I. Gela même (cf. sti, celui-ci). Provincialisme tourangeau
3. Cette prétendue origine troyenne de l'Argot sera, au siècle suivant, reprise et plaisamment amplifiée par Grandval, dans son poème sur Cartouche (1725). Voir ci-dessous, p. 826 à 3^7.
r?64 DOCUMENTS JARGONNESQUES
nomma l'art des (joths^ d'où est venu le nom des Argotiers. Puis quelque temps après, ces bons pauvres s'accostèrent
'( des Blesches et Goësmelotiers, desquels ils apprindrent le langage et cérémonie, et ce fut alors que ceste Monarchie fut en sa perfection, car l'on y a aquigé un ordre si chenastre, que stime ]'a fait subsister jusqu'à présent en sa splendeur sans y avoir augmenté ny diminué que floutiere, sinon une partie de langage que l'on changea il y a quelque temps. Mon Myon, rouscailla ce Rupin, je conseille vouzailles d'en changer non pas une partie, mais toutime.
(«, li ^ oilà, cher Fanandel, ce que me rouscailla ce Rupin ; ce qui
I j|me fait juger, selon mon petit sentiment, qu'il est nécessaire jde changer nostre jargon. Et pour aquiger stime, il sera très
vWhenastre d'assigner nos Estais Généraux pour estre tenu à ce printemps nouveau en ce chenu Pacquelin de Languedoc, puisqu'il a pieu au grand Havre d'en avoir banni la grive et qu'entre cy et ce temps là les doctes Archisupposts ayent le soin de composer un nouveau jargon pour estre enseigné à toutimes les frères qui se trouveront aux susdits Estais, et ^5 qui à ceste effet seront convoquez de toutes les parties de la dure. »
Ceste dernière opinion fut trouvée chenastre de quelques uns et les autres furent de contraire advis, qui fut cause que le grand Goesre ne résolut que floutiere ; ains remit le toutime aux Estats prochains, et commanda aux (bagous d'exhorter toutinrcs les Argotiers de leurs Provinces d'y assister.
I. Cette origine dvi nom argot no figure pas dans la liste des nombreuses conjectures qu'énumèrc Fr.-Michel aux pages m à vi de son Introduction.
DEVXlkME PAltriE
I/ar^ot français a ceci de particulier qu'il a servi de bonne heure à des compositions poétiques : les Ballades de Villon sont le premier monument d'une littérature jargonnesque. Aucun autre argot européen ne connaît un pareil dévelop}>ement. Seule, la germanla possède des romances analogues, les jacaras, mais celles-ci ne datent {|iie de la fin du xvr siècle.
D'autre part, et dès le milieu du xv" siècle, le jargon cou»mence à s'introduire dans la littérature par la voie des Mystères. Ces productions dramatiques, empreintes d'un réalisme vulgaire, multiplient les éléments comiques pour intéresser les foules et exciter leur curiosité. Comme les Mystères retlètent toutes les classes sociales, toutes les professions et tous les métiers, ils renferment des traits nombreux de mœurs du moyen âge. Ces épisodes sont encore aujourd'hui les seules parties capables
9 GO DOCLîMEÎNTS LITTÉRAIRES
de racheter l'insupjior table longueur de ces compositions insipides.
Parmi les innombrables personnages des drames religieux, les bourreaux (tyrants) et leurs suppôts, les mendiants (helistres) et les gueux, jouent un rôle important. Les auteurs se sont efforcés de mettre dans la l)Ouche de ces reprouvées un langage spécial, qui est censé reproduire le jargon de l'époque.
Ces productions dramatiques sont en général antérieures à Villon, bien qu'elles aient été imprimées vers le même temps que ses Ballades en jargon. De là certaines divergences dans leurs vocabulaires.
Voici ces œuvres dans leur ordre chonologique.