RESPONSE ET COMPLVI>CTE
a esté fouqué à iiouzailles plusieurs advis cl mandcmens, signez et paraphez de sa louche, touchant un petit livre imprimé en la vergne de Tours, intitulé le Jargon ou Langage de l'Argot reformé, tiré et recueilly (à ce que dit l'autheur, impudent froUeur) des plus fameux Argotiers de ce temps, où est descouvert le langage, les tours et secrets les plus cachez de nostre Monarchie Argotique ; ce qui l'a tellement esbranléc :iS que je la inourhaille presque réduite en confusion. C'est pourquoy, chers Fanandels, l'on a aquigé cette petite assemblée en attendant l'assemblée des Estais (ieiieraux. ix)ur aviser au remède qu'il y faut attroler. Car ce misérable moUancheur fait mine, au commencement de son livre, de louanger et estimer rVrgot ; mais quand il vient à rouscailler de l'ordre et hiérarchie d'iceluy, il en scandalise les personnages, et descouvre les petites subtilitez, qui aquigeoient gresler le michon en nos combles. O perle, ô malheur, ô archiboutantde l'Argot, quelle douleur ! O dure, comment as tu le courage de troUer sur ton andosse un Marpaut qui frolle si estrangement sur les balles des pauvres Myons de l'Argot, qui ne demandent que tloutiere en ce monde, que le moriiage et le frusquinage assez chetifvement et qui ayment mieux, pour éviter oysiveté, estre à basourdir les gaux au coin d'une picoure que dans uneboutanche à maquiller, de peur d'aquiger tort aux arts et mestiers et ne faire amender le prix des ouvrages ? » 20
Cet Archisuppost eust continué, mais les larmes qui tombaient de ses yeux et les sanglots qui partoient de son cœur entrecoupoient ses discours ; car il zervait si gourdement, qu'il fut contraint de cesser en jetant un profond soupir : Ha, pauvre monarchie, que tu es à présent mesprisée !
Le grand (^oesre ayant mouchaillé cela, rouscailla ainsi : « Mes chers et bien aymez Fanandels, la bienveillance que trolle ce chenastre frère à la Monarchie est louable ; mais le pauvret n'enterve que floutiere à parer les coups <le revers de fortune par le bouclier de la constance, car à l'ciiterver rouscailler, il semble que toutimes sont perdus. Il est bien vray que nostre Estât a receu une blessure, mais la playc n'est pas incurable ; il faut y attroler le remède conve-
262 DOCUMENTS JARGOIVNESQUES
nablc, et pour meziore, je suis d'avis que l'on laisse couler doucement cestc bourasque et tempeste qui passera prompte- 3o ment, comme un torrent ou nuage de gresie et que durant ce temps l'on use d'aucun artifice en la truche ; ains, au contraire, que chacun bie sur le minsu, et encore que l'on frolle sur nos balles, faut aquigcr semblant de n'en enterver que floutiere, joinct aussi que toutime leur rouscaillage ne descliirera nostre frusquin ».
Alors le plus ancien des Cagous, lequel estoit natif de Saincl- Mexant du bourg de Charros, qui estoit aveugle et joueur de vielle, rouscailla au nom de toutimes les autres Cagous :
« Mon brave et généreux Seigneur, mon grand Goesre, ô l'est bain vray que vostre raison est in poy chenastre, rouscaillant qu'il faut attrimer patience en nos adversitez ; mais, qua faille quitter nos exercices ordinaires, il me semble que quioqui n'est pas à prepous, car l'en n'en frolleroit pas moins sur nos balles ; joinct aussi que l'en ofTence point le Havre de 3i ficher sa colle, car quemc j'eslois encore jeune, je ogu prêcher à un grand prechoux (qui est la merdé bien sçavant^ que quelles pouvres n'ofilnciant grain d'user d'artificierie et ingeniou per attraper lour petite vie et que les SS. Patrons et les Conciles aviant permis quioqui, à cause que les jons estiant trop durs et nos pitous : c'est pourquoy you sens d'opinion que l'en vive queme quioqui que j'aviant apringu sans changer que floutiere, sauf toutefois un meilleur advis '. »
Quand le Cagou eut achevé son discours, je fus commandé comme plus ancien de rouscailler au nom de toutimes les^ Archisupposts ; je mis donc le comble à la lousche et rouscaillé ce qui s'ensuit :
u Vénérable et honorable assemblée Argotique, puis qu'il est ainsi que les choses violentes ne sont pas de durée, c'est aussi
I. Ce Cagou, comme le Millard du Jargon de l'Argot, parle le patois poitevin ; voici quelques éclaircissements supplémentaires à ceux déjà donnés (v. p. 2[\S) : Poy, peu ; qiio, qu'il; prepous, propos ; queme, comme ; ogu, ouï ; prechou, prédicateur ; merdé, pardieu 1 (^=r mère de Dieu!); quelles, ces; grain, point ; jfons, gens ; pilou,. pitoyables ; you sens, je suis.
RESPONSE ET COMPLATNCTE 363
mon opinion que co furieux tourbillon et vent impétueux de la médisance, qui semble menacer de ruine nostre pauvre 3:^ Monarchie, ne durera i)as longuement ; et en eflect, un de ces luysans derniers comme je trimardois le long d'un trimard, je rencontra) un chenastrc Rupin qui trima quelque temps avec mezierc. Je demanday la thune à sezièrc, et il me ficha un rond, puis il m'interrogea : Eh bien, Fanandel, la truche est elle chenastre? Je voulus dissimuler, et liiy dis : Monsieur, Je ne sçay pas que voulez dire. Il répliqua et dit : Uouscaille bigorne à me/iere, car j'allrime un singulier plaisir d'enterver rouscailler le jargon ; ne crains point, car je ne suis pas de ceux qui frollent sur la balle des Argotiers. Ains au contraire, j'ay desplaisir de ces froUeurs qui n'ont atlroUé que ilouliere de chenastre à la truche ; mais il faut qu'altrimiez patience, car stime' ne durera pas, pour ce qu'on se lassera de vous froller, et desja dans les compagnies des beau^ esprits l'on rouscaille qu'il a fallu des marpauts prudens et sçavans pour avoir aquigé l'ordre et le langage de l'Argot comme il '^'^ est ; en un mot on rouscaille que votre vie est admirabler'Je responds à seziere ; mon Rupin, pour nostre pauvre vie, elle est plus chenastre à admirer qu'à imiter. Jaspin, cela est vray, dit il ; mais il faut que la truche soit assez chenue, car elle nourrit des pauvres gourdement. Mais combien y a il que ceste monarchie est aquigée ?
Je respondis à seziere que, selon l'opinion des plus fameux^ historiographes de l'Argot, elle avoit attrimé -son commen- ! cément à la destruction de Troyes la Grande'^, par une quan- j tilé de pauvres qui ambierent hors de la Vergue quand elle / fut attriniée ; puis elle fut gourdement augmentée du j temps d'Athila, Dasbuche des Goths ; car il y eut de ses narquois qui, ennuyez de la grive, se prindrent à trucher, ballader, et faire jouer la mine et autres subtilitez que l'onl