‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 16 sur 238 · Œuvres, éd. 1617, p. Gôo · texte numérisé non relu

Œuvres, éd. 1617, p. Gôo

Il est intéressant de rappeler que ee terme était eneore vivacc au xvnie siècle dans le langage des prisons, mais avec un sens restreint. On lit ce passage dans 1' « Almanach des prisons » de 179'), p. i5 : « Des seaux, en termes de prisons, {/riaches, où les prisonniers font leurs besoins. »> C'est ce qu'on appelle aujourd'hui, dans le même langage, ûcs gagne neaux.

OuBLn:TE : voir ci-dessus borsiiell. ("est le seul survivant de cette nomenclature technique. Ducangc cite ce passage d'un document de 1874 (V obllvium) : « Se aucuns d'iceulx malfaicteurs furent depuis pris et pendus à Baieux, et les autres mis en oubliele en la cour de l'evesque dudit lieu, là où ilz moururent pour leurs démérites » ; et un autre document de i4i8 le définit ainsi (v. Godefroy) : « Lesquel/ ont esté condampnez en chartrc perpétuelle, nommée oubliete K »

Les documents des Archives nationales pourraient fournir d'autres témoignages.

Le plus ancien texte de mouche, au sens d' u espion )), se trouve dans l'interrogatoire de Jean le Brun de 1089 : « l^equel Jaquet, il qui parle, vil bien et apperçut qu'il estoit mouche des Englois contre les François et les advisoit sans eulx dire aucune chose et chevauchoit tout oultre au devant d'eux, feignant qu'il ne les eust point veuz'-... »

Le mot semble d'oiiginc jargonnesque. Tandis qu'il a toujours été familier aux documents argoti-

I. Cf. Dictionnaire de Trévoux, V oubliettes : a Le peuple dit d'une personne qu'on a evéculé secrètement en prison, qu'il a passé par les oubliettes. Le peuple donne encore un autre sens à cette expression, et il dit que passer par les oubliettes, c'est être totirmenté d'une manière extraordinaire dans quelque lieu souterrain d'une prison, et y être mis à mort par un supplice réel. »

■2. Registre criminel du Chdtelet de Paris, éd. Duplès-Agier, t. 1, p. 57. Communication de M. Pierre Champion.

PUEMIÈRES TRACES ISOLEES l3

ques, depuis les Goqiiillards (cf. mouschier à la marine), il n'était pas encore très connu au x\ i" siècle, et Amyot croit devoir l'expliquer (v. Littré) : (( Il n'y a rien qui rende tant odieux les tyrans que les mouches, c'est à dire les espions qui vont partout espiant ce qui se fait et ce qui se dit. »

Un autre ternie plus franchenicut argotique se lit dans le Livre llouge vieil du Chalelet de i^|o3 : (( Aucuns compaiguons vaccabondes appeliez /of/candeiirs lesquels sont trompeurs et cabuseurs *. » Nous ne savons pas au juste ce que signifie ce nom, mais son déviyé foacanderle , au sens de chose volée, se rencontre deux siècles plus tarcj dans le Jargon de l'Argot reformé (p. i[)\ de notre réimpression) : ( Epouser la Joacandrie-, c'est quand les coupeurs de bourses jettent ce qu'ils ont desrobé de peur d'estre surpris. »

Le dossier de ralïaire de Jehan des Haies, dit le Decier, de i Ao6, fournit l'énumération des outils dont se servaient les voleurs de l'époque : u plusieurs instrumens propres à telz larrons, c'est assavoir cisel. turquoises, limes, fusil et une manière d'archal qu'ilz nommoient roassignol, et autres pertinens à rompre et ouvrir huis ^. »

C'est un des termes qui ont pénétré de bonne

I. Bibliothèque de la préfecture de police, fol. 383. Voir ce texte dans V Appendice, p. 38f).

3. Voir à la p. 19'» le relevé^des formes que revêtent ces mots dans les différentes éditions du Jargon.

0. Arch. Nat., X-' l'i, fol. 3oi v". \o\v V Appendice, p. 378-379.

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heure dans la langue littéraire ; Littré n'en cite •qu'un témoignage de la fin du xvi siècle, tiré du u Fœneste » de d'Aubigné : « un rossignol à crocheter. » Son pendant, daviet, est également d'origine j argon nesque.

Le terme d'argot le plus important qu'on puisse citer de cette époque se trouve dans un texte relatif à Rouen de 1426 ^ : (( Lequel Nobis dist au suppliant 'qu'il allast avecques lui en l'ostel où pend l'enseigne des peds soUers, et que il avoit trouvé son homme ou la dappe, qui est leur manière de parler et que ilz nomment jargon, quant ilz trouvent aucun fol ou qu'ilz veullent décevoir par jeu ou jeux et avoir son argent. » C'est un des plus anciens emprunts -que la langue littéraire ait fait à l'idiome des malfaiteurs.

Une enquête systématique pourrait certainement

augmenter la liste des traces isolées de jargon jusque

vers i45o, époque où commencent les documents

1 argotiques proprement dits. Mais dépareilles recher-

Wohes nous entraîneraient trop loin -, et nous avons

^hâte d'arriver aux premiers textes authentiques.

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