‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 138 sur 238 · VII- — Response et Complaincte · texte numérisé non relu

VII- — Response et Complaincte

L'apparition du Jargon de V Argot reforme, qui mettait au grand jour les faits et gestes des Vrgotiers, causa, semble-t-il, un grand trouble parmi ces derniers. On trouve l'écho de leurs doléances dans une pièce intitulée : /?^.sponse et Comptaincte au Grand Coesre sur le Jargon de t' Argot reformé, arec un plaisant Dialogue de deux Mions, par le Regnaudin Mollancheur en la Vergue de Miséricorde ^ Composé par un des plus chenastres argotiers de ce temps, Paris, i63o.

(let opuscule in-i3 de 3G pages débute par ce sizain :

Le grand (Jocsrc Anacreon à ses subjects.

Cagaux, Narquois, Orphelins, Sabouleux, Cailos, Capons, Polissons, Coquillards, Uuffez, Mitons, Convertis, Maiingreux, Courtaus, Habins, Marcandicrs et Miliards, Venez zerver de l'Argot les malheurs Qui est causé par un chetif froUeur.

Après un Avis au lecteur, commence le dialogue de l'Orphelin et de l'Archisuppôt de l'Argot qui tient tout l'ouvrage. Ce texte est un des documents les plus instructifs pour l'histoire du jargon.

I. Ville de la Miséricorde, c'est-à-dire d'un mauvais rapport iiour les voleurs.

"200 DOCUMENTS J ARGO>'>ESQUES

Au LECTEUR.

Pour l'advis que j'ay eu que les Argotiers avoient délibéré de ne me point donner de fouasse aux Roys, pour avoir descouvert quelques secrets des affaires de leur Estât Argotique, j'ay creu qu'il estoit à propos pour me remettre en grâce avec eux, de faire quelque chose pour les consoler. Et comme il n'y a rien qui console tant les affligez que de se condouloir avec eux ; comme dict ce grand Sninct, qu'il fault rire avec les joyeux et pleurer avec les tristes, en racontant leurs misères et leur donnant quelque espérance de consolation prochaine. C'est pourquoy, afin de compatir aucunement à leurs douleurs, je veux en ce petit discours raconter leur affliction, pour en avoir tretous compassion, et pour vous convier à leur faire la charité, afin de les resjouyr quelque peu, car ces bons pauvres là le méritent bien, pour ce qu'il ne tient pas en eux que les bleds ne viennent sans semer et que l'on ne vendange deux fois l'année. C'est pourquoy je vous exhorte de leur donner à tous ce qu'ils ont de besoin, car encores qu'il y en aye quelques uns qui en abusent et qui ferment leurs boutiques de bonne heure, neantmoins il ne faut pas que les innocents pâtissent pour les coupables, et que le gênerai endure pour quelques particuliers. Je vous en donne advis, afin qu'ils ne fassent plus d'aumosne à celui qui n'a point de blanc en l'œil de ce qui ne leur appartient pas.

DIALOGUE DE L'ORPHELIN ET DE L'ARCHïSUPPOST

L'Orphelin.

Infortunée, désolée et affligée Monarchie! quel malheur! quel desastre et quel piteux accident t'est arrivé ! Maintenant, pauvre Argot, ta fortune est faite. Ha, meschant frolleux, qu'est ce que les pauvres Argotiers t'ont aquigé fremy d'avoir frollé si estrangement contre leur batrie.^ Voicy le temps.

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voicy la fin que toutimes les orphelins, qui maintenant chacun les frollc, et qu'ils ne trouvent plus grande chose. Pour ce 8 zervez, mes yeux, de vos sources humides et ne soyez jamais pour ce malheur arides I

L'Archisuppost.

Qu'as tu à zerver si gourdement, Fanandel ? 11 semble que lu ayes perdu les amis toutime ? A. on point cassé ta hane?

L'Orphelin.

Je voudrois que l'on eust destaché mon bouchon et perdu toutime le michon, et que ce mal ne fust arrivé.

L'Archisuppost.

Qu'as lu donc .3 rouscaille à mezieres.

L'Orphelin,

Ah ! pauvre frerc ! as lu point entervé rouscailler de ce chetif piliicr de boutanche, qui a descouvert les parties honteuses des frères et tellement frollc sur nos balles, qu'il n'y a à présent si chetive cambrouse qui ne rouscaille le jargon.

L'Archisuppost.

El puis qu'importe il ? La truche n'en sera que plus chc- ^ nastre.

L'Orphelin.

Et comment cela ?

L'Archisuppost,

C'est qu'à présent gourdement des Rupins, Marcandiers et autres Marpauts entervent ; et quand on bie leur demander la thune, ils interrogent ainsi : Myon, enterves tu ') Si on leur respond Jaspin.et qu'on leur rouscaille joyeusement bigorne, quelques uns fichent deux ou trois broques, les autres un rond. Mais si on pense dissimuler et ne rouscailler que flouliere, ils ne fouquent aussi que floutiere ; ains au contraire menassent de ficher du sasbrc sur nos courbes. Mais ce qui me console, le Havre a il pas commandé que l'on fonçast la thune aux pauvres ?

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L'Orphelin,

Gy, mais ils ne tiennent nouzailles au rang des pauvres, et [o jasent que devrions maquiller pour gaigner la morfe, et ne mortier pas l'artie des pauvres.

L'Archisuppost.

En sçaurail on trouver de plus pauvres que ceux qui n'ont que floutiere ? Pour du miction, meziere n'en fiche pointa interest ; et pour des creux, des calvines, ou de la dure, il n'y a Rupin ne autre seigneur qui me sceust contraindre ficher par déclaration, car je ne tiens que floutiere en leurs fiefs. Qui sont donc les pauvres ?

L'Orphelin.

Ils rouscaillent que ce sont les vieillards, les estropiez, les aveugles, des habitans qui ont gourdement de myons à nourrir, les marquises veufves, les myons orphelins, les passans qui ne s'amusent point si longtemps en chascune vergne, et qui taschent à attraper leur pasquelin ; et pour nouzailles, que nous sommes que coquins, je t'asseure, mon Fanandel, que quand je trimarde le long d'une vergne, l'un j me rouscaille : Myon, la truche est elle chenastre ? l'autre : Myon, as tu point cassé de hane ? l'autre : Ho, Argotier, le tollard n'a il point fiché de bouys sur tes courbes ? et les autres me demandent où est la ponifle, et si elle est che nastre î'

L'Archisuppost.

U leur faut respondre qu'elle est au coin d'une picoure où elle maquille leur tourtouse, pour leur faire aquiger la moue è la luysarde en l'Abbaye de Mont à regret. Et quand quelqu'un froUera ainsi sur tes balles, happe le taillis et trime à un autre, demandant à seziere la thune au nom du grand Havre.

L'Orphelin.

Mais le plus grand mal de toutime est qu'on ne sçauroit rouscailler que tous ce Marpauts n'entervent, ce qui fait tort

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