‹ Les sources de l'argot ancien (volume 2)Chapitre 9 sur 238 · L. Saixkax · texte numérisé non relu

L. Saixkax

Paris, décembre 1911.

Les malfaiteurs, les gueux, les voleurs sont de tous les temps et de tous les pays. Le plus ancien conte égyptien, contemporain de Moïse, roule sur l'ingéniositf' des voleurs de l'époque des Pharaons. Mais si roxistenceuniverseUedes classes dangereuses est hors dedoute, l'embarras commence lorsqu'on sedemande si ces classes, en marge de la société, ont possédé un langage à part et inaccessible à la nation proprement dite. La littérature classique et celle du haut moyen âge restent complètement muettes sur la question, et ce silence a presque la valeur d'une réponse négative.

Il semble que ce que nous appelons Jrtr^o/i ou arriot soit demeuré inconnu à l'Europe, et particulièrement à la France, jusqu'à la fin du moyen âge. Le nom même d'un langage spécial se rencontre pour la première fois au xni" siècle, à la fois au sud et au nord de la France.

Le traité de grammaire provençale de Hugues Faidit, coniui sous le nom de « Donats provensals » , renferme un petit dictionnaire de rimes où l'on lit :

Les Sources de l'Argot An:: eu. 1

« Gergons, vulgare tratanoriim ^ . » Le sens du mot de " langage inintelligible » est aussi attesté vers la même époque, dans le Dialogue entre les Vices et les Vertus : a Qui prega Dieu ses devotio de cor, li parla en gergo, e non per entendre )), c'est-à-dire : (( Qui prie Dieu sans dévotion de cœur, lui parle en jargon, et n'est pas pour entendre -. »

Un autre renseignement nous est fourni par « Richars le Biaus », poème du dernier tiers du xiii"* siècle. Le héros arrive dans un repaire de larrons qui lui oflFrent l'hospitalité :

Richars un escuiier avoit, Qui le gargon trestout savoit^.

Cet écuyer, qui comprenait l'argot, va chercher du foin à l'étable, et là il entend le chef de la bande Milon dire à ses compagnons :

Oyes, signour, se le celés.

En gargon dist, cliil chevalier De lassus sont mi prisonniers.

Quant au mangier seront assis, Cascun sera u mors u pris, Lor avoir dourray a ma gent.

Le chef de la bande parle argot, mais Tauteur, au lieu de reproduire les phrases jargonnesques, se borne à nous en rapporter le sens.

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