‹ Les sources d'idées, textes choisis et commentésChapitre 60 sur 67 · ANDRÉ THE VET · texte numérisé non relu

ANDRÉ THE VET

de peaux cousues ensemble, si bien accoutrées comme si le plus

habile pelletier y avait mis la main. Les manteaux sont faits les uns de loutre, ours, martres, panthères, renards, lièvres, . connins {lapins) et autres peaux conrayées (corroyées, travaillés poil; qui a donné argument, à mon avis,

à plusieurs ignorants de dire que les sauvages étaient velus. Aucuns ont écrit que Hercule de Lybie. venant en France, trouva le peuple vivant presque à la manière des sauvages, qui

. tant aux Indes de Levant qu'en l'Amérique, sans nulle civilité; et allaient les hommes et femmes presque tout nus; les autres étaient vêtus de peaux de diverses espèces de bêtes. Ainsi a été la première condition du genre humain, étant au commencement rude et mal poli, jusques à ce que, par succession de temps, nécessité a contraint les hommes d'inventer plusieurs choses, pour la conservation et maintien de leur vie. Encore sont en cette rude incivilité ces pauvres sauvages, admirant notre vêtement de quelle matière et comment il est ainsi bâti, jusques à demander quels arbres portaient cette matière, comme il m'a été proposé en l'Amérique, estimant la laine croître es arbres, comme leur coton. L'usage de laquelle par longtemps ignoré, et fut inventé, comme veulent plusieurs, par les Athéniens et mise en œuvre. Les autres l'ont attribué à Pallas, pource que les laines étaient en usage avant les Athéniens, que leur ville fut bâtie. Voilà pourquoi les Athéniens l'ont merveilleusement honorée et eue en grande révérence, pour avoir reçu d'elle ce grand bénéfice. Et par ainsi est

.mblable que lesdits Athéniens et autres peuples de la Grèce se vêtaient de peaux, à la manière de nos Canadiens et à la similitude du premier homme, comme témoigne saint

ne, laissant exemple à la postérité d'^n user ainsi et non aller tout nus. En quoi ne pouvons assez louer et reconnaître Dieu, lequel par singulière affection, sur toutes les autres par-

du monde, aurait uniquement favorisé à notre Europe, à parler comme ils portent les cheveux, c'est à savoir autrement que les Amériques. Tant hommes que femmes portent les cheveux noirs fort longs, et y a cette différence seulement que les hommes ont les cheveux trousses sur la tête, comme une queue de cheval, avec chevilles de bois à travers, et là-dessus une peau de tigre, d'ours ou autres bêtes, tellement qu'à les voir accoutres en telle sorte, l'on les jugerait ainsi déguisés vouloir entrer en un théâtre, ressemblant mieux aux portraits d'Hercule, que faisaient pour récréation les anciens

Romains, el comme nous le peignons encore aujourd'hui, qu'à autre chose. Les autres se ceignent et enveloppent la tête de martres zebelines, ainsi appelées du nom de la région située au nord, où cet animal est fréquent, lesquelles nous estimons précieuses par deçà pour la rareté et pour ce telles peaux sont réservées pour l'ornement des princes et grands seigneurs, ayant la beauté conjointe avec la rareté. Les hommes ne portent aucune barbe, non plus que ceux du Brésil, pource qu'ils l'arrachent selon qu'elle (à mesure qu'elle) pullule. Quant aux femmes, elles s'habillent de peaux de cerfs préparées à leur mode, qui est très bonne et meilleure que celle qu'on tient en France, sans un perdre un poil seul; et ainsi enveloppées se serrent tout le corps d'une ceinture longue, à trois ou quatre tours par le corps, ayant toujours un bras et une mamelle hors de cette peau, attachée sur l'une des épaules comme une écharpe de pèlerin. Pour continuer notre propos, les femmes de Canada portent chausses {culottes) de cuir tanné et fort bien labouré (travaillé) à leur mode, enrichi de quelque teinture faite d'herbes et fruits, ou bien de quelque terre de couleur dont il y a plusieurs espèces. Le soulier est de même matière et cadeleure (ornementation). Ils observent le mariage avec toute foi, fuyant adultère surtout ; vrai est que chacun a deux ou trois femmes, comme déjà nous avons dit en un autre lieu. Le seigneur du pays nommé agahanna en peut avoir autant que bon lui semble. Les filles ne sont désestimées pour avoir servi à quelques jeunes hommes avant qu'être mariées, ainsi qu'en l'Amérique. Et pour ce ont certaines loges en leur village, où ils se rencontrent, et communiquent les hommes avec les femmes, séparés d'avec les jeunes gens, fils et filles. Les femmes vefves {veuves) ne se remarient jamais, en quelque nombre qu'elles soient après la mort de leur mari, ains (mais) vivent en deuil le reste de leur vie, ayant le visage tout noirci de charbon pulvérisé avec huile de poisson, les cheveux toujours épars sur le visage, sans être liés ne troussés par derrière, comme portent les autres, et se maintiennent ainsi jusques à la mort. Quant au traitement de leurs petits enfants, ils les lient et enveloppent en quatre ou cinq peaux de martres cousues ensemble; puis les vous attachent et garrottent sur une planche ou ais de bois percée à l'endroit du derrière, en sorte qu'il a toujours ouverture libre, et entre les jambes comme un petit entonnoir ou gouttière faite d'écorce mollette, où ils font leur eau sans toucher ne coïnquiner (souiller) leur corps, soit devant ou derrière, ne les

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. où ils sont enveloppés. uple était plus prochain

de la Turquie, j'estimerais qu'ils auraient appris cela des Turcs, OU, au contraire, avoir en Non pas que je veuille

dire que ces sauvages estiment être péché que leurs enfants se mouillent de leur propre urine, comme cette nation su, titieuse de Turquie, mais plutôt pour une civilité qu'ils ont pardessus les autres; par ce l'on peut estimer combien ces pauvres brutaux les surpassent en honnêteté. Ils vous plantent cette planche avec l'enfant par l'extrémité inférieure pointue en demeure ainsi l'enfant debout pour dormir, la tête pendant en bas.

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