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I. Cartouche et son temps

C'est en 1725 que parut « Le Vice puni. Cartouche » , poème par Nicolas Ragot, dit Granval. Ce qui nous intéresse dans ce petit livre, si souvent réimprimé jusqu'en 1827, ce n'est pas tant l'histoire

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rimée, à tendance moralisatrice, des faits et gestes de Cartouche, que le lexique argot-français que l'auteur trouva bon d'ajouter à son poème. Tout en restant semblable au fond à l'édition du « Jargon de l'Argot » de 1700, ce lexique renferme quelques appellations originales — camarde, la mort, darddui, amour, palpiUmt, cœur — qui ont ensuite passé dans les éditions postérieures du Jargon, à partir de 1728. C'est là une première trace appréciable de l'influence livresque sur l'argot, influence qui deviendra prépondérante dans la seconde moitié du xix" siècle.

Le bruit fait autour de Cartouche et le succès du poème de Granval mirent pendant quelque temps l'argot à la mode. La comédie de Legrand, « Cartouche ou les Voleurs », eut treize représentations consécutives à partir du 21 octobre 1721. Les comédiens, qui la jouèrent, allèrent visiter Cartouche dans sa prison pour apprendre de ce maître voleur les éléments du jargon.

Voici à ce sujet une page curieuse du « Journal et Mémoires » de Mathieu Marais * :

En ce mois de novembre 1731, il y a eu l'exécution d'un célèbre voleur, nommé Cartouche, qui s'est enfui deux fois des prisons, et qui auroit encore trouvé moyen de s'échapper s'il n'eût été surpris. L'arrêt contre Cartouche est du 2G novembre 1791... C'est un jeune homme de vingt-quatre ans, le plus habile et le plus adroit voleur qu'on eût vu de longtemps... Il y est arrivé [à l'Hôtel de Ville] un fait singulier d'un nommé Ballagny (dit Capucin), qui a révélé qu'un jour

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