‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 15 sur 238 · PREMIERES TRACES ISOLEES Q · texte numérisé non relu

PREMIERES TRACES ISOLEES Q

Par sablon qu'il/ oui cl par sieu (soif) Faigiians cris el horrible plonr'...

Ces gueux siuiulaieut donc l'iiydropisie {mal de sailli Quenlin), l'épilepsie {mal de saint Leu), contrefaisaient les boiteux: {pote liciers), avec une jambe couverte d'ulcères apparentes (qu'on appellera au wi" siècle y«m6e de Dieu), l\ la façon du boiteux de la (( Moralité de l'Aveugle et du Boiteux » d'André de la Vigne :

Car je vous dis bien que encore sray je La grant pratique et aussi l'art.

Par ougucinent et par horbaigc.

Combien que soye miste et gaillart, ()ue huy on dira que ma jamljc art Du cruel mal do sainct Anthovnc.

Du luysant seray plus que lart :

A ce laire je suisydoyne-.

Abordons maintenant un terrain plus solide pour nos recherches.

Premières traces isolées. u

On trouve des détails curieux, relatifs aux prisons et aux prisonniers, dans 1' « Instruction de la geôle du Chastellet de Paris » que Hugues Aubriot publia

Ibidem, VII, 02, 5/i.

liccueil de Farces, éd. Jacob, p. 2 2(j.

lO INTRODUCTION

le lundi 28 juin 1872 ^. Ce document énumère les difterentes prisons, soit pour les nobles, soit pour les roturiers, avec le tarif des droits de geôlage que devaient payer les détenus pour leur séjour.

Voici les appellations des geôles du Ghâtelet au xiv" siècle :

B ARR ANE : « Se une personne est mise en barbarie ou en gloriette, il doit autant que celuy qui est mis en beauvoir. » Le terme manque dans Godcfroy; Mistral cite la tourne Barbano, nom d'une tour de l'ancien château de Sault (Vaucluse), et en rapproche le Langued. barban, bête noire, moine bourru. C'est probablement le nom d'un cachot obscur à faire peur.

Beaumont : « Se un prisonnier gist es chaisnes en la beaumont, en la motte en la salle, il payera chascune nuict pour son lict IlII. d. et pour la place II. d. » Le beauvoir, qu'on lit dans le passage précédent, en est le synonyme : c'est celui-ci qui ligure dans l'ordonnance de i425 de Henri VI. Les deux appellations désignent les prisons destinées aux gentilshommes.

BoRsuEiL : (( Se un prisonnier est mis en la fosse, il doit, quant il a de quoy payer, pour chascune nuict I. d., et s'il est mis ou puis en la gourdaine ou borsueil, ou en oubliete, il doit autant que s'il estoit en la fosse. » L'ordonnance déjà mentionnée transcrit le même mot bersueil : Godefroy le rend par « profondeur, trou » ; c'est proprement le berceau (anc. fr. bersueil).

BoLGiiu<]RiE : (( Chascune personne qui sera emprisonnée en la boucherie en beaumont... il payera pour la nuict IIII. d, et II. d. pour sa place. » Ducange rapporte un texte de i389 (v° bou-

I. Dans la Collection des meilleures Dissertations, notices et traités particuliers relatifs à l'histoire de France, jîar C. Leber. Paris, i838, t. XIX, p. 1G9-175. L'article i6/t de l'ordonnance de Henri VI, roi d'Angleterre et de France (de Paris, mai 1/125) se borne à répéter les dispositions des anciens règlements relatifs au régime des prisons du Châtelet {Ordonnances des rois de France, t. XIII, p. loi). Nous en citerons les variantes.

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cheria) : « Depuis fut Iransportécn une autre pi ison appclléc la boucherie [à Paris j, qui est prison très orrible et où plusieurs se sont désespérez et occis ». Cette définition explique suflisamnient l'origine du mot. Ce nom revient souvent dans le Registre criminel du Chàtelet de Paris, de 1889 à 1392, par exemple, dans ce document du 9 juillet 1891 : « Icellui Merigot fu admené prisonnier oudit Chaslellct... et fu mis en la prison que l'on appelle la Boucherie ^... »

Glohiette : voir la citation ci-dessus au mot barbane, et dans le « Registre » mentionné, i4 octobre 1890 : «... assez tost après qu'il fu eslargiz de Gloriete... » Le mot désignait une petite boucherie et désigne encore, dans certaines contrées, un petit retranchement derrière le four d'une boulangerie. C'est un ancien terme d'architecture qu'on lit déjà dans les romans du xni" siècle (v. Littré).

GouuDAiNE : voir ci-dessus borsueil. Dans le « Mistere du Vieil Testament », le geôlier s'écrie (v. 18668) :

Et où les bouterai je ? Au pays.

Aux. chesncs, ou à la <jourdatnc ?

Comme le même terme désigne une espèce de barque (v. Godefroy), il est possible qu'il dérive de gourde, courge vidée et séchée, désignant un cachot souterrain voûté.

GuiEsciiE : a Chascunc personne qui sera emprisonnée... en la griesche, qui sont prisons fermez... » Celte prison, spécialement destinée aux femmes'^, répondait au carcere duro des Italiens. Le mot signifie proprement « dur, pénible », comme dans ces vers d'Alain Chartier :

Bien souvent songe

Sa mort, que mon cueur de deuil ronge :

Puis fais de sa prison mon songe,

Et ne sçay lequel est mensonge- Ce qui rempesche.

C'est mort ou prison très griesche '^.

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