‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 18 sur 238 · I. Les Coquillards · texte numérisé non relu

I. Les Coquillards

L'apparition des Compagnons de la Coquille coïncide avec la fin de la guerre de Cent ans (i453). On y voit non sans raison un débris de l'armée des Ecorcheurs *. Arrivés à Dijon vers i453, les Coquillards y menèrent une vie interlope et oisive. Ils y

I. \oiv V Histoire de France de Lavisse, t. IV, 11° partie, p. 117 et suiv.

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fréquentaient la boutique d'un barbier, Pcrrenet le Fournier, où ils jouaient aux clés, aux tables et aux marelles. Quelques-uns marchandaient chez les orfèvres des gobelets d'argent, d'autres négociaient la vente des chevaux. Certains mettaient en gage des robes et des manteaux, des anneaux et des chaînes d'or truquées. Ils avaient des receleurs et des fabricants de faux bijoux à Paris, et a oyageaint de province en province. Au nombre de i.ooo (ou de 5oo, d'après d'autres documents), la Coquille a^ait ses apprentis, son maître et son chef appelé Roi de la Coquille^.

Dans leur bande, disséminée à travers la France, se trouvaient des Picards, des Provençaux, des Normands, des Savoyards, des Bretons, des Gascons, surtout des Bourguignons, des Ecossais et des Espagnols. Tous ces éléments, provinciaux ou étrangers, ont laissé des traces dans la constitution du jargon de la bande, que nous connaissons grâce à l'information que les magistrats dijonnais commencèrent, le 3 octobre i\ù^, contre les Compagnons de la Coquille. Le barbier Perrenet le Fournier, qui les avait reçus et cachés pendant deux ans, livra ii cette occasion les noms des principaux d'entre eux et dicta le vocabulaire de leur jargon.

La plupart des compagnons exécutés à Dijon et

I. Ces données et les suivantes sont empruntées à une élude de Marcel Sclnvob sur Villon, parue dans la Revue des Deux Mondes de i8()'? et réimprimée dans son Spicilegc (Paris, 189G), p. 1 à 9O. Cf. tout particulièrement les pages 3y à 78. Voir aussi le chapitré m de l'.l;:-

pendicc.

ailleurs entre i\^)^ et i/i58, des restes de la bande subsistèrent. Quanta François Villon, il entretenait des relations avec deux Coquillards, Régnier de Montigny et Colin de Cayeux, et prenait part avec ce dernier à l'aflaire de Montpipeau et à celle de Rueil qui fit prendre Colin et emprisonner Villon à Meung-sur-Loire :

Si vous allez à Montpipeau

Ou à Riioii, gardez la peau:

Car, pour s'osbalre on ces deu\ lieux,

Cuitlant que vaulsist le rappcau,

La perdit Colin de Cayeux '.

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