Merciers
On sait ([uelle a été l'importance de la corporation des merciers dans la dillusion du jar'jon au xvi" siècle. On les nommait /i/^sc/* es et la Vie (jenereiise (lôgC) nous a fait connaître leurs mœurs et leur lanjïue (langage blesquinj ; suivant le Jargon de 1G28, pour être parfait argotier (voleur), il fallait posséder le jargon des blesches, la truche (les ruses des mendiants) comme les gueux, et la subtilité des coupeurs de bourses ^.
11 semble déjà que dès le xV siècle la corporation des merciers et les voleurs aient eu quelques rapports-. La vie des merciers, toujours sur les roules et gagnant les foires, devait leur faire rencontrer les vagabonds orranis et les voleurs. (]omme eux ils devaient dérober la volaille pour vivre et se melire à l'abri la imit dans les carrières, les fours, etc.
Or au mois d'août i4o3, une ordonnance de police était rendue à Paris contre les vagabonds dits a foucandeiirs » et criée par les carrefours de la ville :
« Pour ce ([u'il est venu à notre congnoissance que aucuns compaignons vaccabo'ndes, appelez foncandeurs, lesquels sont trompeurs et cahuseurs, se sont entremis et entremettent de jour en jour de vendre en la ville, prévosté et viscomté de Paris, denrées de merceries, tant cousteaulx, anneaulx, espices, peignes d'yvoire comme autres choses deflfendues à vendre, lesquelles choses sont deceptives <'t ne sont bonnes, loyales ne marchandes, et les portent iceulx com-
1. Les merciers furent hiérarchisés de bonne heure : il est question (lu Roy des Merciers le 20 mars i'iS7, n. st (Arch. \at., X"^^ 07).
2. Arch. Nat., JJ. 18g, p. 69. Mercier voleur à Marmande en i/joy (Bertrand Ebrard dit le mercerot). On voit aussi que les merciers vendaient des jeux de cartes, parfois usagés (Arch. Nat., .1.1. 22/1, ad. a. j '(83, décembre. Rémission pour Jehan Craffart).
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paignons vendre selément et cachément comme en sains, manclics et autrement, et non mie en appert ne piiblicquement... nous donnons pouvoir à tous sergens et autres officiers, et aussi à tous merciers, eslabliers et comporteurs à tablettes... de prendre toutes leurs denréesquelque part ([u'ils les pourront savoir de icelles visiter et fairevisiter par gens en ce congnoissant... »
Si les donrccs étaient trouvées « faulses », on devait les saisir et conduire au Ctiàtelet ceux qui les portaient ^
Sur la liste des Goquillards figure un mercier, Pierre Cliquet ; un autre mercier, Jean du Marez, fut également implique dans cette affaire.
lo, Bohémiens.
Les premiers Bohémiens qui parurent dans l'Europe occidentale s'y montrèrent vers i4i7'^- Us exhibaient des lettres de l'empereur Sigismond qui les faisaient bien venir des évêques. Dans les villes marchandes du nord ils n'en impo sèrent pas et on tenait les Tsiganes pour de francs vauriens. Ils campaient dans les champs. La bande avait ses ducs, ses comtes, ses seigneurs ; les femmes et les enfants suivaient dans des chariots. On les vit se répandre en Suisse. En 1^27 on les trouve aux portes de Paris. Partout ils se donnaient comme pèlerinant à travers le monde suivant une pénitence à eux imposée par le pape. C'étaient là de belles fables et nul n'aurait su dire où se trouvait la Petite Egypte. Sans doute ils venaient d'une région d'Asie chassés par les Turcs. Ainsi ils se faisaient bien venir des conseils des villes, demandaient et obtenaient de bonnes aumônes au nom de leur indéfini pèlerinage. N'empêche que les hommes étaient de vrais filous et les femmes des diseuses de bonne aventure. Us n'exerçaient aucun métier sauf le maquignonnage (Tournai, mai 1422),. métier où ils se montraient fort habiles. « En résumé les^ allées et venues de ces immigrants de la première période paraissent avoir eu pour but l'exploitation bien plutôt que l'exploration des pays d'Occident. Aussi les voit-on retourner
1. Livre Rouge vieil du Cliàtelet, copie de la Bibl. de la Préfecture de Police, foL 385.
2. P. Bataillard, De l'apparition des Bohémiens en Europe, Paris, i8'i/i.- — Nouvelles recherches, Paris, 1849.
plusiouis fois dans les mêmes pays, choisissant sans doute les pays et les villes où ils avaient reçu le meilleur accueil et les meilleures aumônes ». •
Le Journal d'un Bourgeois de Paris- nous a laissé un récit très intéressant de la venue des Bohémiens à PaVis, le 17 août 14:^7. C'étaient douze pénitents, «c'est assavoir ung duc et ung conte, et dix hommes, tous à cheval, et lesquelx se disoient res bons chrestiens, et estoient de la Basse Egipte ». Gomme es Sarrasins les avaient assaillis de nouveau, ils avaient renié Notre-Seigneur. Mais l'empereur et le roi de Pologne sachant qu'ils étaient devenus idolâtres, leur avaient couru sus : ils avaient alors décidé en conseil d'Empire que jamais ils ne tiendraient terre en leur pays à moins de l'obtenir du pape. \insi petits et grands avaient fait le pèlerinage de Rome ; et le pape leur avait imposé pour pénitence d'errer sept ans à travers le monde, leur baillant des lettres par lesquelles tout évèquc leur devait donner dix livres tournois. Il y avait cinq ans qu'ils erraient à travers l'Europe. On les logea en dehors de Paris à la chapelle Saint-Denis. Hommes, femmes et enfants ils pouvaient être de cent à cent vingt. Tout Paris se pressa pour les voir. Leurs enfants semblaient fort adroits et portaient presque tous un anneau d'argent à leurs oreilles. Les liommes étaient très noirs, avec des cheveux crépus ; leurs femmes « les plus laides que on peut voir et les plus noires » portaient des cheveux noirs comme la queue d'un cheval et des guenilles. Parmi elles il y avait des sorcières qui regardaient dans la main des gens, prédisant le passé et l'avenir. « Et mirent contans en plusieurs mariaiges, car elles disoient au mari : « Ta femme t'a fait coux », ou à la femme : » Ton mary t'a fait coulpe ». Et qui pis est, en parlant aux créatures, par art magicque, ou autrement, ou par l'ennemy d'enfer, ou par entregent d'abilité, faisoient vuyder les bources aux gens et le mettoient en leur bource, comme on disoit. Et vrayment, je y fu ui ou nii foys pour parler à eulx, mais oncques ne m'aperceu d'un denier de perle, ne ne les vy regarder en main ; mais ainsi le disoit le peuple partout... » L'évêque de Paris, et un frère mineur, vinrent donc au camp faire une
I. P. hataillard. Les débuts de l'immifjralion des Tsiganes dans l'Europe occidentale du AT" siècle, Paris, 1870.
a. Ed. A. Tuetey, p. aig-aai.
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belle prédication, en excommuniant ceux qui avaient montré leurs mains. Sur quoi, le jour de Notre Dame en septembre, les Bohémiens partirent pour Pontoise.
L'entrée du royaume fut interdite aux Bohémiens par édit du 24 juin i339 ; par l'ordonnance de janvier lôOo ils étaient tenus de déguerpir dans le délai de deux mois sous peine de galères*.
Il semble bien que les passages des Bohémiens à travers la France aient été sans influence. Il en est ainsi du moins au point de vue linguistique "2. Sans doute ils se contentaient de duper les gens avec leurs contes, d'en tirer des aumônes, sans entrer en relations avec les sociétés dangereuses. Les hommes étaient maquignons et les femmes disaient la bonne aventure. 11 est vrai que le commerce des chevaux était aussi l'occasion de déceptions et de vols nombreux -^ Les tromperies ont été décrites par Eloi d'Amerval (Grant DeablerieJ : elles consistaient à introduire dans les narines des chevaux morveux de l'étoupe ou de leur faire avaler des << pinpernaux n vivants pour les rendre vifs, de leur donner à boire de l'eau chaude avec du son pour les faire paraître robustes. Le jargon a un mot pour désigner le cheval : yalier.
Quant aux ruses des Bohémiennes, elles semblent bien avoir été dévoilées par l'auteur du Liber Vagatorum au ch. xviii qui traite des u mendiantes qui disent avoir été baptisées juives, puis être devenues chrétiennes ; elles annoncent la bonne aventure, par exemple si votre père ou votre mère est en enfer ou non, et elles mendient aux gens des robes et autres effets; et elles ont aussi des faux certificats scellés ».
1. Isambert, XII. 560; XIV, 89 ; ibid., décemlDre 1G60, XXVII, Sgi.