‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 107 sur 238 · Les termes tirés de cette source portent la date · texte numérisé non relu

Les termes tirés de cette source portent la date

2. Argot et Jargon, Paris, s, d. [18/48], placard à six colonnes.

3. L'édition donnée à Troyes, en lOGo, par Ives Girardon, porte (après en la Vergne de Tours sur le titre de l'ouvrage) : « Augmenté

loô DOCUMENTS JARGONNESQUES

Je ne veux point icy parler de ceste Providence par laquelle il va paissant, nourissant et conservant les Roy s et Princes de la Terre, pour ce qu'ils sont comme de petits Dieux, les filz aînez et Lieutenans du grand Dieu sur terre. Je ne parle point non plus de ceste providence qu'il a de nourrir les Marchands, parce qu'il semble que la nature leur doive cela pour recompense de leurs peines et travaux, qu'ils ont jour et nuict sur mer et sur terre. Encore moins de ceste providence et soin paternel qu'il a de nourrir et vestir tant de milliers de bons Religieux, qui oublient et négligent leurs nécessitez corporelles pour s'unir du tout à Dieu ; pource que ceux là semblent forcer et contraindre leur Maistre par leur saincte vie de leur donner leurs nécessitez. Mais ce qui est digne d'admiration est que ce bon Seigneur nourrit et repaist un nombre innombrable de pauvres Gueux qui ont si peu de soin de le prier, gens qui n'ont rien, et ne trouvent point de pire pays que le leur, qui ne désirent rien moins et ne hayssent rien tant que de travailler entre les repas. Si le philosophe Epicure estoit de ce temps, il auroit trouvé des disciples dignes de luy ; car ils pratiquent fîdellement la doctrine qu'il enseignoit anciennement, pour ce que leur félicité et plus grand contentement n'est que de faire grande chère, et ne travailler point.

La nécessité, qui est l'inventrice des arts et sciences, a fait inventé un moyen et invention à ces bons pauvres, propre pour avoir de quoy frire, lequel mcstier s'appelle trucher ou

de nouveau dans le Dictionnaire des mots plus substantifs de l'Argot» outre les précédentes impressions par l'Autheur. » Au verso du titre se trouve une figure sur bois accompagnée de cette légende :

Le Grand Coesre Avec sa Marquise Aux Argotiers.

Quatrain.

Je suis ce fameux Argotier, Le grand Coesre de ces M ion s, J'enterve trucher et doubler.

Dedans les boulles et fremions.

LE JARGON DE l' ARGOT REFORMÉ 189

argotcr, le plus franc, le plus aizé à apprendre, et qui mieux 5 nourrit son maistre que l'on sçauroit désirer, qui ne paye ny taille ny tribut au Roy, qui vivent dés le premier jour de l'Estat et ont encore de l'argent de reste, qui ne font point de pain benist en leur Paroisse, et ne logent point de Gens d'armes chez eux. En un mot, l'Argot rend ses Escoliers si 1 admirables, si sçavants et vertueux, que c'est comme un com- I pendion ou abbrcgé de toutes les autres sciences et vertus. /

Premièrement, l'humilité vous le verrez particulièrement reluire en ces Soldats, qui, allans à la guerre, vous n'y remarquerez rien moins qu'un visage furibond et affreux, jurant, frappant et vomissant un torrent d'injures contre ces pauvres Paysans où ils sont logez. Mais, ô merveilles ! lors que licentie/ ils s'en reviennent, vous les verrez les plus humbles, les plus doux et affables, le chapeau au poing, avec de parolles capables de faire fendre les rochers, s'ils estoient susceptibles de raison, disant avec grande humilité: Hé, pour Pamour de Dieu, ayez compassion de nous ! En après vous verrez paroistre la sobriété en ces personnes qui auront plus vescu de leur G bien, et qui auront esté dévalisez en la forest des bouchons • : car au lieu qu'ils vouloient faire grand chère durant leur prospérité, vous les verrez se contenter d'un double ou morceau de pain. O Argot admirable ! puisque tu es, Pazille et refuge de tous ceux qui ne sçavent plus de quel bois faire flèche. Les emulateurs et envieux de l'Argot disent qu'il y a un Arrest par lequel les Argotiers sont obligez d'endurer beaucoup de froid, durant l'Hyver, mais ils en ont appelle aux Grands

Jours.

O Argot incomparable, Li'appuy de tous les souffreteux.

Lie confort des misérables Indigens et nécessiteux.

Vive l'Argot et tous les Gueux !

le veux que le travail soit bon, Encor est il un peu fascheux, B'enfermé dans une maison,

I. Ed. 16O0 : forest d'Angoulesme ; éd. lOyo et 1700: forest d'/lrgousme.

qO DOCUMENTS JARGONNESQUES

Ha ! vive l'Argot et tous les Gueux:

Estrc Soldat est honorable, Relevé ^ jusques dans les Cieux, Et l'Argotier est délectable, Aussi la cuisine vaut mieux.

Vive l'Argot et tous les Gueux !

L'origine des Argotiers.

L'Antiquité nous apprend, et les Docteurs de lV\rgot nous enseignent, qu'un Roi de France ayant estably les Foires de Mort, Fontenay et autres villes du Poictou, plusieurs personnes se voulurent mesler de la Mercerie, pour à quoi remédier, les vieux Merciers s'assemblèrent et ordonnèrent que ceux qui voudroient à l'advenir estre Merciers, se feroient recevoir par les anciens, nommans et appellans les petits MercelotsP^c/io/i5, les autres Blesches, et les plus riches Merciers, Coësnielotiers iinrez. Puis ordonnèrent un certain langage entr'eux, avec quelques cérémonies, pour estre tenues par les Professeurs de la Mercerie.

Il arriva que plusieurs merciers mangèrent leurs balles, neantmoins ne laissèrent pas d'aller aux susdites foires, où

î ils trouvèrent grande quantité de pauvres Gueux, desquels ils s'accostèrent, et leur apprindrent leur langage et cérémonie. Les Gueux réciproquement leur enseignèrent charitablement amandier. Yoylà d'où sont sortis tant de graves et fameux

-Argotiers, qui ordonnèrent un ordre tel qui s'ensuit.

Ordre ou Hiérarchie de l'Argot.

Premièrement ordonnèrent et établirent unChef ou General qu'ils nommèrent grand Goësre. Quelques uns le nommèrent

I. Notre édition (1628) donne : Est élevé. La leçon plus correcte que nous citons est celle de 1660.

LE JARGON DE L ARGOT REFORME IQf

Roy de Thunes ' ; mais c'est une erreur, c'est qu'il y a eu un homme qui a esté grand Coësrc trois ans qu'on appelloit Roy de Thunes, qui se faisait traisncr par deux grands chiens en une petite charrette, lequel a esté exécuté dans Bordeaux pour son malfaict. En après ordonnèrent en cliacunc Province un Lieutenant qu'il nommèrent Gagou, les Archisupposts de r.Vrgot, les Narquois, les Orphelins, les Millards, les IMarcandiers, le Rifodez, les Mallingreux, les Capons, les Piettres, les Polissons, les Francs Mitoux, les Callos, les Sabouleux, les Hubins, les Goquillards, les Gourtaults de Boulanche, et les Convertis, tous subjects du grand Coësre, excepté les Narquois qui ont secoué le joug de l'obéissance.

Page 1