VI. — Le Jargon de l'Argot reformé
Voici le titre complet de cet ouvrage capital de l'argot :
Le Jargon ou Langage de l'Argot reformé, roninie H est à présent en usage parniy les bons pauvres. Tiré et recueilly des plus fameux Argotiers de ce temps. Compose par un Pillier de Boatanche qui maquille en mollanche en la Vergne de Tours. Reveu, corrigé et augmenté de nouveau, par l'Autheur. Seconde édition. — A Paris, chez la voufve du Carroy, rue des Garnies. S. d., I vol. pet. in-8" de 58 pages.
Ln première édition de cet opuscule est perdue ; celle dont nous venons de citer le titre, est sans date. Les bibliographes la placent généralement vers 1628', sans doute à cause do la chanson sur la prise de La Rochelle qui la termine.
On est redevable de la publication de ce livre à un ouvrier sergetier, originaire de Tours, et dont le nom d'Ollivier Ghereau nous est révélé par l'acrostiche à la louange du royaume de l'Argot.
Né à Tours, au début du xvii* siècle, Olivier Ghéreau ou Gherreau y acquit une certaine instruction et employa ses loisirs à écrire des ouvrages pieux. Etait-il réellement sergetier ou ouvrier en laines, comme le porte le titre de son opuscule sur l'argot? On ne saurait l'aflirmer. Sur ses autres livres, il s'intitule simplement : OL Chéreaa,
I. Voir Yves-Plessis, Bibliographie raisonnée de l'Argot, Paris, njoi, p. G2-63.
170 DOCUMENTS JARGONNESQUES
Tourangeau. En iC)54, il fit paraître à Tours une histoire en vers des archevêques de cette ville ^. Membre de la Confrérie du Saint-Sacrement de Tours, il en publia la monographie deux ans plus tard -. Voilà tout ce qu'on sait sur ce curieux personnage, auteur ou éditeur du Jargon de l'Argot réformé •^.
Nous avons montré dans l'Introduction que le titre fait allusion aux innovations opérées dans le vocabulaire jargonnesque au début du xvii" siècle. Le Jargon de r Argot, comme la Vie généreuse, se rattache, par ses origines, aux merciers rassemblés aux foires du Poitou.
La partie essentielle du Jargon, le dictionnaire, a subi des modifications et des augmentations successives, à partir de l'édition donnée à Lyon en i63/i. Les réimpressions du xvii^ siècle (16G0, 1690) et celles du xvui" (1700, 1728) n'ajoutent qu'une vingtaine de termes nouveaux à
I. Histoire des illustrissimes Archevesques de Tours, avec le nom et le nombre des papes, empereurs et roys de France en chacun siècle^ les saincts et hommes lettre: qui ont fleur y..., par Ollivier Cherreau, Tourangeau. Tours, Jacques Poinsot, lOô'i, in-V de vi ff. lim., et 90 pp. Voir le Supplément de Brunet.
:>.. L'ordre et les prières de la très noble et très ancienne Confrairie du Sainct Sacrement, sous le nom des Apostres, érigée en la chapelle dite vulgairement le petit sainct Martin de Tours, avec un Calendrier pour sçavoir les festes sans livre, par 011. Ghereau, Tourangeau. Tours, chez Jacques Poinsot, imprimeur ordinaire du Roy, i056, pet. in-12" de 219 pp. — Voir l'article d'Alfr. Estevanne dans le Bulletin du Bouquiniste de 18C1, p. a/jG à 260.
3. Jean-Louis Chalmel, le seul biographe d"01. Ghéreau, ignore précisément cet opvxscule : « Il fit imprimer en outre le Langage de l'Argot ou Dictionnaire des mots les plus essentiels des argotiers : leurs mœurs, leurs règlements et leurs prières (?). Je n'ai rencontré aucun exemplaire de cet ouvrage, à moins que ce ne soit le même que le livre d'argot qui l'ait aujourd'hui partie de la bibliothèque Bleue.» — Yoir Histoire de Touraine..., suivie du dictionnaire biographique de tous les honunes célèbres nés dans cette province. Paris, i8a8, t. IV, p. 109-110.
LE JARGON DE L ARGOT REFORMÉ 1 79
ceux déjà contenus dans le Jargon de 1(338, au nombre de 3iO. Ce sont les éditions de colportage de la première moitié du xix* siècle qui triplent et quadruplent le nombre primitif :celle d'Epinal, i836 (identique à celle de Rouen, i84o, etde Montbéliard, 18^8), renferme 685 mots d'argot, et la dernière réimpression faite par Halbert d'Angers (1849) augmente considérablement ce chiffre. Cette dernière refonte du Jargon, source jusqu'ici à peu près unique des lexicographes modernes de l'argot, est l'œuvre d'un ignorant : elle fourmille d'erreurs et de contresens qui ont exercé une influence fâcheuse sur les recueils argotiques postérieurs. La réimpression d'Halbert a ainsi acquis une importance indiscutable au sens négatif, comme moyen de contrôle et comme aboutissement d'une évolution lexique qui a duré plus de deux siècles.
Dans notre réimpression critique^, nous avons tâché de faire ressortir les multiples vicissitudes de ce dictionnaire jargonnesque. En en suivant pas à pas les augmentations et les transformations, on pourra ainsi se rendre compte et du développement chronologique et des coquilles
I. Voici les éditions du Janjon que nous avons mises à profit : Ed. 1O28 [Bibl. Nat., Rés. X, 2088];
» i63i, Lyon [Bibl. Carnavalet];
)) 1660, Troyes [Bibl. Nat., Rés. X, 2087];
» 1690, Troyes, Musier [Bibl. Nat., Rés. X, 2o36] ;
» 1700, Troyes, Jacques Oudot [Bibl. Nat., X, 1/1026] ;
» 1728, Lyon, Molin [Bibl. Nat., X, 26674] ;
» 1728, Troyes, Garnier [Bibl. Nat., X, 26676] ;
» i836, Epinal, Pellerin [Bibl. Nat., X, i '4027] ;
)) iStiO, Rouen, Lecrène Labbey [Bibl. Nat., X, 1^029] ;
» i848, Montbéliard, Deckherre [Bibl. Nat., X, 1/4028] ;
» 18%, Paris, Bailly [Bibl. Nat., X, 1878 A b a 2]. Nous devons des remerciements à M. G. Huet, bibliothécaire à la Nationale, qui a bien voulu nous aider à identifier ces plaquettes.
Ij8o documents jargonnesques
sans nombre qui continuent à déparer les lexiques de l'argot.
Jetons auparavant un coup d'oeil sur les éléments constitutifs de ce Yocabulaire, en faisant abstraction des termes déjà rencontrés dans les sources antérieures. On y distingue :
a) Termes encore vivaces pris métaphoriquement : Camuse (cArpe), coulant (lai t),/o^(/a/i/ (beurre), /ouro^e (porte), luisant (jour), luisante (fenêtre) ; — bauge (coffre), carme (pain blanc et argent, proprement blanc comme l'habit des carmes), comble (chapeau), entonne (église), guellard (sac = gueulard), lingres (couteau = Laingrespour Langres), pasturon (pied), pacquelin (pays et enfer, ce dernier envisagé comme le pays du diable, proprement patelinj ; ragot (écu^^r pourceau), rastichon (prêtre = ratissé, rasé), sacre (sergent) ; — doubler fvoler = user de duplicité), maquiller (voler = déguiser), picter (boire = boire de la piquette).
Citons encore : Abbaye de monte à regret (potence), appelée aussi veuve, d'où espouser la veuve, a estre pendu en une potence » ; barbillons ^ de Varennes (navets) et huistrcs de Varane (fèves) ; boule (foire), grain (écu), ces deux derniers communs au jargon et à la germania.
1. Cf. Le Duchat, dans le Dictionnaire de Ménage, v° barbillon : « On appelle Barbillons de Beausse, de gros et fort bons navets que produit la province de Beansse, où il n'y a ni étangs, ni rivières ; et on les appelle de la sorte parce qu'ils tiennent lieu de poissons aux habitants du pays, auxquels toutes sortes de poissons manquent. Du moins est-ce l'opinion de Jo. Bruyerin, de re cibaria, livre IX, chapitre A. Ce n'est pas la mienne ; et je crois que la principale raison pourquoi on a appelé barbillons les navets de la Beausse, c'est ou parce qu'ils sont plus barbus que ceux des autres terroirs, ou parce que peut-être n'ont-ils que deux brins de barbe, non plus que le poisson appelé barbillon. »
LE JARGON DE L ARGOT REFORME 101
h) Termes anciens, pris au sens propre ou figuré : Ahloquir (aclieter = aclieter à prix fixe) et affurer (tromper = acheter), haccon (pourceau = lard), bande (syphilis ^ = la gaillarde), bouys (fouet = buis), calvine (vigne) et calvins (raisins = clavinSy clous de vigne), canton (prison =: coin), combrié (pièce de vingt sous = combrc, bombé), empnve (drap de lit = pavé), egrailler (prendre la poule avec un hameçon = lui faire écarquiller les yeux), flambe (épée = flamme), fremion (marché = fourmillement),/ro //<'/* (médire = frotter), hane (bourse = malle), /laure (Dieu = havre de grâce), marpaa/ (voleur), meneslre (potage), mion (garçon = miette), marmouset (marmite = petit singe), niaron (sel = marin), marcandier (marcliand), parfond (pâté = profond) et par/onde (cave = profonde), proye (c... = proue de vaisseaux), solir (vendre), tabar (manteau), thune (aumône : roi de Thunes ou de Tunis était un nom du grand Coesre), trimer (marcher = fuir).
c) Termes tirés des patois du Nord :
Broque (un double = broche), câpre (carolus = chèvre, '■ en effigie), habin (chien = qui al)oie), (jripis (meunier = voleur) 2, jaspin (oui = qui jappe), marnas (bouche =
1. Rappelons cette locvition proverbiale du xvi' siècle : il a le mal Sainct Baude (dans Leroux de Lincy, Livre, des proverbes, I, /j/j), qui désigne probablement le mal vénérien.
2. Les meuniers ont toujours été considérés comme tels. Cf. Rabelais, Pantagruéline Prognostication, ch. V : larrons meusniers ; Guill. Bouche t (S<?m\s, II, 126): « Quand on dit Breton larron, il y a de la rime ; quand on dit larron musnier, il y a de la raison, que les musniers ont on leur moulin » ; et le Moyen de parvenir, ch. xmi : « Mais dis moy, hé, macquerelle, ma mie, s'il y avoit en un sac un sergeant, un meusnier et un cousturier, qui sortiroit le premier ?... Voire, voire, dit elle,... ce seroit un larron. »
l82 DOCUMENTS JARGONNESQUES
museau), morne (mouton = qui meugle), piau (lit =i peau) etpiausser (dormir), pigetet pipet (château = piège et sifflet), roupiller (dormir = ronfler en dormant), sabrenaut (savetier).
d) Termes tirés des patois du Midi : Amadou (éponge = amoureuse), castus (hôpital = château), camhrouse^ (chambrière), droguer (mendier = draguer), fanandel (camarade = écervelé), pharo (gouverneur = petitmaître), pallot (paysan), pinos (deniers), verdouze (pomme = verte).
e) Quelques termes obscurs : Avergos (œufs), ditre (fressure). Les mots gaux (poux) et lucque (certificat) sont communs au jargon et à la g er mania.
A propos du dernier terme cité, remarquons que dans un texte cité par Ducange (v° luccas), le mot désigne une espèce de tarots : « Ad aléas et taxillos, vel etiam cum laicis ad luccas ludere nolite ». C'est le jeu de cartes connu dans le Poitou et ailleurs sous le nom de luettes et que Rabelais a inséré parmi les jeux de Gargantua. Du sens de carte à jouer, le mot prit celui d'image et de certificat.
Citons ensuite les formes dérivées : Antroller (emporter : de troller) et altrimer (prendre : de trimer = prendre en marchant), chenastre (à côté de chenu), rouastre (lard = rougeâtre ?), mouchailler (regarder : de moucher, épier), floutiere (rien : de jlout, flot, vague), marquin (homme et bonnet d'homme : de marque, fille), piolle (taverne :
I. Cr. Le Roux {Dictionnaire comique. 1718) : « Canibiouse, terme polisson, signifie une salopine », en citant ce texte du Théâtre italien de Gherardi : « Et que tu ne sois qu'une canibrouse. »
LE JAKGON DE l' ARGOT REFORMÉ l83
do pic, boisson», rouin (prévôt des maréchaux) et rouaux (archers : dérivés de roue, justice), rupin (gentilhomme : de rupe, femme, forme parallèle à ripe déjà citée).
Composés : Gourpline (pinte = gour plain, pot plein).
Sulïixcs déformateurs : Grenajle (grenier), boulanche (boutique) cl mollanche (laine = molle), pictancher (de pic ter) et ricancher (de river), lanscciillcr (uriner : de l'anse, eau^ et rouscailler (parler : d(^ rousscr, grommeler), durcsme (fromage — dur), frusquin (habit = froissé), (jirolle (oui : de (jy), angluche (oie = anglais) et dabuche (roy : de daho, maître).
Et les déformations pronominales : Meziere et mezinijand (moi), teziere ou tezingand (toi), seziere ou sezingnnd (lui) ; nouzaille (nous) et vouzaille (vous).
Rappelons en dernier lieu le terme Irucher (mendier), qui accuse une origine purement jargonnesque. Le bâton du mendiant s'appelait truc (en fourbesque, irucco) et Irucher, fourbesque truccare, c'est manier le truc, les tours du bâton étant une des subtilités du métier de gueux, d'où les acceptions de gueuser et vagabonder. C'est ainsi qu'on lit dans la Vie généreuse, à propos d'un apprenti voleur (p. i48 de notre réimpression): « Lors me présentent un baston à deux bouts... voir si je savois Jouer du Ijasfon à deux bouts selon l'antique coustume... et m'apprindrent à faire de mon bàston... plusieurs bons tours. » Dans la Nef des fols de Sébastien Brant, un des noms du gueux est celui de « porteur de bâton )). Truc répond exactement à tour de bâton, locution qu'Oudin, dans ses Curiositez (i64o), définit ainsi : a Tour de fjaston, ce que l'on tire d'un office par subtilité et invention ». C'est de l'argot que trucher et son dérivé Iruchcur, gueux.
l84 DOCUMENTS JARGONNESQUES
ont pénétré dans les patois et, à partir du xvir siècle, dans la langue littéraire ^.
Il nous reste, pour compléter l'historique du Jargon^ à examiner les deux dernières réimpressions qu'on en a faites dans la première moitié du xix'' siècle : celles d'Epinal (i83G) et de Paris (1849).
La première, souvent contrefaite 2, renferme un grand nombre d'associations d'idées bizarres, et qu'on no rencontre dans aucun autre document de l'argot ; telles sont : Berla (aveugle = qui a la berlue), bricard (escalier = escalier en briques), coton (dommage), goinfre (chantre), javard (lin =i mis en javelles), melet (petit =hommelet), nisette (olive = aniselte), nivet (chanvre == semblable à la neige), occasion (chandelier), olivet (oignon), organe (faim), pente (poire), premier (père = prôneur), rapatu (morpion = rat pattu), rustique (greffier), sable (estomec), sitron (noir= citrin), à côté de sitron (siigre = citron), souple (bleu), stafer (dire -= dire par une estafette), trique (dent).
Ajoutons les noms étranges des saisons : Homicide (hiver), honnête (printemps), impôt (automne) et jaune (été).
Quelques termes sont empruntés aux patois du Nord, du Centre et du Midi : Attilles (testicules = boudins, an-
I. Oiidin donne (iG'io) : « Trucher, i. mendier, gueuser », et Le Roux (1718) : (( Trucher, gueuser, demander la passade, chercher son pain de maison en maison. »
3. C'est l'une ou l'autre édition de colportage qui constitue le fonds des publications telles que : Dictionnaire d'Argot ou Guide des gens du monde... par un Monsieur Comme il faut (Paris, 1827) et Aouveau Dictionnaire d'Argot, par un Ex-Chef de brigade (Paris, iSnj).
LE JARGON DE l'aRGOT REFORMÉ l85
douilles, sens ancien de ce mol* en Poitou) ; hranqiie (âne = provençal, branco, traînard), cafarde (iasse : dial. caffe, casserole), cachemile (cachot : en Berry, cachette et jeu de la main chaude), camhrioie (chambre, en Picard = petite chambre), davône (prune = Norm. davoiienne, prune jaune), civadc (avoine, en provençal) ; fafiot (certificat = papier : en Berry, fafiot, chifl'on et bagatelle), dont le sens est déjà connu au wn*^ siècle - ; qiioquav (arbre = \onne. coque, souche de bois), recjons (dettes : en Berry, rcf/ond, remou d'un moulin, reflux de l'eau), reng (cent = en provençal, file).
Plusieurs mots restent obscurs : Abour (sas), accoerer (arranger), bion (employé dans les gabelles), bûtre (plat), coire (ferme), condé (permission), cor6uc/tt' (ulcère), crôme (crédit), lermon (étain), méruchc (poêle), monfier (baiser), ovale (tuile), quimper (tomber), quoqneref (rideau), rabiage (rente), rome (chou), 5a/6m (serment), taq (haut).
Ce qui frappe surtout dans cette édition de colportage, ce sont les transcriptions erronées et les contre-sens amenés par l'interversion du sens des mots 3. Citons ces exemples qu'on trouve dans tous les dictionnaires d'argot :
Cosne (auberge) et coste (la mort) ;
Embarras (drap de lit) et empave (carrefour) ;
Goupline (une pinte) et gourpline (plainte) ;
I. Lalanne (v° attillcs) cite ce texte de i5oo : « Item une frixnre de porreaii et toutes les ottiles pour six prébendes. »
■2 Au sens de « jeton )■>, fajîot se lit dans Savot, De la matière des médailles antiques, éd. 1627, p. Ga : (( On l'ait aujourd'liuy faute d'argent sur jeu âe fajiots, de jetions ou de marques. » Passage cité par Delboulle, dans la Bomania, de lyo'i, p. 356.
'S. Les mots de cette catégorie sont pourvus d'un astérisque.
^SC) DOCUMENTS JARGONNESQUES
Rême (gronder) et renacher (fromage)...
Et des coquilles comme celles-ci, universellement reproduites :
Orphie, oiseau (pour ornie, poule, proprement oiseau) ;
Ti RiN, pot de terre (pour lapin, pot de grès, vieux terme provincial qu'on lit déjà dans Rabelais, 1. 1, ch. iv : (( Gargamelle mangea seize muiz de tripes, deux bussars <3t six lupins )))i.
On retrouve ces bévues démesurément grossies 2 dans l'édition donnée par Halbert( 1849). Celui-ci, pour augmenter son lexique(dontnousavons redressé l'ordre chaotique), a ajouté plusieurs mots tirés d'un Diclionnaire lalin^-
1. I*^n voici quelques autres : Bar-de-tire ( r=: bas de tire), bas dô chausses, coquille passée chez Bruant et Hector France ; camplouse ( =r canibrouse), campagne, qu'on lit dans Larchey et Hector France (chez ce dernier, à côté de camperousse et campluche); désarrer {=^ décarrer), s'en aller; estio (= estoc), esprit ; fraiic-mijou {=franc-mitou); grie (=z(jris), froid; les dernières coquilles dans Larchey, Virmaître, Delesalle et Bruant.
2. (ritons-en cette double série, coquilles de forme et de sens, qui ont fait le tour de la lexicographie argotique :
Antilles (:=:z atilles), testicules; brigante (= bringcante), perruque et brigeans (= bringeans), cheveux; coace ( = conce) de castu, garçon de propreté d'un hospice ; défalquer ( = déjlaqaer), faire ses besoins ; embauder ( ^rr^ einbander), prendre de force ; f archer dans le point ( ^= faucher dans le pont), tomber dans un piège ; fauffe et fauce (== fonfe), tabatière ; gage (:= gaye), cheval ; jiroble(= girofle), gentil ; lougé (z= longé), âgé; radicon (=ratichon), prêtre; radicrer (^radurer), remoudre; lanle (= taule), bourreau.
Antiffe, marche (sens induit de battre l'antijfe, battre l'estrade, marcher, proprement battre le pavé de l'église pour demander l'aumône) ; cagelon, lianneton ( :^ hanneton, éd. i83l>); fertille, figure ( = paille, dans Vidocq) ; franchir, baiser (=: baisser, éd. i83G); gaux, époux (=1 poux) ; lousteau, diable (sens erroné induit de l'expression envoyer à lousteau, envoyer à la prison) ; pouifj'e, argent ( = Al. Pierre, pouifj'e, femme éhontée), au lieu de poniffe, prostituée ; sacre, argent (= sergent, éd. i830); sorgue, rue (=z sorgue, nuit, éd. i83G).
3. Note : (( Par le mot Latin ces messieurs entendent l'argot. »
LE JARGON DE l' ARGOT REFORMÉ 187
français, paru en 1827 ', ainsi qu'un certain nombre d'autres pris soit dans la liste de Pierre Alexandre 2, soit finalement à Vidocq.
Il contient, en outre, des termes purement fantaisistes, tels que :
Apollote, sain (= beau comme Apollon),
App (salon d), salon d'Apollon, ou des mots franchement populaires, tels que : Bajffrcr (manger), binette (figure), boiilotter (manger), caboclie (^tote), carne (charogne), leurrer (tromper), pitance (nourriture), sandales (souliers), trogne (figure), véhicule (voiture de remise).
Nous n'avons pas tenu compte, dans notre réimpression, de ces éléments superflus ni des termes communs aux éditions du Jargon antérieures au xix' siècle.
LE JARGON DE L'ARGOT REFORMÉ
Préface ^.
(]e grand Dieu Tout puissant est autant ou plus admirable, en la protection et conservation de ce grand Univers, qu'il a esté en la création et facture d'iceluy, quand par son immense et admirable bonté il va conservant l'cstre qu'il a donné à chacune espèce créée. Mais particulièrement le soin qu'il a de son animal raisonablc, chef d'œuvrc de ses mains ye veux dire l'homme créé à son image et semblance) est du tout incompréhensible.