Montaiglon, Recueil, I, 3o4 et suiv
Tandis que le terme manque à la Vie généreuse (159G), il se trouve dans Nicot (1606), d*où il passa chez Gotgrave (i()ii) et ()udin(i6^o) : a Oa appelle Tollarï, dit Nicot, a lollendo, (/uia lolfil lÙDia, par opprobre les archers d'un prevost des mareschaux et les sergens d'un Chevalier ou Capitaine de guet que les Tolosains appellent aussi par opprobre FoM/7*o/t.v ». Le Janjon de rArgol (1628) donne le mot sous la double forme de toile et tollart, ainsi que le vocabulaire des Chauffeurs (1800) : tôle, bourreau, et tôloire, guillotine.
Suivant M. Otto Driesen ^ telart répondrait au rotwelsch liller, bourreau (de l'hébreu talali, pendre), mot attesté dans l'argot allemand dès i5io. Ce serait l'unique exemple ancien d'un emprunt fait au rotwels'ch, probablement par l'intermédiaire d'un de ces gueux-soudards allemands à l'exemple de Freminaut du maître Chevalet 2.
Voici les passages essentiels de la scène des tyrants.
Barkaqlin, premier tyranl.
He chouq plaîs Dieu, et qu'esche chy ^ ? N'aray je jamais de Vaubert ?
Je suis en ce boys tout transy.
Donc j'ay fait endosse de vert.
Je porte le cul descouvert.
Mes tirandes sont desquirées.
1. Arrhiv fiir (las Studium der neuern Sprachen, 1909, p. 20^.
2. Il est intéressant de citer à cette occasion l'article du Dictionnaire français- latin de Robert Estienne (lôSg) : « lAi.\,en langage de jargon, vrn. Dictio est ab Judaeis sumpta, qui Iain(= yaïn) vocani vintrm. » L'autefir a certainement confondu ici le jargon français avec le rotwelsch.
3. On se rappelle que Baraqurn est Picard, et ce début le prouve suffisamment.
Les passons rompus il y pert.
Et porte la lyme nouée ^ .
Brandimas, deuxiesme tyrant.
Tous mes grains ont pris la brouée.
Cap de Dio 2, tout est despendu !
J'ay mon arhaleste flouée.
Et le galier pieça vendu ; Le ront est pelé et tondu.
Mon comble est à la tatiere.
Or ay que ne suis le pendu, Mon jorget n'a pièce entière.
Barraqujn, assaillant.
Demeure !
Brandimas, défendant.
Tire toy arrière.
A mort, ribault I
Brandimas.
Rien de la main.
Barraquin.
Ha, crapaudeau !
Brandimas.
Fils de loudiere !
Barraquin.
Demeure !
^. La chemise nouée sur le dos était un signe de misère; cl. Pantagrneline Prognostication, cli. V : « ... gueux de l'hostiere, gaigne deniers, ... loqueteurs, claquedens, crocquelardons, généralement tous portans la chemise nouée sus le dos... »
■2. Juron gascon : Brandimas trahit son origine.
LES MYSTEUES
Brandimas.
Tire toy arrière I
Harraquin.
•Quel myitois !
Brandimas.
Quelle fiere manière I
Barraquin.
Ks lu narqniii ?
• Brandimas.
Ouy, compain.
Demeure !
Brandimas.
Tire toy arrière 1
Barraquin.
A mort, ribault I
Brandimas.
Bien de la main.
Barraquin.
Broiies tu ?
Brandimas.
Je cours le terrain.
Barraquin.
Où vas tu ?
38o DOCUMENTS LITTERAIRES
BRANDIiMAS.
A mon advcnture.
Barraqlin.
Tu es deschiré.
Bra^dïmas.
Tout à plain, De dormir vestu sur la dure.
Barraquin.
Et par Juppiter, je te jure Que j'en ay de mesme que ty.
Tout un g.
Bra^dimas.
Barraqlix.
N'ayez paour.
Brandimas.
Je t'asseure.
Barra Qum.
Me recognoys tu point ?
Brandimas.
Nenny.
Barraquin.
Gaultliier, où as tu tant dormy ?
Brandimas.
Hé gueux ! advance moi la poue.
Barraquik.
Es tu là, hé hau ! chardemy * ?
Brandimas.
Il est bien force que Ton floue.
Harraquix.
Où est Arquin ?
HUANDIMAS.
11 fait la moue \ la lune.
Est il au juc ?
Brandi MAS.
H fust yriippé et mis en roue "^ Par deffault d'ung allegruc. •
Et toy
Barraqlin.
Brandimas.
J'eus longuement le plue De pain et d'eau, tenant aux gectz.
Barraquin.
Comment eschappas tu ?
1. Chardemy! c'est-à-dire «Chair de moi», juron enphéniiqne picard pour Chair de Dieu !
2. Le supplice de la roue, rarement appliqué jusqu'au premier quart du xvi' siècle, fut légalement institué en France par l'édit de François 1" du !i février iô34. On lit ce passage dans l'arrêt : « Les bras leur (aux patients) seront brisez et rompuz... et mis sur une roue haulte. plantée et enlevée, le visage tourné vers le ciel, oh ils demeureront vivans pour y faire pénitence tant et si longtemps qu'il plaira à nostre Seigneur les y laisser... •». Cf. ci-dessiis, p. 121.
HH-A DOCUMENTS LITïÉKAIRES
Braisdimas.
Ce fut Pour une ancc et l'esparges*.
Le rou astre et ses subjectz Me mirent aux coffres massis Par les pieds tenant aux gros septz.
Brandimas.
Y couchas tu ?
Barraquin.
J'estois assis, Quant ce vint entre cinq et six.
Dedans les septz laissay ma gueslre.
Et, de paour d'cstre circoncis Des ances, saultay la fenestre.
Brandimas.
Cela fust bien ung tour de maistre.
Barraquin.
Pourquoi ?
Brandimas.
Hé, povre beroiiari !
Ta sentence estoit ja preste.
L'on n'atendoit que le telart Pour te pendre hault comme ung lart.
Nonobstant tout ton babinage.
Barraquin.
Je m'en broiiay au gourd piard.
Brandimas.
Et je demouray au passage.
I . Peut-être : Pour un bénitier (anc. fr. ance) et le goupillon ( pergès), selon Schône, p. 3i() et 332.
Barraquin.
yeschaquay.
Brandimas. Et j'estois en cage.
Barraquin.
Je pictonnay toute la niiict.
Brandimas.
Et l'nmbourreur pour tout potage Me inist dehors par saulconduyt A torches de fer.
Barraquin.
Quel desduit !
Brandimas.
Tousjours quant la guerre est finée.
L'on trouveroit de pain mal cuyt Ainsi que nous une fournée.
Barraxjuin.
Embuschons nous soubz la feuUée Pour attendre quelques syrois.
Brandimas.
S'il avoit des grains à l'emblée.
On lui raseroit le mynois.
Fremixaud ' , troisiesme tyran't, commence. Tout frelore, bi Got ! m'en voys, Tu bist troncque^, en hourquein ^.
1 . Frcminaud est censé parler le langage de la Suisse allemande.
■i. (( Tout est perdu, par Dieu ! je m'en vais, tu es ivre... » L'exclamation : Tout frelore bigot! se lit déjà dans Pathel'm; elle fut reprise j)ar Rabelais.
.i. Peut-être pour : Huerekaib, prostituée, charogne. Communication obligeante de M. le professeur H. Morf.
— Je n'ai broc ne drinc à ceste foys '. Par my foy ! je suis mort de faim.
Alibraquin, qaatriesme tyrant, commence. Que te manque ?
Freminaud.
Tendre la main, Si my compaignon ne m'y preste.
Alibraquin 2.
Prestar io non toco ung quatrein Solo pour pagar la menestre.
Freminaud.
Quo questi de rite ? ^
Alibraquin.
A lo prebstre, Non te besoigne tant d'esbatre.
Freminaud.
Nous n'avons capitan ne maistre.
Alibraquin.
Valo sercar potte ta matre.
Freminaud.
Tu biste troncque.
T. « Je n'ai cette fois ni pain ni boisson... »
2. Alibraquin est Lombard et son langage est légèrement teinté de l'accent du terroir, mais il reste facile à comprendre.
3. Peut-être pour : Gol (friies di..., que Pieu te salue! Communication de M. le professeur H. Morf.
A.UBRAQUiN.
Va, pillaire.
Tu sia homme desperato, Va in la casa de tuo patre.
Que tu sya impicato.
Freminaud.
Un tlorin de Iraict.
Alibraquin.
Un ducato Vale meillo.
Freminaud.
Ya, bi (lot !
Alibraquin.
Tudesquo, tu sie ung malo Ebreato.
Freminaud.
Alistrigot ^ , Je mengerois comme ung magot.
Maintenant si j'avoys chair crue.
Sans broc ne sans drinc.
Alibraquin.
Ydiot, Espère que le temps se mue.
Freminaud.
Bref, j'aime mieulx que l'on me tue Que d'estre toujours en cest point.
1. hnprécation sous une forme corrompue, peut-être pour : Allbestfr Gott ! Dieu très bon 1
286 DOCUMENTS LITTERVIRES
Alibraquin.
Il fera bien chault se l'on sue.
Quant nous n'avons que le pourpoint.
Freminaud.
A capiteine ?
Alibraquin.
Mal en point.
Freminaud.
Qu'avons nous gaigné ?
Alibraquin.
La veyrolle Et la caquesangue.
Freminaud.
A point Et la rogne.
Alibraquin.
Qui nous affolle.
Freminaud.
Desplumés.
Alibraquin.
Aflîn qu'on ne voile.
Freminaud.
Sans argent pour courir les champs.
Alibraquin.
Sur la terre dure ou molle
Nous dormons comme chiens couchans.
Baruaquin.
Brandimas, voicy des marchans :
Il est force qu'on les assaille.
Brandimas.
Quelz marchans ? ce sont deux meschans Qui ne vallent pas une maille.
Barraquin.
Sont ilz affranchis de la taille ?
Brandimas.
L'on cognoit a leur haucqueton Que ce ne sont que quoquinaille Qui n'ont pas vaillant ung bouton.
Barraqlin.
L'ung porte la peau d'ung mouton Et sa picque comme une brode.
Brandimas.
Et l'aultre, mynce de coton, Est lombard, regardez sa mode.
Barraquin.
Leurs soliers sont liez de corde.
Brandimas.
Ils sont pendans comme clabaulx.
Barraquin.
Assaillons les.
Brandimas. Je m'y accorde.
Barraquin.
Sortons sus eulx.
Brandimas.
A mort, ribault !
Freminaud.
Tu te riche.
Brandimas.
Oui, de beaulx.
Barraquix.
Sa ! le baston.
Fremixald.
G on gotlîzenaud ^
Brandi M AS.
Hz n'ont ne bonnetz ne chapeaulx.
Barraquin.
\ ien ça : n'es tu pas Vilcmant ?
Freminaud.
Ya verlis -.
Brandimas.
L'Jiabillement Monstre que c'est ung vray droncart ^.
Barraquin.
Et cestuy cy ?
I. Probablement : In Gott's Nam ! « Au nom de Dieu ! » ■2. C'est-à-dire; Ja, louhrli « oui, vraiment. »
3. Ivrogne; cf. La Condamnacion des Banquetz (1007), moralité de Nicole de la Chesnaye (Farces, éd. Jacob, p. 087):
Car je vous dy que ces coquars.
Tendant à leur ventre remplir.
Boivent mon vin comme droncqiiars.
Et ne les peut on assouvir.
LES MYSTÈRES 28c)
Brandimas.
Par mon serment, Je le juge estre Lombart.
-Vlibraoiln.
Laisse me stare.
Barraquin.
A coquart I
Brandimas.
N'est il pas vrai ?
Alibhaqlin.
Messere, cy.
Brandimas.
Ne vous tire/ point à l'escart.
Barhaquin.
N'ayez paour.
Brandimas.
Demeurez icy.
Ce sont blefleurs.
Brandimas.
Il est ainsi.
Barraqlin.
Narqiiins.
Brandimas.
De si près ecliiqués.
Que leur habit est tout transsy.
Et sont comme nous dcsbiffcz.
Barraquin.
Je cognois à leurs estiquetz En effet qu'il n'y a que mordre.
Brandimas.
L'on vous poindra, si vous picqucz.
Barraquin.
x\pprouchez, vous estes de l'ordre.
Et pensons comme nous ressourdre Pour brouer sur le hault verdis.
Freminaud.
Nous ne sçavons plus quel boys tordre ; Les gueux sont f riz, je le vous dis.
Al[braquin.
La guerre nous a desgourdis.
Brandimas.
Il faut que l'on y remédie.
Freminaud.
Allons nous en comme estourdis Tout droit à la niathe gaudie.
Barraquin.
Va, va, je feray la landic Ta mère.
Brandimas.
Nous irons aux changes,
Barraquin.
As tu de l'or, teste estourdie ?
Brandimas.
Nous en aurons asés vendanges.
Alibkaquin.
Se le roua s Ire et ses anges Nous trovoit à la gourde pie.
Barraquln.
Ils nous menroient à double rengc Liez pour faire l'accropie.
Brandimas.
11 vault trop mieux que l'on espie Un bon marchant, et qu'on le guette.
Freminaud.
Mais le prendre à la pépie
Pour lui empoigner sa bougette.
Alibraquin.
Embuschons nous cy.
Qu'on s'i mette.
Et que quelc'un d'entre nous aille Pour nous apporter sans brouette Pain et vin et autre victuaille.
Freminaud.
Prens toy bien garde du rouaslre.
Alibraqlin.
El des anges.
Barraquin.
Je les cognois.
Brandimas.
Hz seroient batus comme piastre, Par noz dieux ! si je les tenois.
393 documents litteraires
Barraquin.
Ne bougez d'icy, je m'en voys ; Et, quelque chose qu'il adviengne.
Ne sortez point dehors du boys Jusques à ce que je revienne.
(!'* journée, f" Eiiii v°.)
Cependant, on annonce la guerre prochaine et nos gibiers de potence vont s'enrôler dans les bandes de l'armée impériale. C'est là le sujet du second fragment que nous allons reproduire.
Baruaqulx.
A, par tous noz dieux ! voicy rage Pour povres gallans morfondus.
Qui ont tous leurs grains despendus A la tatiere au temps passé.
Hé gueux, gueux, sus ! bonnes novelles.
Laissez la feullade grant erre.
Et vous en venez à la guerre
Que l'empereur a fait crier
A son de trompe et publier.
Dont mon cueur de joie tressaulte.
Brandimas.
Que n'avons nous chescun sa gaulpe, Pour Iriiimpher sur le bigard * ?
FremiNaud.
Quelque grosse putain ribaulde Prinse au fin fons du cagnart.
Alibraquin.
Levons sus.