En marge : Nota vcrbum a l'estevc
LV BANDE DES COQUILLARDS : LE JARGON ^Or
savoir ce que c'est qu'un coup de Roy et tout ignorer de l'entreprise. Au demeurant D'Aubourg était convaincu de recelage de fausses ciiaînes que lui bailla en l'hôtel de Perrenet le Barbier un nommé Boucher, qui jouait aux dés avec Bar sur Vulbe ; d'avoir reçu de faux lingots et un anneau d'or de ( Juillaume Viande-Creuse.
Le 7 novembre i^^;'» on interrogeait encore dans la prison de Dijon • IMiilippot de Marigny. aulrement Mugnerel, né à Maiigny près de Nevers, charpentier âgé de quarante ans et plus. 11 avait (piitté Marigny pou après la Saint .lelian et avait gagné Lyon où étaient sa maîtresse et ses enfants depuis un an. Là il avait travaillé cinq S(Mnaines à équarir du l)ois avec d'autres compagnons charpentiers. Philippot demeura trois semaines à Nevers où il apprit la mort de son frère cl s'en retourna à Lyon. On le retrouve à Màcoii cl à Dijon. A Marigny il avait recueilli des héritages jusqu'à la somme de ôo francs d'or et son intention était de suivre en Turquie le duc de Bourgogne. Mais le voyage fut letardé et l'argent absorbé. A Màcon il avait rencontré Bar sur Aulbe en la compagnie duquel il vint à Dijon. Bar sur Aulbe lui déclara venir de Lyon ou de plus loin ; il lui parlait peu de ses alï'aires, ne faisait que chanter et faire bojuie chère. A Dijon on l'avertit du dangereux compagnon qu'il fréquentait ; « l'en le chargeoit en ceste ville qu'il avoit fréquenté avec les pipeurs dont il estoit grans nouvelles et que il estoit en grant danger s'il estoit pris par justice » : mais Philippot répondit que son intention n'était pas de se mettre hors des voies de justice, il déclara ne pas savoii" que Bar sur Aube fût crocheteur : il l'avait seulement vu en l'hùlel (le .lacot de la Mer, où Hegnault d'Aubourg l'avait mené boire et manger. On lui montra alors deux crochets de fer, l'un grand et l'autre petit, trouvé au chevet du lit où lui et Bar-sur- Aulbe étaient couchés en l'hôtel du Veau quand le maire les arrêta. On Iç mit à la question de l'eau et de la corde. Il avoua qu'il les avait volés depuis trois semaines à Lyon à un nommé Euvrart, serviteur de monseigneur le dauphin, qui avait la renommée d'être crocheteur. Son intention était d'en user aux dépens d'un sien oncle qui lui avait fait tort. Le 21 novembre, mis alors à la question de la poulie, il
Arch. Dép. de la Cùte-d'Or, B 36o, VI, p. 710,
Les Sources de V Argot Ancien, 26
Zi02 APPENDICE
avoua avoir volé dos draps à Beau ne et un cheval. Apres quoi on mit Mugneret devant le feu des cuisines.
Le iG janvier i/j56 (n. st.), Regnault d'Aubourg était condamné à lo ans de bannissement de la ville de Dijon ^ pour avoir joué avec des dés avantageux et suivi une compagnie « d'asardeurs, pipeurs, tresjeteurs » et comme complice d'un <( gaing qu'ilz cuidoient faire par tromperie ».
Le a6 janvier, on décidait d'envoyer à l'hôpital Tassin le Mesnagier2, cardeur de laine, prisonnier à Dijon comme (( trompeur, joueur de dés faulx et vendeur de faulx lingos et de la compaignie de plusieurs autres qui vont parmy le pays, trompant gens en maintes manières et les appelloit on les Quoqiiillarts ». Le lendemain il y mourut.
Rabustel avait recueilli de la bouche de Perrenet le Fournier les dénonciations suivantes contre les malfaiteurs associés à la Coquille :
I Jelian Colin dit Johannes, cordelier apostat 2 llaymonnet 3 Dimanche le Loup dit Har sur Aulbe /i Godeaul, essorilé déjà 5 Gliristoptie Turgis 0 Pliilippot de Marigny 7 Antlioinc de Bonneval 8 Jehan de Clermont <j Denisot le Clerc, orfèvre et émailleur, fauxmonnayeur 10 Colinot l'Aulmosnier 11 Goyssaine 12 le Maréchal qui rompit le bras à M° Jehan de Chaulx i3 Tartas i4 Bertrand l'Auvergnat i5 le petit T'rançois de Roucy 16 Jehan Cornet d'Arras 17 Jehan d'Ecosse 18 Colard de Blangis 19 Tassin le Verdois 20 Oudinet, cordonnier 21 Guillemin Viande crcuze, sergent du prévôt des maréchaux 22 Le Monnier de Carpentras 28 le marchand de bœufz 2/1 Andry le Provençal 20 Saint Eloy, serrurier 26 Guillemin le Normant 27 Symon de Sancerre 38 Perrenet La borne 39 Le Borgne, essorilé à Auxerre 3o Jehan le Sourt de Tours 3i Jehan Gontier de Reims, autrefois un notable marchand 32 Tassin Tortigue du Mont Saint Jehan, compagnon d'armes 33 Regnault D'Aubourg, pcrrier 34 Huguenin gascon d'Ostun 35 Tassin le Mesnagier dit le petit Tassin, cardeur 30 Petit Jehan, maître de l'épée 37 Didier Perrot 38 Mahiet 39 Lo petit Espaignot esteveur /jo Regnault vêtu généralement de pers Ai le bouchier A2 Pierre Ratier /|3 le Poursuivant /j/i Pierret Cliquet, mercier /|5 Bernard de Nicourt.
II convient de compléter cette liste par les noms suivants ajoutés d'une autre main que celle qui écrivit le corps du rapport :
I. Arch. Com. de Dijon, li iGo, fol. i/i3. 3. Ibid., loi. ililx.
LA B.ODE DES COQUILLARDS : LE JARGON /io3
'iO Loy% esteveiw II"] un nommé Didier /|8 Jaquot de la Mer fuj Ref^nicr de Montigny ;'io le petit Pliilippot de Uouen 5i Nicolas le BesfriH' ilit le Roy ôj Colin le breton dit le tromniagier de Paris 'i'.^ Rcfinauld le Honrguignon ô/j Rosay 55 Valentin 50 le petit Anthoyne 07 Hngues Vaillant qui se faisait nommer Louis 58 Mahict Gniot, ouvrier de bras 59 Symon le Double qui avait la lèvre fendue fioGuyot Faucheiir 61 Le liorgne Bourguignon de Chalon l')j. Le Uousselet de Savoye.
VriiK' de celle liste, Jean Rabustel devait pouvoir surveiller les Compagnons de la Coquille, renseigner les municipalités sur les faits et gestes de ces bandits.
Ainsi, le la juin 1457, on interrogeait Guillemin Maillot, bourrelier, demeurant à Dijon, emprisonné à la requête du procureur ^
Ce Guillemin Maillot avait suivi la guerre en Lombardie avec le seigneur (iuillaume de La Roclie, comme crenequinier ; le seigneur de la Roche était au service du duc de Savoie qui combattait alors Francesco Sforza. Il avait assisté à la rencontre du Hourg de Margny et à la prise de divers châteaux de Lombardie incendiés sur l'ordre de Guillaume de Rulîey. Puis il avait été sergent de ville à Dijon, portant la robe mi-partie de blanc et de violet. Mais depuis quatre mois il avait abandonné cet ollice et était entré en rapport avec les Coquillards. On l'avait vu en compagnie de Le Gascon et chez lui on avait découvert cinq crochets de fer à crocheter et deux florins contrefaits. Aussi avait-il été arrêté.
C'est au sujet de Pierre le Gascon qu'il fut surtout questionné. Il avait connu ce bandit pendant la guerre de Lombardie où ils servaient sous le comte de Gruyère. Il déclara d'abord ignorer qu'il fut rutïien, faiseur de faux florins, joueur aux dés, bien qu'il lui ait entendu dire qu'il avait passé un cerceau au cou d'un marchand de Bourges qui devait lui porter une grande somme de deniers dans un lieu désigné : mais le marchand s'étant voué à Notre-Dame de Liesse le cerceau lui tomba du col. Or, Le Gascon avait reparu à Dijon. Mis à la torture, Mail-' lot avouait être son complice, ainsi que Jacot de la Mer : ils devaient distribuer aux marchands les faux florins que Le Gascon forgeait chez Guillemin. On l'interrogea sur les crochets. Il déclara qu'ils avaient été forgés par un serrurier de Dijon,