend de cette naturelle chaleur. La mer, à l'entour de ce pays, est donc glacée tirant au nord, et ce pour être trop élongnée du soleil, lequel d'orient en occident passe par le milieu de l'univers, obliquement toutefois. Et de tant plus que la chaleur naturelle est grande, d'autant mieux se fait la concoction et digestion des viandes dans
mac; l'appétit aussi en est plus grand. Ainsi ce peuple de septentrion mange beaucoup plus que ceux de la part opposite (du côté opposé), qui est cause que bien souvent en ce Canada y a famine, joint que leurs racines et autres fruits, desquels se doivent sustenter et nourrir toute l'année, sont
. leurs rivières pareillement, l'espace de trois ou quatre mois. Nous avons dit qu'ils couvrent leurs maisons d'écorces de bois; aussi en font-ils barques. p<»ur pécher en eau douce et salée. Ceux du pays de Labrador, leurs voisins (qui furent découverts par les Espagnols pensant de ce côté trouver un détroit pour aller aux i! luques nu sont les épiceries).
sont pareillement sujets a ces froidures et couvrent leurs logettes de peaux de poissons et de bétes sauvages, comme aussi plusieurs autres Canadiens. Davantage lesdits Canadiens habitent en COmmunité ainsi que les Amériques, et la travaille chacun selon ce qu'il sait faire. Aucuns font pots de terre, les autres
. écuelles et cuillers de bois; les autres arcs et tiédies, paniers, quelques autres habillements de peaux dont il couvrent contre le froid. Les femmes labourent la terre et la
remuent avec certains instruments faits de longue et sèment les grains, du mil spécialement, gros comme
et de diverses couleurs, ainsi que l'on plante les légumes par deçà. La tige croît en façon de canne à sucre portant tro quatre épis, dont y en a toujours un plus grand que les au1 de la façon de nos artichauts. Ils plantent aussi des fèves p et blanches comme neige, lesquelles sont fort bonnes. 1! trouve de cette espèce en l'Amérique et au Péru. Il y a davantage force citrouilles et coucourdes, lesquelles ils mangent cuites à la braise, comme nous faisons les poires de par deçà. Il y a en outre une petite graine fort menue, ressemblant à la graine de. marjolaine, qui produit une herbe assez grande. Cette herbe est merveilleusement estimée; aussi la font-ils sécher au soleil, après en avoir fait grand amas, et la portent à leur col ordinairement en de petits sachets de peaux de quelque bête, avec une manière de cornet percé, où ils mettent un bout de cette herbe ainsi séchée, laquelle ayant frottée entre leurs mains, y mettent le feu, et en reçoivent la fumée par la bouche par l'autre bout du cornet; et en prennent en telle quantité qu'elle sort par les yeux et par le nez ; et se perfument ainsi à toutes heures du jour. Nos Amériques ont une autre manière de se perfumer, comme nous avons dit ci-devant.
Des habillements des Canadiens, comme ils portent cheveux, et du traitement de leurs petits enfants (1).
Ces Canadiens, trop {beaucoup) mieux appris que les habitants de l'Amérique, se savent fort bien couvrir de peaux des bêtes sauvages, avec leur poil, accoutrées à leur mode, ainsi que déjà nous avons touché, par aventure contraints pour le froid, et non autrement; laquelle occasion ne s'est présentée aux autres, qui les a faits demeurer ainsi nus, sans aucune vergogne l'un de l'autre. Combien que ceux-ci, j'entends les hommes, ne sont totalement vêtus, sinon enveloppés d'une peau pelue, en façon d'un davanteau {tablier) pour couvrir le devant et parties honteuses, le faisant passer entremi {entre, au milieu de) les jambes fermées à boutons sur les deux cuisses ; puis ils se ceignent d'une large ceinture qui leur affermit tout le corps, bras et jambes nues; hormis que par-sus le tout ils portent un grand manteau
(i. Chap. Lxxviii.