‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 187 sur 238 · Les Mendiants · texte numérisé non relu

Les Mendiants

Si Ton s'en rapportait au plus ancien traité que nous possédions sur les vagabonds, il semblerait qu'ils dussent tous rentrer dans la catégorie des mendiants. C'est à leurs ruses et à leur langue que l'anonyme « expertus in trufTis » a consacré la plupart des chapitres du Liber Vagalorani (éd. princeps i5i()). 11 les dénombre ainsi' :

Los tnicheiirs « qui ne portent pas sur eux de sijinos sacrés » et demandent simplement l'aumône (cli. i) ; les ramasseurs de pain qui mendient an nom des saints (eh. n) ; les piètres, qui sont cnls-dc-jatle et autres contrefaits. Us se placent devant les églises : <( l'un n'a pas de pieds, l'autre pas de mains o\i de bras... Et les lionuiiès sont ainsi trompés, car à celui-ci sa jambe a été coupée en prison pour un méfait qu'il a commis ; celui-là a perdu la main dans une querelle à propos de jeu ou de filles. Hem i)lus d'un se met un bandaj^e à la cuisse ou au bras et marche avec des béquilles qui n'a aucun membre cassé » (ch. iv) ; les sabouleux (ch. vni) qui se disent alïliofés de la danse de Saint Guy, de Saint Valentin, de Saint Quirin, de Saint Antoine. « Item certains se mettent à tomber devant vine église et mettent du savon dans la bouche, ce qui les fait écumcr gros comme le poing, ils se piquent le ne:z avec un brin de paille pour saigner... » ; les Goquillards qni ont promis aux saints de faire un long pèlerinage (ch. ix) ; les aveugles véritables ou faux (ch. xi) ; les polissons qui se mettent nus devant les églises et tremblent pour faire croire qu'ils ont le frisson (ch. xii) ; les faux insensés (surtout des femmes) qui se font conduire à la chaîne (ch. xni) ; les bourreaux repentants (ch. xiv); les fausses accouchées (ch. xv) ; les faux condamnés (ch. xvi) ; les prostituées, fausses pénitentes(ch. xvii); les porteuses de billes qui simulent une grossesse en se nouant sur le ventre des coussins ou un coin de fer : « cela s'appelle porter la bille » (ch. xvin) ; les cagous, qui portent des cliquettes et les faux lépreux (ch. xix) ; les faux béguins (ch. xx) ; les faux gentilshommes qui se disent des nobles réduits à la mendicité par la guerre, l'incendie ou la captivité (ch. xxi) ; les iparcandiers qui sont des marchands maritimes déclarant avoir été volés (ch. xxn) ; les juives

1. Je me sers de l'opuscule de P. Itistelhuloer, Liber Vagalornm, Le livre des Gueux. Strasbourg, 18O2, in- 18. Il y a lieu de remarquer <iuc cet auteur use ici de termes analogiques.

fausses converties (ch. xxiii) ; les faiix pèlerins (ch. xxiv) ; les malin- «j^rciix « qui se frottent d'un oni^uent de haut en bas, puis se couchent devant les é^rlises et font accroire qu'ils ont esté longtemps malades et que l'ulcération de leur visage s'en est suivie ; et quand trois jours après ils vont au bain, tout s'en va de nouveau ))(ch. xxv) ; les faux iclériques qui mêlent du fumier de cheval à l'oau et s'en frottent les bras ou les jambes pour faire croire qu'ils ont la jaunisse ou une autre maladie (ch. xxvi) ; les mendiants de Saint Antoin(î qui mettent la main dans un gant et |)ortent celte main gantée en écharpe, disant qu'ils ont le feu Saint Antoine ou d'un autre saint (ch. xxvii); les musiciens aveugles qui jouent sur le luth, devant les églises, chantant des airs relatifs à des pays qu'ils n'ont jamais vus vi font un conte sur l'origine de leur cécité (ch. xxviii).

11 so peut que les villes riches des bords du Rhin aieiil vvi fondre sur elles des bandes de mendiants redoutables; mais on peut croire aussi que, dans un esprit de réforme, le rôle des mendiants ail été exagéré. Quoi qu'il en soit, ce livre, Martin Luther le préfaciait en i523 « pour que l'on voie et saisisse comment le diable règne puissamment dans le monde et s'il y a moyen de rendre les gens prudents à son encontre » : car les vrais pauvres sont délaissés, ceux-là qui méritent les aumônes que jadis nous avons adressé aux fondations, églises, couvents, moines mendiants, etc.

Certes, les faux mendiants ont été la plaie sinistre du moyen-âge : on les nommait le plus ordinairement truands, cnymands, coquins. Dès le 3o janvier i(55o, une ordonnance visait ces vagabonds ' :

u Pour ce que plusieurs personnes, tant hommes que femmes, se tiennent oiseux parmi la ville de Paris, et es autres villes de la prévosté et viscomté d'icelles, et ne veulent exposer leur corps à faire aucunes besognes, ains truandent les aucuns, et les autres se tiennent en tavernes et en bordeaux ; est ordonné que loute manière de telles gens oiseux, ou joueurs de dez, ou enchanteurs es rues, ou truandans ou mandians... s'exposent à faire aucuns besoignes de leur corps ou vuident la ville de Paris... »

Trois jours après ce cri, s'ils étaient trouvés mendiant, jouant aux dés, ou ne faisant rien, on les devait condamner à trois jours de prison. En cas de récidive, c'était le pilori ; à la troisième arrestation on les bannissait et marquait d'un fer

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