Les Clercs vrais on faux et les mauvais Écoliers
Ce sont eux que le Liber vagaiorum nomme les gueux savants (ch. VI) : « Ce sont des mendiantsou déjeunes scolars, de jeunes étudiants qui n'écoutent pas leurs parents et rejettent les conseils de leurs maîtres et se mettent en la compagnie de mauvais sujets, qui sont aussi instruits, et leur aident à jouer et boire leur fortune ; et quand ils n'ont plus rien, ils apprennent à mendier et à tromper les paysans ». Ils se disaient venir de Rome et vouloir se faire prêtres. Ils demandaient du lin pour un surplis (à leur putain) ; de l'argent pour être promu à un ordre supérieur. Ils portaient tonsure sans être ordonnés. Plus loin (ch. X), il est question des quêteurs, prometteurs d'indulgences, inscrivant les paysans dans des confréries fictives.
Il y aurait toute une étude à entreprendre sur les clercs vagabonds de ce temps ^ lis ont formé à la fin du moyen-âge la classe des dévoyés par excellence. Les registres du Parlement et de l'ofFicialité nous montrent que souvent leur conduite n'était pas différente de celle dos mauvais écoliers : comme eux ils jouaient aux dés, ravissaient des jeunes filles, chantaient le soir parles rues des chansons moqueuses ou d'amour, portaient des bâtons et prenaient part à des rixes, jouant des farces qui tournaient souvent au tragique :
Quant nous allons par les maisons.
Nous sommes pales et deffaictz.
En disant salmes et oraisons
Pour ceulx qui nous ont des biens faictz ;
Mais aux champs sommes contrefaictz.
Chantant chansons vindicatives
Avecques paroles lascives ''^.
Mais ils faisaient pire : et parmi eux nous rencontrons de véritables malfaiteurs que les évoques s'obstinaient à réclamer. On entendait par clerc tout individu ayant reçu la tonsure.
Les clercs étaient régis par les décrétales et jouissaient du bénéfice des tribunaux ecclésiastiques. La tonsure qu'ils portaient était assimilée à la couronne des rois. Ils ne devaient pas porter d'armes, pratiquer l'usure, laisser croître leur barbe, fréquenter les nonnes et vivre du gain des femmes : ils no devaient pas vivre comme des goliards, ni jouer d'instruments de musique dans les tavernes-^. C'était le rêve de toute bonne mère do voir son fils clerc, sinon religieux : aucune époque ne fut peut-être plus respectueuse et do science et d'écriture que co moyen-àge que des liisloiiens représentent toujours comme une époque obscure. C'est do ce crédit même que la loi et le public accordaient Irop facilement aux clercs, que naquirent de si grands abus dans la vie cléricale. Le titre, l'apparence de clercs furent recherchés dès lors pour les avantages qu'ils procuraient : nul besoin pour cela de s'embarrasser de la règle et de la discipline qui convenaientaux clercs.