‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 224 sur 238 · LA BANDE DES COQUILLARDS : LE JARGON · texte numérisé non relu

LA BANDE DES COQUILLARDS : LE JARGON

(le telle façon que la pratique d'asseoir les marelles est de telle nature (jue faull que les trois d'iine part et les six d'auUre part soient assises sur les trois que le congnoissant veull ordonner ; en ce cas est impossible que les six peussent paigner ».

Mais sur le fait des dés avantagés Coilncl répondit qu'il connaissait bien un « dé sur le liaut ou sur le bas, qui est un dé usé de telle sorte qu'il tombe sur le haut ou le bas ». Mais il ignorait ce que c'était qu'une valée, un bouton, un dé de forte cire ou de forte sarre, un rosaire.

Le ao septembre on lui demanda s'il ne connaissait pas « aulcuns compaignons de ceulx qui s'entremectent des liabiletez du jeu de marelles et autres jeux deceptis, et que l'on nomme communément estre de la compaignie des Entïans de la Coquille >• ; il répondit qu'il connaissait un nommé Symon le Double, qui a la lèvre fendue, qui devait être vers Besançon, et un nommé (luyol, faucheur. Tous deux avaient gagné aux foires de Champagne, vers Reims et Chàlons, en jouant aux cartes. 11 signala aussi un nommé Didier qui demeurait avec eux, résidant entre Chàlons et Vertus. Interrogé s'il s'entremit de bailler de faux lingots, de fausses chaînes « ne qu'il feust oncques agent et consentant d'estever, crocheter ne faire les euvres telles que les compaignons de la Coquille ont accoustumé de faire, respond que non et ne s'entremist oncques d'aultres déceptions que de jouer aux marelles et aux dez en la manière que ci dessus a confessé ». Or on savait à Dijon que l'Aulmosnier « est du nombre d'iceulx Coquillars ». On le mit donc à la question de l'eau et de la corde. Il déclara alors que Mahiet lui avait autrefois fait des aveux :

« qu'il confrnoissoit la pluspart des compaignons dont les noms lui furent huidi derrenier declairés et que ledit Mahiet avoit esté avec aulcuns d'iceulx à Paris et en pays de La Rochelle, mais néanmoins ne luy a monstre ne declairé autre chose de ce quoy lesdits Coquillars s'entremectent, excepté du jeu de marelles... Et après ce a esté interrogiié s'il fut oncques en place là où l'on desroboit aulcunes esglises, et là où l'on crochetoit aulcuns coffres, ne s'il fit oncques aucunes esteves, abilitc du blanc colon, de planter des faux lingos, et telles ou semblables déceptions dont les Coquillars usent, respont que non, sur le péril de la dampnacion de son ame... »

Mais les vols ne cessèrent pas pour cela à Dijon. Le i" février 1459 (n. st.), comme Perreaul Martin, lanternier, et

4lO APPENDICE

Jehannot Bcclielet, chaudronnier, procureurs de l'église de Saint-Michel, voulaient parer le buffet des reliques pour la fête de la Purification Notre-Dame, ils trouvaient les colTrcs du trésor ouverts sans qu'on pût y constater d'effraction : avaient disparu un ciboire d'argent doré, un calice, une tasse d'argent, une petite cuiller d'or, une courroie d'argent, une bourse contenant 3o florins et de petites pierres. On y avait pris une armoire, un encensoir d'argent, des calices, des croix d'argent doré '.

Et bien que dejDuis quatre ans on montât soigneusement le guet dans la ville à cause des Goquiilards, qu'il fût défendu de circuler dans la cité avec des bâtons ou sans lanterne le soir, cela n'empêchait pas déjeunes compagnons d'aller tirer les sonnetles aux huis des hôtes 2 ; quant aux choriaux de la chapelle ducale, ils menaient grand tapage nocturne, insultaient réchevin Ogier Naudin, allaient chercher des fillcUes publiques, se vantaient, en présence de leur mari, de chevaucher les femmes mariées. Et ils obtenaient des lettres rovales faisant défense au bailli de Dijon de connaître de leurs fredaines 3.

Le i*"^ mai Môg, M"' Martin de Bellefaye, lieutenant criminel au Chàtelct de Paris, demandait à Dijon le double de la procédure commencée au sujet d'un certain Jean Moreau, dit Nattier, prisonnier pour vol à Sainte-Geneviève de Paris : il avait dérobé une tasse d'argent très ancienne au fond de laquelle était un reliquaire de la tête de la sainte. C'est dans celte tasse que sainte Geneviève donnait à boire aux malades qu'elle guérissait ; et depuis on y faisait boire les fiévreux en particulier. On le chargeait aussi d'avoir dérobé à la Sainte- (-Ihapelle du Palais une paix d'argent doré en façon de fleur de lys ; en l'hôtel de l'Echiquier, près Saint-Gcrvais, plusieurs tasses d'argent et grande somme de deniers'*. Précédemment ce Nattier avait pris part au crochetage de l'église de Saint- Michel de Dijon, avec l'aide d'un certain Lucas : ils y avaient enlevé ciboire, reliquaires et calices d'argent'' (février 1^59).

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